Le pays foyen

20 février 2018

Sur la tradition orale

Voici quatre historiettes. Les trois premières alimentèrent jadis les veillées qui les firent subsister pendant des générations et des siècles, jusqu'à ce que je les recueille pour vous les donner à lire. L'histoire n° 4 a fait le tour du landerneau avant de s'étioler : il n'y avait plus de veillées pour en assumer la transmission, mais elle parcourut encore des groupes de chasseurs.

Ces histoires illustrent un aspect essentiel de la culture populaire : l'oralité. Elles déclinent un même thème : l'instinct génésique, pour reprendre une locution aussi naïve que coquine d'André Theuriet.

L'oralité déborde de ce thème parce qu'elle imbibait la vie quotidienne. Le patois était la langue vernaculaire des petites gens plongés dans le réel, leur vie durant, et n'ayant  pas besoin de s'en donner des représentations avec des images et par des écrits1.

Dans les veillées, jeunes et vieux, attelés à un même travail, partageaient des historiettes, coquines ou pas, riaient à n'en plus finir, écoutaient les contes des grands mères, gobaient les histoires des hommes jusqu'à leur chute invraisemblable, buvant, mangeant du millas et toujours travaillant à égrener le maïs, à écaler des noix, etc. Enfin, au moment de regagner son gîte, on dira aux hôtes : Ce soir, nous avons mangé du gâteau ensemble ! Pour le grammairien, c'est une métaphore. Dit en patois, c'était le plus beau des compliments.

Le dit patoisé, pendant les veillées, les travaux en commun, les gerbebaudes et les parties de chasse, constitue une performance2. Dans ce cadre général, voici une pincée d'historiettes arrachées à cette oralité défunte, des plus anciennes aux plus récentes

1 - A la fin des années 1970, nous avions pique-niqué près d'un petit étang, à Ponchapt. L'aïeule qui habitait la maison en haut du vallon nous avait rejoint. Elle s'était assise dans un fauteuil et chantait la demande d'amour  d'un galant de la ville à la jeune campagnarde. Le jeune homme s'adressait à la belle en français. Elle lui répondait en patois. La vieille dame chantonnait la fierté de la belle enfant et la déconvenue du galant. Mademoiselle Barrau l'enregistra.

Avec le temps qui passe, l'aïeule disparut, Miss Ba aussi... Et un jour, par hasard, je découvris le texte de cette chanson dans un vieux document des Archives municipales de Bordeaux, daté des années 1600 et des poussières3. Je suis resté épaté : l'aïeule connaissait les paroles par cœur, bien sûr, et aussi la canzone.  

2 – L'histoire suivante m'a été racontée par Fernand Ferney qui habitait à Monfaucon. Il me l'a racontée en français parce que je ne comprends pas le patois qui fut son vecteur traditionnel4. Elle concerne deux amis, Gratadour, armurier à Ste-Foy vers 17405 et le notaire de Monfaucon dont Monsieur Ferney ne savait pas le nom6. Ce notaire était célibataire et son entourage se demandait s'il partageait le lit de sa jeune et accorte bonne. Gratadour se promit d'en avoir le cœur net à la prochaine occasion qui ne tarda pas : le notaire invita l'armurier à manger chez lui le dimanche suivant. Pendant le repas, un quidam vint demander un conseil. La bonne étant à la cuisine et le notaire avec son client, Gratadour se trouva seul. Vite, il prit le gril dans la cheminée, l'enveloppa dans un torchon et alla le fourrer dans le lit de la jeunette. Le notaire revint et le repas se poursuivit agréablement.

Le samedi suivant, le notaire vint à Sainte-Foy à cheval, faut-il le préciser, et s'arrêta chez son ami l'armurier. Il faut que je te pose une question, lui dit-il. Depuis notre repas de dimanche dernier, impossible de mettre la main sur le gril... Fernand Ferney riait de bon cœur en songeant au malin Gratadour et à la jeune bonne qui partageait le lit de son maître.

3 - En dessous de l'église de Ligueux, un touron garnit un énorme bassin dont l'eau entraînait jadis la roue du moulin. Il y a longtemps, peut-être vers 1850, la meunière avait un mari jaloux, et un galant. Comment obtenir ce qu'elle voulait ? La mâtine se plaignait, elle ressentait des douleurs au ventre, peut-être des coliques. Assez souvent, après le repas du soir, elle disait à son mari : je vais essayer de me soulager dans les buissons, mais j'ai peur la nuit. Reste dans la maison, prends le balai, et tape son manche sur le plancher. J'entendrai le bruit qui me rassurera.

Dans le noir, cachée par les buissons, elle retrouvait le galant. L'autre, dans le moulin, continuait de taper. Si la belle se laissait aller à gémir, son mari lui criait : Tu souffres, ma pauvre, n'aie pas peur, je suis là, ça va passer !  

Aujourd'hui, dans l'eau verte du bassin, se reflètent les sureaux et une végétation luxuriante. Le pépiement des oiseaux a remplacé le tic-tac routinier. Il ne reste rien du moulin : il y a belle lurette qu'il a disparu.  

4 – L'inondation de 1912 fut l'une des plus hautes de l'histoire de notre belle Dordogne. L'eau remontait par les égouts, les fossés, les ruisseaux, elle submergea la plaine et transforma les terres en d'immenses lacs. En 1944, l'eau atteignit le même niveau.

Tu sais où se trouve ma maison, à Saint-Antoine de Breuilh. En 1944, racontait Jacques Videau, l'eau s'approcha de la maison. La maison se trouve à 2 km à vol d'oiseau de la rivière, la plaine est basse, mais quand même... L'eau entra dans la cuisine. Elle n'arrêtait pas de monter. Je revois mon père. Il prit la barque, il l'attacha à un pied de la table, dans la cuisine. Et il pleura.  

Revenons à l'inondation de 1912. Route du pont de la Beauze, deux fermes voisines étaient sous l'eau. Vous les verrez encore après la rocade et le pont actuels. Leurs occupants s'étaient réfugiés sur les toits. Sur une toiture, un vieux couple, sur l'autre, des mariés du samedi précédant. Ils ne dormirent pas de la nuit, ils attendaient les secours. La matinée s'écoula, mais pas l'eau. 

On a faim, beuglait le jeune marié, on a faim !

Bouffe-lui la... Répondait papy. Bienséance oblige, admettons que le vent ait emporté la fin de la phrase. Je tiens cette histoire de l'arrière-petit-fils d'un voisin des deux couples. 

4 – Cette dernière historiette m'a été apportée par un vieil ami7 qui précise : ça se passe vers Pellegrue, à la fin  de la dernière guerre. Il raconte, sourire aux lèvres. Histoire du mec qui bégaye et b...se une grande brune. Ils sont affairés dans les buissons. Elle entend du bruit. - Tu entends, il y a quelqu'un ! - P... pen... p... penses-tu. Mais vite elle fout le camp. Le type se relève et rajuste son pantalon. Un type arrive. Surprise des deux. Le bégayeur, pour se donner une contenance : - Vous avez pas vu une grande brune à moitié b...sée ? C'est une histoire authentique qui a fait le tour du landerneau.  

En pays foyen, les chasseurs disaient cette histoire pour rigoler. Alain Desplat8 la situe à Saint-André et Appelles, près du hameau du Montet, avant la dernière guerre. Il se rappelle même le nom du bègue, un personnage local ! Il était facétieux et adorait raconter des galéjades dont il aurait été acteur ou témoin, quand il ne les inventait pas. Un jour, il avait fait de bonnes affaires : J'en ai profité pour acheter deux salles à manger, disait-il aux amis. Tu comprends, j'en aurai une quand il fera une chaleur tropicale, l'autre me servira quand il fera une chaleur moins picale9.  

Aujourd'hui, personne ne s'arrête à ce genre de calembours. A l'époque, on s'en régalait. Un jour, vers 1935, un quidam demanda un lot à un marchand de vélos foyen pour une course de vélos. Le commerçant proposa une paire de souliers. Le gagnant reçut son lot. On imagine sa surprise quand il le déballa et trouva deux sous liés avec une ficelle10. Toute la région éclata de rire. Un bon pour une paire de souliers de cycliste, la pointure au choix, accompagnait les deux sous liés.   

Comment définir un champ de recherches comprenant ces dits et tant d'autres ? Il s'agit d'un thème de recherche méconnu, peut-être, à cause de l'abondance de la documentation, du dit local à l'Almanach Vermot, et aussi à cause de leur transmission difficile à repérer – et à dater, dans de petits groupes à identité forte, la famille, les veillées entre voisins et amis, les groupes de chasseurs, etc.

Notes :

1 Pas d'images ni d'écrits, et pour seules sources d'énergie, la force humaine, celle des animaux de trait et de bât en particulier, le vent et l'eau. Cette société apparut comme vivrière et tâcheronne pendant des siècles.

2 Paul Zumthor a étudié le thème de la performance. L'image-temps et L'image-mouvement, de Gilles Deleuze, donnent des canevas méthodologiques.

3 Dans le fond Delpit.

4 Je reprends ici la version orale de Fernand Ferney. Il me l'avait confirmée par écrit. Enfin, il a publié une version différente de cette histoire, Souvenirs de Monfaucon, du Fleix et d'ailleurs de M. Fernand Ferney, Cahier Hors Série n° 1, septembre 1998, p. 8. Il situe l'histoire « sous la Restauration, sous le règne de Charles X », donne le nom du notaire et de sa servante, mais pas celui de l'ami. Le notaire couche dans le lit de sa chambrière.

5 Il y eut un Gratadour, armurier à Ste-Foy, au milieu du 18e siècle.

6 D'après Alain Desplat, le notaire habitait l'actuelle maison de monsieur Montand, à Freysse.

7 Témoignage de M. Edmond Bau, le 12 octobre 2016

8 M. A. Desplat, le 30 janvier 2018

9 C'est le fameux Il était patibulaire mais presque de Coluche.

10 On appelait sou une pièce de 5 centimes. Il y eut des pièces trouées en leur centre.

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06 février 2018

Saint-Quentin de Caplong dans les années 1930

Imaginez une campagne avec ses routes blanches et sans tracteurs. Pas de goudron, pas d'électricité, pas d'eau courante, pas de cuves en béton armé. Nous sommes à Saint-Quentin dans les années 1930. C'était ainsi dans toutes les communes rurales de la colline. Saint-Quentin est alors un « monde plein », actif et travailleur. Dans un même lieu, ses habitants naissent, vivent, travaillent, prennent leurs plaisirs, meurent et se font enterrer. Tradition plus que séculaire

« Ne reste pas sans rien faire, disaient les anciens. Rends-toi utile. Ils ajoutaient : fais comme moi » Une photo ancienne montre la grand-mère d'André Désagnier gardant ses moutons en tricotant. Elle se rendait utile.

Ces archaïsmes apparaissent sans cesse : la fête des Mauberts avec repas, bal, pétarade de fusils et jeu de rampeau ; les travaux des champs que clôt la gerbebaude ; les blagues des jeunes gens, ils branchent des charrues dans les arbres, renversent les fagotières, et celles des écoliers qui détachent le cheval du Maire venu à la mairie, ou mettent du sable sur le savon de l'institutrice pour que s'use le linge qu'elle lave et frotte à la pompe de l'école. Une convivialité joyeuse et tâcheronne imbibait cette petite société.

Dans le bourg, commerçants et artisans apportaient leurs compétences à la vie de la commune. Ida Couquiaud avec son épicerie et son débit de tabac tenait la régie des vins. On allait au café de M. Teyssandier, lieu de retrouvailles, d'échange d'informations, lieu de vie. M. Prévot, le distillateur, qui transformait les délicieuses « piquettes » et les « vins de sucre » en alcool à 50° environ. Le boulanger, les deux carriers, Urty et Beyssade, les maçons, les couturières, le maréchal-ferrant, le marchand de grains et farines. Et bien sûr, le maire, l'institutrice et le curé Balguerie. La plupart de ces tâcherons travaillaient aussi leurs vignes ; c'était le double métier traditionnel. Cependant, tout pour vivre sur place ne veut pas dire autarcie. Le modernisme s'apprêtait à tout envahir. Voici l'exemple de la vente des vins qui procurait le plus clair des revenus.  

Saint-Quentin produisait alors des vins moelleux très réputés. Les acheteurs ? Des restaurateurs foyens, des amis à Gensac, Ste-Foy et Paris, des relations à Libourne, Bordeaux, Sarlat ou Périgueux, etc. Planteau envoyait son meilleur vin à son gendre à Alger. 25 négociants se fournissaient à Saint-Quentin. La plupart étaient installés dans la moitié sud de la France et trois à Paris et Pantin. Nos vignerons apportaient leurs vins en gare de Sainte-Foy ou le livraient aux proches avec des « camions-auto » et des « camions-foudres ». Certains faisaient encore le trajet jusqu'à la gare avec la charrette attelée au cheval que l'on appelait le « camion-cheval ». On prévoyait 3 heures pour aller jusqu'à Gardonne en camion-auto lourdement chargé. Arrêts compris ? C'est probable ! N'empêche, le pays foyen était alors appelé « le petit Sauternes ». Avec la vente de leurs vins de qualité, les gens de Saint-Quentin « parlaient » à la France entière et répondaient au modernisme.

Peu à peu, le modernisme apparaissait dans tous les domaines : techniques et pratiques agricoles, administration de la commune, tissu associatif, assurances sociales, pratiques fiscales et politiques, mode, etc. On apprécia le confort, les façons nouvelles de travailler, de vivre, d'être.    

Longtemps, le goudronnage, l'électrification et l'arrivée de l'eau courante restèrent à l'ordre du jour. On engagea enfin les travaux et leur aboutissement marqua une mutation totale. Le temps avait passé, la guerre était terminée. A Saint-Quentin comme ailleurs, à l'aube des années 1950, beaucoup d'archaïsmes s'estompaient, la convivialité subsista et commencèrent ce que l'on a appelé depuis « les Trente Glorieuses ».  

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Un partage des eaux à Razac en 1672

Jadis, Emilien Gardelle, qui habitait aux Négrauds, à Razac, m'avait donné deux documents rédigés le 3 juin 1672.

Ces documents établissent le partage des eaux de la fontaine de Fonlade et de celle du village proche, pour l'irrigation régulière des près, dans le vallon des Négrauds, Un lavoir récupérait l'eau de la fontaine qui courait ensuite dans des rigoles appelées « réganes ». Des batardeaux permettaient à chaque propriétaire de recevoir le précieux liquide, chacun à son tour.

Un été, monsieur Gardelle m'avait emmené sur place. Il me montra la trace de réganes. Je revois le vallon lumineux, le pré jauni, avec un trait d'herbe verte et haute sur des rigoles comblées par le temps.

La terre gorgée d'eau donnait une herbe dense et verte. « L'herbe grasse fait les exploitations agricoles riches », répétèrent les agronomes locaux à partir des années 1820. Leur formule résumait un savoir pluriséculaire : la vache bien nourrie donnait toute sa puissance de travail et l'exploitation s'en portait bien.

Tôt matin, le paysan descendait dans le vallon. Il ramenait ses vaches sur le plateau. Il les attelait à sa charrue en bois, l'araire et partait travailler ses terres emblavées ou ses vignes en joualles qu s'étendaient sur le plateau, derrière la ferme. Cette association entre les vallons et les fermes du plateau s'inscrit dans une typologie des anciennes exploitations agricoles.

En voici des exemples : les Béneytoux à Saussignac, les Martinauds à Margueron, Claribès à Gensac. A Saint-Quentin de Caplong, le Cil du Roc désignait une étable retapée en 1792, en haut du vallon de la Soulège. Je l'ai connue avec les mangeoires et la paille, ensuite, elle est devenue une belle maison. Le village du Breuilh, à Saint-Antoine de Breuilh, illustre un cas particulier : il se blottit entre l'église et l'entrée du vallon.

Chaque agriculteur voulait donc sa juste part des eaux. A Razac, ce 3 juillet 1672, les propriétaires de prés se partagèrent les eaux des deux fontaines. Tout fut écrit : l'entretien des rigoles, la mise à disposition des eaux à jours et heures fixes de la semaine, et surtout, la liste des bénéficiaires, deux frères, François et Elie Mathieu, Elie Dupuy, un certain Perpignan et « les heritiers de feu Izaac de Puirreÿ, arpanteur ». 

Pour imposer l'accord, trois notables respectés offrirent leurs bons offices et jouèrent leur réputation : Michel Duval, pasteur de Razac, Estienne Lemignon sieur de Fongrive et Jean Gas, lieutenant de Maurens. C'est dire qu'il fallut apaiser des tensions, peut-être même des jalousies. D'habitude, les propriétaires des pâturages de vallons, s'entendaient pour partager l'eau des fontaines, c'est-à-dire qu'ils le faisait de vive voix. Les anciens savaient que la parole vaut l'homme ou l'homme ne vaut rien.

Ce type d'accord écrit fut en effet exceptionnel. Je n'en connais que deux ou trois autres, conclus en pays foyen, au 18ème siècle, dont un à Monestier.

Les deux actes du 3 juin 1672, écrits par la même main, débutent par la formule solennelle, « Au nom de Dieu », qui n'était utilisée que dans les contrats de mariage et les testaments. Il y a cependant des différences de dates et d'heures. Les deux frères Mathieu, Elie Dupuy, Perpignan et les héritiers d'Isaac Purrey furent-ils assez sages pour disposer, chacun à son tour, de l'eau des réganes de Fonlade et des Négrauds ? Je le pense, parce que « le travail commande ».

Mais à vrai dire, je n'en sais rien.

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28 mai 2015

Pour les pélerins de Saint-Jacques de Compostelle

aff_p_lerin

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30 avril 2015

Le bloc-notes

de Jean Vircoulon

Communiquons.

Le 4 avril 2015, le conseil municipal de Sainte-Foy la Grande s'est réuni pour voter le budget primitif et boucler plusieurs dossiers.

A propos du budgets primitif, M. Laulhau, conseiller municipal d'opposition, a fait des remarques. Il a souligné le "déficit global de communication" de la majorité municipale en donnant un exemple : depuis les élections municipales, il y a un an, la municipalité de Pineuilh a fait paraître 3 bulletins municipaux et celle de Sainte-Foy aucun.

L'adjointe à la communication, Mme Grandet, baissait la tête en silence et M. Chalard, maire, a répliqué vertement : "J'assume".

Assumer la défaillance d'un soutien consiste à mener à terme la mission qu'il n'a pas remplie, et pas ne rien faire.

Ensuite, M. Laulhau a dit qu'il faudrait entamer un "travail de relation entre élus et associations". Et M. le maire a regretté qu'il n'y ait pas d'association de commerçants foyens. La présidente des commerçants étant parmi le public, ces regrets ne manquaient pas de saveur : communiquer consiste à s'informer et à informer. L'adjointe à la communication est restée silencieuse, et pourquoi pas ?

Il existe une association de commerçants à Sainte-Foy, très active. Le journal Sud-Ouest en témoigne avec le long article qu'il publie dans son édition du mercreci 29 avril 2015 : "Ils achètent un bâtiment pour créer de l'activité". L'association a créé une société civile immobilière qui achète un local en ville pour y installer des activités artisanales.

D'un coup, M. Christophe Chalard aura appris l'existence de l'association, la qualité et l'ampleur de son activité, son sérieux et sa rigueur pour faire aboutir ses projets.

"Quand on n'a pas d'argent, on ne peut rien réaliser". C'est le leitmotif de notre maire et de ses plus proches collaborateurs. Avec cet achat d'immeuble, l'association des commerçants démontre la vacuité de ce principe. 

Quand on n'a pas d'argent, on fédère les bonnes volontés sur un projet porteur, on crée une synergie et le projet se trouve lancé sur de bons rails.

Le défaut de communication, dans les deux sens, mène à l'échec. Mme l'adjointe à la communication en est-elle persuadée ? Le premier bulletin municipal de cette mandature donnera des éléments de réponse. Il devrait paraître vers le 15 mai.

Cependant, M. Bruno Beltrami, adjoint à la revitalisation du commerce, connaissait l'existence de l'association des commerçants : fin octobre 2014, il l'avait conviée à une réunion. Ce fut d'ailleurs la seule réunion entre cette association et la municipalité en 1 an.

On peut craindre que nos édiles aient classé associations et Foyens en deux catégories : ceux qui sont recevables et les autres.

Ce serait grave. Le terme de "commune" ne désigne pas qu'une entité territoriale. Il recouvre le "vivre ensemble", dans son sens le plus profond, la convivialité, et pour un but sans cesse partagé et renouvelé : le bonheur.                          

                                                                                                          

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12 septembre 2014

Vigne et vins en payx foyen

On ignore quand apparurent la vigne et le vin dans notre moyenne vallée de la Dordogne. Quelques découvertes archéologiques et de rares textes montrent que des villas gallo-romaines s’entourèrent de vignes, et exportèrent aussi des vins d’Italie.

A partir du 11ème siècle, des textes de plus en plus nombreux jalonnent une histoire riche et variée qui a marqué le pays foyen jusqu’à nos jours. Il faudrait rédiger un ouvrage pour l’évoquer. J’ai retenu quelques faits essentiels selon le plan suivant :

1 - L’extraordinaire renouveau viticole du 11ème siècle.

2 - La longue lutte contre le protectionnisme bordelais.

3 – L’essor durable de la viticulture foyenne au début du 17ème siècle.

4 - Le commerce avec la Grande Bretagne et la Hollande au 18ème siècle.

5 - Le renouveau du vignoble après la crise du phylloxéra.

6 - La délimitation des régions viticoles.

* * *

1 – L’extraordinaire renouveau viticole du 11ème siècle.

La Réforme grégorienne s’applique à la moyenne vallée de la Dordogne à la fin du 11ème siècle. Des moines venus souvent de fort loin obtiennent des seigneurs locaux qu’ils restituent les biens ecclésiaux dont ils s’étaient emparés : les églises elles-mêmes, des fermes, des terres, des bois, et diverses taxes. De nombreux dons s’ajoutent aux restitutions. Le réveil religieux s’accompagne d’un élan économique spectaculaire : des terres sont emblavées, d’autres sont défrichées, défoncées et plantées en vignes. Le pain et le vin sont les deux espèces de la communion et aussi, la base de la nourriture. Les moines de Saint-Florent de Saumur s’installent à Montcaret où ils apportent la vigne et leur savoir-faire. Le bois du Trouillet s’étend sur Razac, Saussignac et Monestier. En 1079, la famille comtale du Périgord donne aux moniales de Saint-Sylvain de La Monzie un domaine en vignes situé dans ce bois. On avait déjà défriché des parcelles de la forêt pour complanter en vignes et on continua. Vers l’an 1100 ; le seigneur de Pineuilh donne le manse du Vinayrols aux bénédictins de Conques et ce nom de Vinayrols évoque la vigne. Ces exemples, et d’autres, montrent l’essor considérable du vignoble, conforté par le développement du marché anglais dans la seconde moitié du 12ème siècle.

Aux 11ème et 12ème siècles, s’affirment deux caractères durables de la viticulture dans notre région : la vigne est un élément important d’une polyculture comprenant terres à blé, potagers et vergers, cochons, ovins, bovins et volailles. Vendu dans les tavernes du coin ou en Angleterre, le vin fait rentrer de l’argent frais dans une économie amplement marquée par le troc.

2 - La longue lutte contre le protectionnisme bordelais.

Les dernières décennies de la Guerre de Cent Ans ruinent le pays foyen. Des bandes de soldats, pillards et des épidémies ont décimé ses habitants. Après la bataille de Castillon (juillet 1453) et le départ des Anglais qui administraient l’Aquitaine depuis trois siècles, l’administration royale française relance l’économie du duché d’Aquitaine, tombé directement sous sa coupe. Elle fait appel à des migrants venus de zones extérieures à la région sinistrée. Pour des sommes modestes, ils louent des hameaux avec les terres qui en dépendent. Ils relèvent les ruines, ils défrichent les terres abandonnées et les remettent en culture. Ils donnent leurs patronymes aux tènements dans lesquels ils s’installent : les Bournets, les Sivadons, les Cocullets, les Guignards, les Goulards, les Briands, etc. Ces noms de lieux-dits et tant d’autres existent toujours et ont marqué le renouveau économique amorcé dans les années 1470.

La première génération de migrants accomplit un travail extraordinaire : au début du 16ème siècle, l’économie est solidement relancée, en particulier la viticulture et la vente des vins. De son côté, Bordeaux se réserve la priorité de la vente de ses vins sur les marchés extérieurs, en particulier, en Angleterre. Elle gène et diffère la commercialisation des vins des hauts pays dont font partie les vignobles foyens. Les barriques doivent jauger 200 litres et non 220 ; les Foyens ne peuvent faire descendre leurs vins sur la Dordogne, par gabarres, que dans le mois de décembre. Bordeaux et ses filiales, dont Saint-Emilion, ont déjà vendu les leurs. Enfin, chaque bourgade assise sur la rivière prélève un droit de péage et les vins qui arrivent de loin payent d’autant plus cher.

En 1502 et 1503, Gensac et Sainte-Foy négocient avec Bordeaux des conditions de commercialisation plus avantageuses. Avec le temps, ces transactions ne satisfont personne et les conflits se renouvellent. Les Foyens saisissent la justice et groupent autour d’eux des terroirs viticoles allant de Duras à Rauzan et jusqu’à Fougueyrolles et au Fleix. C’est le pays de Nouvelle Conquête. Les procès s’enchaînent jusqu’à la saisine du Conseil d’Etat en 1636. Cette instance suprême prononce un arrêt provisoire que les Foyens remettent en question génération après génération. En 1789, rien n’est décidé. La Révolution française balaye ces dissensions et les procès qui duraient depuis trois siècles. La commercialisation des vins devient libre et leur appréciation reste fondée sur la notion subjective de leur qualité, mise en valeur au 19ème siècle et inscrite dans le cadre légal des appellations d’origine au 20ème siècle.

3 – L’essor durable de la viticulture foyenne au début du 17ème siècle.

Cet essor est dû à la bourgeoisie foyenne et montre l’importance de sa place et de son rôle dans tous les aspects de la vie sociale depuis le repeuplement de cette région, entamé dans les années 1470. ces bourgeois sont des marchands, des médecins et des chirurgiens, des notaires et des gens de robe.

Pendant le 16ème siècle, les bourgeois foyens achètent des propriétés aux alentours de la bastide. Un Goulard s’installe à Saint-Nazaire, et ses deux frères à Pineuilh, aux Terciers et à Cazenac. Un Lajonye s’établit aussi à Saint-Nazaire. Des membres de la famille Papus constituent de vastes domaines à Pineuilh, sur le flanc des coteaux, aux Pététies, à La Rayre et à La Brande Guiboireau qui prendra le nom de Papus à la fin du 16ème siècle. On multiplierait les exemples de ces bourgeois foyens qui prennent une place prépondérante et commencent à envisager une alliance avec des familles nobles, quand ce n’est pas un titre de noblesse. Certains y arrivent au début du 17ème siècle.

Pendant la seconde moitié du 16ème siècle, ils continuent d’accroître leur patrimoine et ce dynamisme est lié aux progrès de la Réforme.  En 1542, le Réforme arrive à Sainte-Foy et s’étend rapidement dans tous les groupes sociaux. En 1561, les protestants chassent prêtres et moines et détruisent ou endommagent la plupart des églises du pays foyen et des couvents de Sainte-Foy. Il n’y a plus de service religieux catholique jusqu’en 1622 et surtout, la perception de la dîme est désorganisée[1]. C’est alors que les bourgeois foyens, qui ont tous embrassé la foi réformée, en profitent pour accroître leur patrimoine, et ce mouvement s’amplifie au début du 17ème siècle. Ainsi, à Pineuilh, Etienne Fauveau étend ses possessions dans le vallon des Anguilhères et son voisin, le notaire Vidal, fait mettre en vigne les parcelles qu’il vient d’acheter et qui porteront dorénavant son nom, Les Plantes de Vidal[2]. A Ligueux, Margueron et ailleurs, Etienne Goutte achète des propriétés qu’il fait mettre en vignes. En pays foyen, le vignoble s’étend. Dans quelle proportion, s’agit-il d’un mouvement local, les vignes nouvelles donnent-elles du vin rouge ou du vin blanc, à quels marchés la production est-elle destinée, autant de questions auxquelles la documentation disponible ne permet pas d’apporter des réponses, comme il est très difficile de distinguer les retombées de cet essor sur la société foyenne d’alors.

A partir de la fin du 16ème siècle et pendant tout le 17ème siècle, les riches familles bourgeoises foyennes confortent leur préséance et l’installent dans la durée. Leur déclin est effectif dans les années 1950.

4 – Le commerce avec la Grande Bretagne et la Hollande au 18ème siècle.

En octobre 1685, Louis XIV considère qu’il n’y a plus de protestants dans son royaume et révoque l’Edit de Nantes. A Sainte-Foy, qui fut une place-forte protestante, les temples ont été démolis et de nombreux huguenots se sont déjà expatriés avec leur famille. Ils se sont établis à Bristol, en Angleterre et surtout en Hollande, à Rotterdam et à Amsterdam. Là-bas, la liberté de foi religieuse leur est accordée. Ils ne tardent pas à établir des relations commerciales avec leurs parents et amis restés en pays foyen. Ils achètent les vins foyens et les revendent dans leur pays d’accueil. Il est impossible de mesurer le flux économique généré par ces exportations de vins foyens, mais on constate son ampleur.

En pays foyen, l’argent frais arrive en abondance au moment où s’exprime le besoin d’une sociabilité nouvelle. La bourgeoisie locale se lance dans le Siècle des Lumières et elle en a les moyens. A partir de 1730, de riches viticulteurs se font construire des hôtels particuliers à Sainte-Foy et surtout dans la campagne proche. On en compte plusieurs dizaines. On se reçoit beaucoup et l’aménagement de ces nouvelles demeures en témoigne : un couloir central dessert un salon et un bureau, d’un côté, une salle à manger et la cuisine, de l’autre. Cartels, régulateurs, miroirs et eyguières en faïence ornent les murs. Des armoires imposantes, aux galbes séduisants, se généralisent. On fait faire son portrait par des peintres itinérants. On constitue des bibliothèques, on lit, on discute et, dans les dernières décennies du 18ème siècle, une société littéraire se réunit régulièrement à Saint-Avit du Moiron. Déjà, en 1745, une loge maçonnique a été ouverte à Sainte-Foy, la seconde en Aquitaine après Bordeaux.

Les recettes manuscrites de l’époque font la part belle aux ratafias et aux alcools : ils stimulent la convivialité des réceptions, libèrent les esprits et dénouent les langues. A cette époque, la bonne société du pays foyen profite d’une douceur supplémentaire : les vins blancs moelleux dont elle développe et affine la production. Vers la fin du 18ème siècle, on apprend à faire vieillir les vins rouges et à bien gérer leur conservation.

L’argent provenant de la vente de ses vins en Hollande installe Sainte-Foy dans le Siècle des Lumières.

5 - Le renouveau du vignoble après la crise du phylloxéra.

Entre 1872 et 1876, le phylloxéra attaque les vignes du pays foyen. Les propriétaires aisés luttent contre le fléau en arrosant les pieds de vigne ou en utilisant des traitements phytosanitaires. Les petites gens n’ont pas les moyens d’appliquer ces traitements coûteux. Ils s’embauchent dans des domaines importants et travaillent leurs vignes le soir et les dimanches. Le baron de Gargan, industriel lorrain, vient d’acheter le domaine des Vergnes, aux Lèves. Il crée une société qui commercialise des produits phytosanitaires, il les utilise dans son vignoble, il fait arroser ses vignes et il embauche de nombreux petits propriétaires des Lèves et des communes voisines. Il est un précurseur de la lutte contre le phylloxéra et il est à l’origine du modernisme de la viticulture locale.

Il y a d’abord un renouveau avec l’utilisation générale de porte-greffes américains. Certes, ici et là, le phylloxéra se maintient de façon endémique jusqu’en 1910. Cependant, la disparition des vignes anciennes et le renouveau des cépages s’accompagnent d’une évolution considérable dans la viticulture. Le savoir-faire reste constant, même s’il s’affine, mais les outils et les techniques connaissent une mutation sans précédent. Chaque aspect de la viticulture est touché, du travail de la vigne, jusqu’à la commercialisation des vins. A cette époque, le fil de fer se répand. Finis les pieds de vignes ramassés autour de leur carrasson. Les vignobles changent d’aspect et on se rend compte que la feuille est le poumon de la vigne. Le fil de fer et son support, le carrasson, symbolisent le passage d’une vigne ancestrale au vignoble actuel. Et c’est justement l’exemple que donne M. Pioche, responsable du vignoble des Lèves, en juillet 1892, pour affirmer cette volonté de perfection que partagent ou doivent partager, selon lui, les viticulteurs du pays foyen : « Ici, l’administrateur cherche à ce que l’intelligence se révèle dans chaque carrasson, c’est-à-dire que rien ne nous est indifférent, tout à son but ». Tout, ce sont les moyens mis en œuvre pour produire le meilleur vin possible : la mise en état des vignes, des chais, l’utilisation de matériels efficaces – par exemple, des charrues en fer remplacent les vieilles araires en bois, les pressoirs cylindriques horizontaux et mécaniques se répandent, etc., sans oublier l’usage contrôlé de produits phytosanitaires. On constate que presque tout le matériel viticole utilisé aujourd’hui a pour origine lointaine celui qui vit le jour après la crise du phylloxéra.

Quand au savoir-faire, il ne s’agit pas, alors, de faire de son mieux en appliquant des méthodes validées par la routine, mais de fournir le meilleur vin possible à une clientèle parfois lointaine. Le chemin de fer arrive à Sainte-Foy en 1875 et, depuis la gare, les viticulteurs s’ouvrent à des marchés éloignés : toute la France, bien sûr, l’Europe occidentale, le Maghreb et jusqu’à la Russie.

Le savoir-faire traditionnel s’enrichit d’une exigence de qualité et de la rigueur et du dynamisme apportés à la commercialisation des vins du pays foyen.      

6 - La délimitation des régions viticoles.

Longtemps, viticulteurs et acheteurs ont comparé la qualité et le prix des vins de divers terroirs. Ces mercuriales sont de plus en plus nombreuses à partir du 18ème siècle. Au 19ème siècle, des manuels signalent les spécificités des terroirs viticoles : nature des sols, des cépages, qualités des vins, quantités produites, etc. Pour le bordelais, ce sont Cocks[3] et Féret[4]. De son côté, le législateur définit et délimite les diverses régions viticoles de France. Dans la mosaïque de terroirs qui composent alors la France, il distingue et officialise les spécificités viticoles.

Au début du 20ème siècle, la commission d’historiens chargée de ce travail pour la Gironde se ressent du corsetage administratif de la 3ème République en se tenant aux limites administratives des départements et des cantons. Les viticulteurs du Fleix, de Port-Sainte-Foy et de Fougueyrolles avaient toujours commercialisé leurs vins comme étant de Sainte-Foy. Ils protestent vivement, arguments à l’appui… sans succès.

Ce classement fut entériné en 1919. En juillet 1937 et décembre 1938, deux décrets donnèrent une définition des vins de l’appellation Sainte-Foy-Bordeaux, résumée ainsi : « A la limite des départements de la Gironde et de la Dordogne, se trouve la région de Ste-Foy-Bordeaux. Elle produit des vins blancs qui doivent leur qualité à la présence de cépages fins de la Gironde. Ses vins rouges ont du corps et une certaine finesse qui les fait apprécier à juste titre. Degré minimum : Rouges, 9°5. Blancs, 10° »[5].  

Nos viticulteurs connaissent ces textes et savent encore mieux la sévérité du cahier des charges : ce n’est jamais que la continuité de l’exigence de perfection qui s’était imposée il y a plus d’un siècle, après la crise du phylloxéra.

En mai 2013, le Syndicat des Vins de Sainte-Foy-Bordeaux a fêté ses 75 ans d’existence. 75 ans d’existence officielle et un millénaire de tradition viticole, ce n’est pas anodin.

Quittons cette dynamique de groupe, pour ne pas dire ce groupe dynamique, pour accompagner le vigneron dans sa vigne. Chacun de ses gestes répond à une nécessité. Il organise le travail que lui commande sa vigne. Il est à son service, au service de son vin, au service de ses clients, comme le furent tous ses prédécesseurs depuis un millénaire.

Versez du Sainte-Foy-Bordeaux dans votre verre et, avant de le déguster, observez votre entourage. Chaque dégustateur a son rituel de gestes, parfois très élaboré. Un vin fameux se boit religieusement, disaient nos anciens, et le mot de rituel est celui qui convient.

Cependant, parler de la relation entre le viticulteur, son vin et celui qui le déguste est une autre histoire, comme disait Rudyard Kipling, même si cette histoire est passionnante.


[1] Dans l’archiprêtré de Sainte-Foy, la dîme se payait au onzième des récoltes et des animaux de croît (tous les animaux de la ferme, animaux domestiques exclus).

[2] Il existe un lieu-dit Les Plantes de Vidal à Saint-Antoine de Breuilh.

[3] Charles Cocks, Guide de l’étranger à Bordeaux et dans la Gironde. Bordeaux, ses environs et ses vins classés par ordre de mérite. Féret et fils, Bordeaux, 1850.

[4] Edouard Féret, Statistique générale de la Gironde, tome II par Eugène Vergez, Classification des vins, Masson & Féret, Paris-Bordeaux, 1874.

[5] Annuaire des marques et appellations d’origine des vins, eaux-de-vie et spiritueux de France, Poinsot, Paris, 1942, p. 502.

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21 mars 2014

Constats et réflexion...

Quelques constats :

1 - Le cumul des mandats.

M. Florent Boudié est foncièrement contre le cumul des mandats, Sud-Ouest, 25 septembre 2012 : « Faire de la politique, c'est une mission, parfois une vocation, mais ce ne doit pas être une carrière. Les politiques ont besoin de retrouver la confiance des citoyens. Les socialistes doivent être exemplaires et s'appliquer la règle que le parti s'est fixée il y a trois ans, avant que la loi n'y soumette l'ensemble des élus. Personnellement, je suis contre le cumul des mandats en nombre mais aussi dans le temps (renouvelable une seule fois). Je souhaite aussi que l'on mette fin au cumul des indemnités et que l'on applique des règles très strictes contre toutes les formes de conflits d'intérêts entre mandat public et secteur privé. Ce qui suppose la création d'un statut de l'élu pour préparer le retour à la vie professionnelle. ».

2 - Le grand Leclerc.

En tant que conseiller municipal de Pineuilh, M. Florent Boudié fut "très favorable" au projet d'implantation du grand Leclerc et a voté en sa faveur (conseil municipal de Pineuilh, 25 mars 2009).

"M. BOUDIE reprend les arguments favorables déjà défendus par M. CHALARD, à savoir l’importance que revêt l’aboutissement de ce projet sur le territoire du pays foyen. L’implantation de ce centre commercial contribuerait à éviter le risque d’évasion du pouvoir d’achat des consommateurs locaux vers Libourne et Bergerac. Il déclare ses colistiers et lui-même très favorables à ce projet".

3 - Quelle ligne politique ?

- M. Florent Boudié est député socialiste.

- Sud-Ouest, mardi 11 février 2014, a interrogé M. Florent Boudié, candidat et tête de liste aux élections municipales de Sainte-Foy. "Le député socialiste, ... a lancé un sondage auprès de 140 Foyen et ne veut pas imprimer "de couleurs politiques dans cette campagne"...".

- A Pineuilh, les cinq conseillers d'opposition, colistiers de M. Florent Boudié se divisent et forment deux listes de gauche pour les élections municipales de 2014.

4 - Quelle vérité ?

Le Résistant, 16 janvier 2014, propos de M. Florent Boudié : "Notre Volonté collective est de regarder les réalités en face... Il faut agir et très vite, ne mentons pas aux foyens".

Ces changements de cap, d'opinions, de convictions déclarées puis effacées ont de quoi flanquer le vertige. Albert Camus l'avait déjà constaté : "Faute de valeur supérieure qui oriente l'action, on se dirige dans le sens de l'efficacité immédiate. Rien n'étant vrai ni faux, bon ou mauvais, la règle sera de se montrer le plus efficace, c'est-à-dire le plus fort".

Faire de la politique est une mission qui n'a rien à voir avec une carrière ; qui n'approuverait pas cette affirmation ? Cependant, pour M. Florent Boudié, la prochaine élection municipale est une étape dans une carrière déjà bien entamée.

Ces temps-ci, à Sainte-Foy, nous avons la chance de faire de l'histoire expérimentale, c'est-à-dire que les affirmations, les promesses et les décalages parfois stupéfiants dont j'ai donné quelques exemples forment les éléments d'un canevas d'analyse qu'il faudra affiner, voire nuancer. Philippe Burrin fournit une hypothèse de réflexion et de recherche, quand il précise les éléments de base de l'accommodation : "le sentiment de la contrainte, l'intérêt matériel, la complaisance personnelle, la conviction ou la connivence idéologique".

Dans son parcours politique, qu'il choisit de qualifier de mission et non de carrière, M. Florent Boudié nous donnera d'autres éléments pour étayer notre réflexion. Je note que la "mission" d'un élu est sans cesse vivifiée par des valeurs supérieures et n'a rien à voir, tout au contraire, avec "l'accommodation" de Philippe Burrin.

                                                                                                                     Jean Vircoulon

 

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16 mars 2014

La fin justifie les moyens

Jeudi 13 mars, Gérard et Anne-Marie Traverse ont présenté leur projet de supérette à Sainte-Foy, dans les locaux de l'ancienne épicerie Traverse.

Nous étions nombreux pour prendre connaissance du projet dans son état actuel : la faisabilité. "Faisabilité" est un mot assez récent, voici la définition qu'en donne Wikipedia :

"L'Étude de faisabilité dans la gestion de projets est une étude qui s'attache à vérifier que le projet soit techniquement faisable et économiquement viable. Dans une optique plus large, on distingue les volets suivants dans une étude de faisabilité : étude technique, commerciale, économique, juridique et d'organisation".

Il y avait plusieurs membres de la liste Boudié. Combien, je ne sais pas, je ne les connais pas tous. Ils ont assailli le couple Traverse de personnes : la sécurité, le coût et la fonction du petit train, les autorisations (sont-elles demandées et obtenues ?), le permis de construire (est-il déposé ?), etc.

Ils cherchaient les défauts du projet de façon agressive. Le public a fini par les conspuer, elles se sont tues.

Sécurité ? Ils sont moins vigilantes quand il s'agit des dalles disjointes ou affaissées de nos nos rues ou de l'espace entre deux bords de la balustrade qui clôt l'esplanade François Mitterrand, en haut des quais. Si un bambin se faufile dans cet espace, il tombe sur les quais d'une hauteur d'environ 6 mètres. J'ai signalé ces problèmes à M. Pasquet au début du mois de septembre 2013, rien n'est fait à ce jour.

Ils n'ont rien vu d'anormal quand M. Florent Boudié, leur tête de liste, s'est engagé à "implanter un nouveau supermarché à l'emplacement de l'ancien super U" sans avoir pris contact avec le propriétaire du site, et ils n'ont rien trouvé à dire. Contrairement au projet Traverse, l'équipe Boudié s'est dispensée d'une étude de faisabilité, elle n'a considéré que le résultat, présenté non pas comme un projet ni une promesse, mais comme un engagement.

Pour eux, la complaisance personnelle, la conviction et la connivence idéologique l'ont emporté. Nous retrouvons les catégories désignées par Philippe Burrin quand il définit ce processus d'accommodement.

"Faute de valeur supérieure qui oriente l'action, on se dirige dans le sens de l'efficacité immédiate. Rien n'étant vrai ni faux, bon ou mauvais, la règle sera de se montrer le plus efficace, c'est-à-dire le plus fort".

Le langage populaire dispose d'expressions pour dire la même chose : faire feu de tout bois, et celle-ci qui est terrible, en l'espèce : la fin justifie les moyens.

Jean Vircoulon

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14 mars 2014

Le journal d'un électeur foyen,

par Jean Vircoulon

Nous aurons le choix entre trois listes ; c'est probablement un fait unique dans l'histoire de la bastide. Dès maintenant, on peut en chercher les raisons. J'en distingue une qui me paraît essentielle : un système de gestion des affaires communes s'achève sans succès, et on constate que la vie démocratique a horreur du vide.

Certitude ou hypothèse ? Ce n'est pas cette question qui m'intéresse, mais le débat électoral et en particulier, sa nature. Le pragmatisme et et les projets concernent des questions classiques : qui sommes-nous, que voulons-nous devenir, comment. Il s'agit d'éclaircir notre avenir commun à très court terme, la seule chose qui soit claire pour tous étant que Sainte-Foy va mal.

Dans le premier tract publié par Florent Boudié, avant qu'il ne présente sa liste, on lit que Sainte-Foy, depuis 10 ans, est enfin parvenu à se désendetter. C'est un scoop, un information du tonnerre : en bon français, désendetter signifie se dégager de ses dettes. La bastide n'a plus de dettes ? Elle a fini par rembourser tous ses emprunts ?

On peut l'écrire, le dire et le redire, le proclamer et le confirmer, c'est faux. Le site du ministère du Budget donne des chiffres officiels et authentiques. En 2012, la dette est de 3 510 000 euros, ce qui représente 1354 euros par habitant, alors que la dette des communes de même importance ne représente que 716 euros par habitant.

J'ai demandé à Florent d'où il tenait que Sainte-Foy s'était désendetté. Il m'a dit : "En tant que député, j'ai pu avoir communication du rapport de la Chambre Régionale des Comptes sur les budgets de Sainte-Foy, et c'est clairement indiqué dedans". Je lui ai répondu qu'en tant que simple citoyen, j'ai consulté ce rapport sur Internet et j'y ai lu tout le contraire. Et Florent ne m'a pas répondu quand je lui ai demandé le montant exact de la dette, les délais de remboursement et le total du débours pour apurer la dette.

J'ai revu Florent et je lui ai reposé ces questions. Il m'a donné une autre "preuve" que Sainte-Foy est bien désendetté : "Il y a 10 ans, la commune payait 700 000 euros mensuel pour rembourser ses dettes, aujourd'hui, ce n'est que 350 000 euros". Il a tourné le dos et il est parti sans en dire plus. Il ne s'agit toujours pas de la dette, mais du montant des annuités de remboursement !

Je n'aime pas le mensonge et dans ce cas précis, il s'agit de mensonge. Bien sûr, je voterai. Mais il est plus intéressant d'observer le comportement d'un candidat à la fonction de maire de Sainte-Foy qui fonde sa campagne électorale sur un mensonge. Observer aussi l'attitude de ses colistiers qui cautionnent ou veulent s'en tenir à la vérité et la faire connaître.

Quel est le montant de la dette de notre commune au 31 décembre 2013, quels sont les délais de remboursement, les remboursements ont-ils été étalés sur 25 ou 30 ans, quel sera le coût total du désendettement ? Ce n'est pas d'aujourd'hui que je pose ces questions. Florent Boudié donnera-t-il des précisions avant les élections ?

Nous verrons. Après les élections, le conseil municipal de Sainte-Foy comprendra une pluralité d'élus qui publieront tous ces chiffres. Nous verrons alors la réaction de Florent et de ses colistiers : quelle est leur conception de la Démocratie, dans quelle mesure sont-ils à l'écoute de leurs concitoyens, et enfin, considèrent-ils que les affaires de la Commune sont des affaires communes.  

 

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01 mars 2014

Un document historique exceptionnel

Il ne provient ni d'un grenier oublié, ni d'un dépôt d'archives publiques. Il n'est pas rare puisqu'il a été imprimé à 2000 exemplaires. Il n'est pas ancien puisqu'il a été distribué dans tout Sainte-Foy en début de cette semaine.

C'est l'"addition au bulletin municipal n° 18", sous la signature de Robert Provain, maire et conseiller général.

vivre1   vivre 3

C'est bien un document historique exceptionnel.

L'Express du 20 novembre 2013 consacrait un article à notre commune, l'une des plus pauvres de France et des plus endettées par habitant. Cet hebdomadaire a utilisé quelques une des nombreuses informations et statistiques officielles que chacun consultera facilement sur le net. 

Chacun constate les problèmes qui se posent à notre commune, beaucoup en parlent. Il n'est plus possible de les nier ni de les cacher. Sauf dans cet additif : "Une campagne électorale n'est pas un concours de sinistrose qui abîme l'image de la ville".

Pour Robert Provain, se taire, s'autocensurer sont les seules attitudes convenant à un citoyen : parler finit par "abîmer l'image de la ville". Etrange conception de la démocratie.

L'image de la ville dépend en grande partie des élus. Ce sont eux qui abîment ou préservent "l'image de la ville" et surtout, la réalité, la vie, les projets. Mesdames et messieurs nos élus, qu'avez-vous fait de notre commune ?

Robert Provain nous joue une scène que nous connaissons par coeur parce qu'on nous l'a servie tant de fois : la commune qui s'est dévouée pour les autres. Cette fois, il change de ton, il adopte celui de la grosse colère, il ne veut pas laisser "salir, caricaturer, dénigrer par certaines personnes, l'ensemble des investissements réalisés au bénéfice des foyens et insulter les élus qui m'ont accompagné et soutenu en votant à l'unanimité tous les budgets. Insulter les élus, c'est insulter les 94 % des électeurs foyens qui ont voté pour ma liste "Républicaine et Laïque" en 2008. C'est INTOLERABLE".

J'ignore s'il tape du poing sur la table, mais cette attitude lui permet de regrouper autour de lui son équipe municipale, de marteler ses vérités et de taire ce qui lui convient.

Et ça commence très mal : les dénigreurs ne sont pas cités mais on comprend qu'ils sont une infime minorité, ils appartiennent aux 6% des électeurs foyens qui n'ont pas voté pour la liste de Robert Provain en 2008. Où avez-vous vu que 94 % des électeurs foyens ont voté pour la liste de Robert Provain en 2008 ? Ce chiffre est faux, grossièrement faux, et qu'un élu mente à son électorat, est-ce tolérable ?

Faut-il s'arrêter à cette étrange thèse du complot, des dénigreurs non cités ? Les régimes totalitaires utilisent et ont utilisé le complot comme élément régulateur. Ici, il a la même fonction.

"La Bastide de Sainte-Foy-la-Grande, d'une superficie de 46 ha, urbanisée à 94 % est la ville centre du Pays Foyen et regroupe l'ensemble des services publics et privés du Pays Foyen".

La bastide ne regroupe plus l'ensemble des services publics et privés du pays foyen. Mais cette affirmation sert la démonstration de l'auteur : "Que serait aujourd'hui le Pays Foyen si les Conseils Municipaux de Sainte-Foy successifs de la Libération à aujourd'hui solidaires les uns des autres n'avaient pas pris en charge SEULS l'ensemble des investissements publics ?"

Une liste de réalisations qui conclut cette démonstration et lui donne se force.

Pourtant... Que vient faire ici les conseils municipaux de Sainte-Foy de la Libération jusqu'à l'élection de Pierre Lart, en 1959 ? Marc Chambon, le maire des années 1950 et son conseil municipal avaient prévu d'installer une piscine route du Pont de la Beauze, sur les terrains qui s'étendaient à droite de la route jusqu'à la rivière, juste avant de passer sous le pont du chemin de fer. En plus de la piscine, le plan figure plusieurs terrains de sports, une plage pour la baignade et le canoë-kayack sur la Dordogne. 

Les mêmes avaient projeté d'édifier un nouveau collège-lycée sur la route du Pont de la Beauze, sur les terrains qui s'étendent à sa gauche, à peu près au niveau de l'actuel pont et rond-point.

Pierre Lart réalisa ces projets sur d'autres sites. La solidarité municipale affirmée dans ce document ne s'étend pas jusqu'à la Libération mais commence en 1959.

Il est exact que Sainte-Foy a pris en charge seule une longue suite d'investissements publics. Je dis bien Sainte-Foy et plus exactement ses contribuables, alors que Robert Provain écrit que ce sont les conseils municipaux qui ont pris en charge ces investissements. Confondre décideurs et payeurs n'est pas anodin.

Ce document passe sous silence un point essentiel : la commune de Sainte-Foy avait-elle la possibilité de partager les investissements cités avec d'autres communes ? La loi offrait-elle une structure intercommunale le permettant ?

La réponse est oui, avec le Syndicat Intercommunal à Vocation Unique que le législateur a créé par une loi du 22 mars 1890. Vous avez bien lu 1890 !

En pays foyen, on a connu l'existence des SIVU avec par exemple, les campagnes d'électrification qui ont suivi l'édification du barrage de Tuilières mis en service en 1909. A Sainte-Foy même, un SIVU n'a-t-il pas été envisagé pour créer la salle de cinéma de la Brèche ?

La vérité est que Sainte-Foy a voulu créer et financer seule de multiples investissements utilisés par les habitants de tout le pays foyen.

Pourquoi ? Quelles étaient les conditions optimales pour créer un SIVU efficace ? Ces conditions se sont-elles présentées, les a-t-on recherchées, et sinon, pourquoi ? Répondre à ces questions, c'est faire l'histoire de notre bastide, de 1959 à aujourd'hui. D'autres que moi, sociologues ou historiens, entreprendront ce travail un jour.

Revendiquer cette "politique ambitieuse et nécessaire d'investissements", c'est en assumer la responsabilité en ne laissant pas croire qu'elle fut la seule possible, ce qui permet de justifier le recours incessant à l'emprunt qui caractérise les 50 dernières années de notre vie municipale et a fait du Sainte-Foy d'aujourd'hui, une commune surendettée.

Jean Vircoulon

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