Cyprien Vasseau
Cyprien Vasseau était courtier en vin à Sainte-Foy avant la Seconde Guerre mondiale. Il exerce encore en 1947 et j'ignore à quelle date il prit sa retraite. Il put alors se consacrer comme il le voulait à sa passion : la chasse. A 97 ans, bon pied, bon oeil, il chassait. "Il venait à Ligueux, il garait sa voiture derrière notre maison, aux Eymeries, se rappelle Jean-Raymonf Bellefin. Pour traverser les vignes basses, il lançait la jambe au dessus du fil de fer ! Comme un jeune homme".
Le 4 mai 1971, Sud-Ouest mentionna que Cyprien Vasseau était un des plus vieux chasseurs de France. Le 13 juin suivant, la Fédération des chasseurs de la Gironde lui rendit hommage et Sud-Ouest publia sa photo :
Il utilisait toujours le fusil à chiens extérieurs de ses débuts. Parlant de lui, il ne disait pas : "il finira de m'élever", comme font beaucoup de vieux chasseurs. Il en était content et ça lui suffisait.
Cyprien Vasseau pratiqua une chasse traditionnelle : sa profession et ses loisirs le plongeaient sans cesse dans ce terroir dont il connaissait chaque aspect, des exploitations aux pratiques et aux mentalités de ses gestionnaires, les paysans d'alors. Chasser était en grande partie l'apanage des terriens : dans un même endroit, ils habitaient, ils travaillaient et ils prenaient leur plaisir. Aujourd'hui, ce mode de vie est en train de disparaître et nous apparaît comme archaïque.
Dans les années 1970, les écologistes firent de la chasse leur principal cheval de bataille. Avec ce thème, ils se donnèrent une tribune et une visibilité. Ils passèrent à côté des caractères sociologiques de la chasse et ignorèrent longtemps le sort des animaux de boucherie. Dans les années 1980, la Société Protectrice des Animaux de Bergerac organisa des quines ayant pour lot des lapins, des volailles, un demi cochon et d'autres animaux morts, sans sourciller devant le non-sens de leurs manifestations.
La chasse permettait l'intégration des adolescents dans le groupe des adultes. La première communion accompagnée du cadeau d'un vélo ou d'une montre (la liberté dans l'espace ou la soumission au temps des autres), et les premiers flirts restaient des événements familiaux ou personnels. A la campagne, les premières parties de chasse avec les adultes et le premier fusil, choisi et offert par son père, et que l'on gardait toute sa vie, marquèrent le passage à l'âge d'homme de nombreux jeunes gens de la campagne.
Seuls les jeunes gens étaient amenés à chasser. On citait bien trois ou quatre dames férues de chasse : l'épouse d'un garagiste de Vélines, une institutrice foyenne, deux employées de Pineuilh. Elles avaient un coup de fusil remarquable - et remarqué : il ne pouvait en être autrement pour qu'elles soient acceptées par un groupe de chasseurs.
Ainsi, dans les familles, on chassait de père en fils. A la campagne, la transmission des savoirs et des pratiques passait par la chasse et par la gestion du patrimoine (conduite du tracteur, taille de la vigne, travaux agricoles, etc.). L'adolescent quittait sa bottes de travail pour mettre celles du chasseur.
Aujourd'hui, la gestion du patrimoine prime et la chasse n'est plus son corollaire obligé marquant le passage dans le groupe des adultes. Il reste l'image de Cyprien Vasseau, emblématique d'un mode de chasse disparu.
Le Périgourdin de Bordeaux, n° 357, janvier 1962
Soeur Philomène
Aujourd'hui sort le film de Jean-Pierre Denis, "Ici-Bas".
Sur la toile, on trouve plusieurs annonces de ce film :
Synopsis :Cette fiction s'inspire de personnages et de faits réels survenus en 1944 sous l'Occupation en Périgord : l'histoire de Soeur Philomène, une religieuse au centre d'une affaire passionnelle qui va semer le trouble dans les rangs de la Résistance et connaître un épilogue tragique.
Fin 1943 sous l'occupation, Soeur Luce, une religieuse à la dévotion et au dévouement exemplaires, est infirmière à l'hôpital de Périgueux. La rencontre d'un aumônier, Martial, passé dans les rangs du maquis et à la foi profondément ébranlée, bouleverse son existence. De l'amour du Christ à celui d'un homme, Soeur Luce vit une passion pour laquelle elle finit par quitter le couvent et ses soeurs. Mais elle se heurte vite au mur de la réalité et des passions. Trahie, Soeur Luce se sent abandonnée des hommes et de Dieu… Un matin, à la Poste centrale, des employés membres d'un réseau de la Résistance interceptent un courrier anonyme à l'adresse de la Kommandantur.
Entretien avec Jean-Pierre Denis :
- "Ici-Bas" est inspiré d'une histoire vraie qui s'est déroulée en Périgord en 1943. Comment avez-vous eu connaissance de cette histoire ? En quoi y avez-vous trouvé matière à un film ?
- C'est au cours de rencontres avec des résistants, en vue de la réalisation d'un film documentaire sur les maquis en Périgord, que j'ai découvert cette histoire. J'ai été immédiatement frappé par sa dramaturgie, au sens classique du terme, par la richesse des questions existentielles, morales, politiques, religieuses qu'elle soulevait. Soeur Luce s'appelait en réalité Soeur Philomène.
- Pourquoi avoir changé son nom ?
- Au nom de la fiction qui s'inspire de faits réels mais ne prétend pas retracer "l'affaire de Soeur Philomène" à l'origine du drame.
Je ne vous en dit pas plus : vous verrez le film ou vous lirez l'histoire de soeur Philomène dans l'ouvrage de Dominique Richard et Anne-Marie Siméon, "Le roman noir du Périgord, Histoires vraies", édité par Fanlac en 2001.
Pourquoi signaler la sortie de ce film ? Parce que, d'après Dominique Richard, soeur Philomène naquit à Sainte-Foy la Grande.
Avec la contribution d'Alain Démaret, voici un album sur Port-Sainte-Foy et Ponchapt :
Plusieurs cartes postales sont signées par Onésime Reclus qui résida à Port-Sainte-Foy dans les années 1900. Une photo montre un bateau pavoisé. Elle a été prise dans les années 1880.
Le Fleix
Voici un album de cartes postales sur Le Fleix. Plusieurs cartes m'ont été confiées par M. Démaret que je remercie.
Et aussi :
Jean Pagnac
Le mercredi 31 août 1977, Sud-Ouest publia cette photo, prise le 26 août 1933. Elle représente Jean Pagnac plongeant dans la Dordogne depuis le pont de Castillon :
Août 1936, un avion en vol pour l'Espagne atterrit à Saint-Nazaire
Christian Chaugier vient de me porter un petit dossier.
Tout a commencé avec un entrefilet illustré par une photo que Michel Lavalette a publié dans la revue "Fana de l'aviation", n° 448, de mars 2007 :
Je recopie le texte de M. Lavalette pour qu'il soit facile à lire :
Voici la photo d'un avion piloté par un Belge (André Otrich - orthographe non garantie) qui se rendait en Espagne et est tombé en panne, fin juillet 1937, sur la commune de Saint-Nazaire, en Gironde. Il n'était pas immatriculé. Les nombreuses personnes qui entourent l'avion participaient à un érepas de battage" à quelques centaines de mètres du lieu d'atterrissage. D'après des témoins, dont ma mère, le pilote, entendu par les gendarmes et hébergé par une famille locale, est reparti le lendemain. J'aimerai connaître le type de cette machine.
Michel Lavalette, par courriel
L'Aviation. L'avion est un chasseur Avia BH 33E tchécoslovaque (moteur Walter "Jupiter" de 450 ch) qui semble ici désarmé et sans marques de nationalité.
Christian Chaugier avait d'autres photos de cet avion :
Sur cette photo, devant l'avion, Henri Lallier discute avec un gendarme.
Les lecteurs de Fana de l'aviation sont des érudits. Ils apportèrent des précisions :
"La photo de l'Avia BH-33 dans le Fana n° 448 (p. 14) est très intéressante. Mais, à la réponse, quelque chose pourrait être ajouté, que j'ai trouvé dans le livre de Gérard Howson, Aircraft of the Spanish Civil War (1990). L'aviation militaire belge possédait trois Avia BH-33. L'un d'eux, le BH-33.3, immatriculé U3, fut acheté pour les républicains espagnols, après avoir été remis en état par les Ateliers Mulot-Ertag à Bruxelles-Evere, par R. Vandevelde. Il fut peint tout en blanc, avec toutes les marques cachées et l'armement couvert.
Le 26 août 1936, l'ancien pilote militaire André Autrique partit pour l'Espagne. Le vol fut évidemment aventureux, mais bien organisé, car Autrique se posa deux fois en rase campagne pour prendre l'essence de camions qui l'attendaient. Malheureusement, il perdit son chemin et se posa dans un pré à Sainte-Foy la Grande, près de Libourne (Bordeaux). Il fut arrêté par la gendarmerie et ne fut libéré que par l'intervention personnelle du ministre de l'Air, Pierre Cot.
Il arriva à Barcelone le 27 août. Le sort de l'avion en Espagne reste inconnu...
La photo doit avoir été prise en août 1936 et non pas en 1937. Les lieux correspondent.
Harm Hazewinkel
Un autre lecteur ajoute :
Le pilote de cet avion Avia BH-33 était André Autrique qui a raconté le convoyage de cet avion (de manière trop rocambolesque aux yeux de certains auteurs...) dans la revue Icare n° 118... André Autrique indique que le convoyage eut lieu fin août 1936 et non fin juillet 1937.
Georges Durhône, Tours
André Autrique a raconté sa participation à la guerre d'Espagne, dans les Brigades Internationales : Il a combattu dans l'Èbre, à Tolede, dans la Sierra de Guadarrama, en Catalogne. Il fut une fois touché par un avion allemand. Il quitta l'espagne en janvier 1939, après la prise de Barcelone par Franco.
La Petite Gironde a-t-elle publié un article sur cet événement ? C'est probable. Mais il me manque les mois d'août et de septembre 1936...
Je trouve des plaques photographiques dans mes archives qui montrent ces avions. Voici ces photos inédites, d'assez bonne qualités :
L’administration de Saint-Pierre d’Eyraud jadis
Comment était administré Saint-Pierre d’Eyraud avant la création des communes et des conseils municipaux, c’est-à-dire, avant la Révolution française ?
Après la messe du dimanche matin, les principaux habitants de St-Pierre d’Eyraud et tous ceux qui le voulaient s’assemblaient devant la principale porte d’entrée de l’église et délibéraient sur les affaires communes. La messe se terminait vers 11 heures. La convocation se faisait alors au son de la cloche. Les catholiques sortaient de l’église et les protestants, entendant sonner la cloche, arrivaient.
La communauté des habitants comprenait tous ceux qui habitaient sur le territoire de la paroisse. Elle se réunissait au moins une fois par an pour décider de la répartition de la taille, qui était un impôt portant sur les terres. Cette assemblée se tenait souvent au début du mois d'octobre. Elle établissait les montants individuels et désignait les collecteurs. D'autres réunions pouvaient se faire en cours d'année. Les sujets portaient sur les affaires concernant la communauté : chemins, fontaines, réparations de l'église et de la maison curiale, impôts, procès divers et, bien entendu, la désignation des syndics chargés de percevoir l’impôt. On pouvait aborder d’autres sujets. Ainsi, en 1761, les habitants de Margueron refusèrent que leur curé lève une dîme sur les haricots. Ce brave homme, qui était docteur en théologie, devait adorer les ragouts de mouton !
A Saint-Pierre d’Eyraud, comme ailleurs, ces assemblées capitulaires duraient longtemps. Il fallait lire à voix haute les pièces du dossier. Ensuite, la communauté délibérait et, après avoir murement réfléchi, elle arrêtait sa décision de façon unanime. Le notaire rédigeait alors un procès verbal qu’il faisait signer par ceux qui savaient le faire. Parfois, l’assemblée avait duré plus de trois heures. On commentait les nouvelles et on rentrait chez soi pour manger.
Les communes furent créées le 14 décembre 1789. Elles furent dirigées par un maire élu et par des officiers municipaux : on ne parlait pas encore de conseillers municipaux. On avait tellement l’habitude de tenir ces assemblées capitulaires devant la porte de l’église, à la sortie de la messe, que l’on continua de faire ainsi pendant un an ou deux.
A l’époque, les syndics de la communauté gardaient les documents dont ils avaient besoin pendant leur exercice. Depuis, ces archives se sont perdues. Dans les liasses des notaires, on trouve quelques actes capitulaires de Saint-Pierre d’Eyraud. Mme Catherine Baritaud m’en a communiqué six. De 1776 à 1783, cinq actes concernent un marchand récemment établi à Saint-Pierre d’Eyraud. Il refusa de payer l’impôt pour sa première année de présence, comme il en avait le droit. La communauté persista à l’imposer, perdit en première instance, s’entêta, perdit en appel et enfin en cassation. En 1783, la communauté répartit sur ses membres les1000 livresque lui coûtèrent ces procès. A l’époque, un lit se vendait une cinquantaine de livres, et on pouvait acheter une armoire pour100 livres.
L’assemblée du 26 mars 1790 concernait l’assiette de l’impôt. Il fallait la revoir : nombre d’articles sont trop ou pas assez chargés eu égard à la faculté des biens et revenus des imposables. Il était trop tard pour revoir la répartition des impôts et on garda les montants de l’année passée. Mais on fit payer un supplément à ceux qui furent sur-côtés. Il ne fut pas question de faire un avoir à ceux qui avaient trop payé. Ce fut la première augmentation d’impôt depuis la création de la commune, quelques mois auparavant.
Ces assemblées capitulaires de jadis nous apparaissent comme l’expression d’une « démocratie » transparente et directe. Ainsi, chacun savait le montant de l’impôt payé par l’autre, et chaque affaire commune était exposée, discutée et réglée publiquement. Mais, jusqu’à la fin du 18ème siècle, dans nos campagnes, les évolutions économiques et sociales furent très lentes, pour ne pas dire inexistantes. Si tout le monde pouvait assister aux assemblées, seuls les habitants les plus imposés prenaient part à la discussion et aux décisions. A Saint-Pierre d’Eyraud, comme ailleurs, les décisions furent toujours prises à l’unanimité des présents… et des absents ; ce qui illustre la forte identité du groupe communautaire, avec ses hiérarchies sociales figées d’une génération à l’autre.
Eté 1944, lettre dénoncant deux foyens
Voici le texte d'une lettre de dénonciation qui fut écrite à l'intention du "commandant de la Kommandantur de Bergerac" :
"Monsieur le Commandant,
Monsieur Untel, propriétaire à tel endroit, commune de Chose par Ste Foy la Grande a un fils Hector Untel qui est dans le maquis. Le père Untel est gaulliste et même communiste. Il reçoit des maquisards dans sa maison et dans une ferme à côté de l'église de là-bas, son fils vient s'y réfugier paraît-il quelquefois".
Un tortillon élégant sert de signature.
La lettre n'est pas datée. Les noms sont modifiés, Hector n'est pas le prénom du fils et la seule indication que je laisse subsister est qu'il s'agit d'une commune du canton de Sainte-Foy.
La dénonciation est concise et imparable : le fils est "dans le maquis", le père est "gaulliste et même communiste". Le père reçoit "des maquisards dans sa maison" et le fils se réfugie parfois dans une ferme isolée qui est située avec précision.
On a estimé de trois à cinq millions le nombre de lettres de dénonciations expédiées en France, à diverses administrations, pendant l'occupation. La France comptait alors 40 millions d'habitants. La "rénovation de la race", la "cohésion nationale" et l'exaltation de "l'âme collective", thèmes porteurs de la Révolution nationale, trouvèrent un nombre faramineux de délateurs anonymes ou non.
Le Corbeau, film d'Henri-Georges Clouzot sort le 28 septembre 1943. S'il reprend un fait divers ancien, il interfère dans ce climat de délation qui règne alors en France. Au succès du film, s'ajoutent la polémique et des réactions inattendues pour un observateur d'aujourd'hui : "Ce film nouveau fait courir tout Paris et aussi tout Vichy. Il présente un vif intérêt d'actualité. Il fustigue l'épidémie du jour : la maladie des lettres anonymes", lit-on dans alors dans Radio National du 7 au 13 novembre 1943. "Il sévit à tel point, ce fléau, qu'une loi spéciale vient d'être faite pour châtier les auteurs de dénonciations calomnieuses. Les délations non signées submergent les bureaux de police et les autorités. Mais allez donc courir après ces vipères malfaisantes !"
La suite de l'article est intéressante pour l'histoire locale, le canton de Sainte-Foy ayant été rattaché au département de la Dordogne : "Le préfet de la Dordogne applique dans son département un remède original et fort habile. Les détestables lettres anonymes sont affichées à la porte des mairies et des villages où elles ont été postées. Ainsi la plaie est débridée. Chacun est informé de ce dont on l'accuse, et les écrivains anonymes, en venant aux nouvelles, mettent le nez dans leurs propres ordures... Gageons qu'il ne faut pas longtemps, dans les petits pays, pour mettre un nom sur le corbeau du cru et refroidir son goût pour la littérature apocryphe".
Cette mesure concerne les lettres anonymes. Celles qui portent le nom et l'adresse de l'expéditeur ey qui sont signées sont prises en considération.
La lettre citée fut-elle affichée à la porte de la mairie ? Qui étaient les victimes de la dénonciation ? Qui était le corbeau ? Quelles suites furent données à cette délation ?
Il s'agit de répondre à ces questions avant de classer cette lettre avec les millions de lettres nauséeuses analogues. Ou non.
Le père Untel est un petit propriétaire terrien. Patriote ? Oui, comme tant de gens qui pensent que le maréchal Pétain incarne la France et qui approuvent sa politique de collaboration avec l'Allemagne nazie. Il voisine avec plusieurs adhérents du Parti Populaire Français de Jacques Doriot. Des réunions se tiennent chez les Chose. Elles sont animées par "le vieil Arthur" qui habite une cabane des environs. Il avait lu et il connaissait l'histoire de France. J'ignore s'il s'était abonné au quotidien de Doriot, "Le Cri du Peuple". "Pendant la guerre, raconte un de ses voisins, quand il passait devant chez nous, il levait le poing en criant "Doriot, Doriot". Un jour, mon père lui a dit : "Si tu refais ça, je te donne un coup d'aiguillon". Il ne l'a plus fait". Il est difficile d'aller au delà de ce témoignage pour retrouver le contenu politique de ces réunions.
En novembre 1942, Hector, le fils du père Untel est incorporé dans les "Chantiers de la Jeunesse Française", à Saint-Pé de Bigorre.
A son retour, il adhère au Service d'Ordre de la Milice de Sainte-Foy ("Il est galonné", se souvient un témoin), puis, il entre dans la Milice de Sainte-Foy, en compagnie de deux de ses proches voisins.
En août 1944, beaucoup de miliciens foyens accompagnent des éléments de l'armée allemande dans leur repli vers l'Allemagne. Plusieurs se retrouvent dans Berlin. Ils y font le coup de fusil contre les Russes avant de s'échapper et de regagner la France. Avec un autre milicien foyen, le fils Untel choisit une autre voie. Il a disparu assez tôt et quand il revient en pays foyen, après la libération de Sainte-Foy, il arbore l'uniforme d'un lieutenant d'aviation. Il s'engage dans les Forces Françaises de l'Intérieur. Avec un autre milicien foyen, il s'engage dans la 1ère Armée Française qui entre en Allemagne et se dirige vers Berlin.
Reprenons la lettre de dénonciation. Elle mentionne la ferme du père Untel dans laquelle "son fils vient s'y réfugier paraît-il quelquefois". Deux réfugiées polonaises habitaient dans cette ferme. Ce n'était pas un repaire de maquisards : le fils Untel et tels de ses copains du P. P. F. venaient y courir le guilledou, ce qui se savait.
La lettre de dénonciation s'ajoute à ces tentatives du père Untel et de son fils pour éviter de répondre de leurs activités de collaborateurs. Elle se veut sans appel : le père est qualifié de "gaulliste et même communiste". Mais comment peut-on être à la fois gaulliste et communiste ? Par contre, dès le mois de mars 1942, le Service d'Ordre de la Légion a reçu pour mission de surveiller les gaullistes et les communistes, désignés sous les numéros 87 et 86. Une circulaire prescrit d'établir la liste des meneurs :
Ces documents internes du S.O.L. ne mentionnent ni Juifs, ni Francs-Maçons. Ils ne visent que deux bêtes noires du régime de Vichy, les communistes et des gaullistes. Le père Untel ne peut être qu'un opposant forcené du maréchal Pétain : n'est-il pas qualifié à la fois de gaulliste et de communiste ?
Qui est l'auteur de cette délation ? La lettre émane de la famille Untel. De sa part, elle constitue une ultime tentative pour se démarquer d'activités collaborationnistes récentes.
Le Comité de Libération de Sainte-Foy ne se laisse pas prendre dans ces manoeuvres. Fin septembre 1944, il établit la liste des 30 membres du Parti Populaire Français, des 12 membres du Service d'Ordre de la Légion et des 29 miliciens du canton de Sainte-Foy, des "indicateurs" de l'ennemi, de "la Gestapo" et des Waffen S.S. de Sainte-Foy la Grande. Il dresse aussi la longue liste des "Croix de Feu" foyens.
Le fils Untel n'échappe pas à ce repérage. Il figure dans la liste des miliciens avec la mention : "F.F.I., aux armées en Alsace".
Il fut arrêté, jugé et condamné. Son copain milicien qui partagea son aventure fut aussi arrêté, jugé à Lille et condamné. J'ignore ce que devint le fils Untel. Son copain profita rapidement des lois d'amnistie. Il revint s'installer en pays foyen où il termina ses jours.
Cette lettre de dénonciation n'était qu'un leurre qui, à l'époque, ne trompa personne.
La Dordogne
Un nouvel album regroupera des cartes postales et des photos sur la Dordogne :
Le cirque Bostock and Wombwell à Sainte-Foy
Une des photos du petit album rouge, dans la colonne de droite, montre le cirque Bostock & Wombwell à Sainte-Foy. La photo a été prise à la fin du 19ème siècle.
Geoffrey Younger, un lecteur du blog, me signale que son arrière grand-père fut employé comme dompteur dans ce cirque et m'envoie ces deux photos :
Geoffrey a eu la gentillesse d'ajouter quelques renseignements sur son ancêtre. Je le remercie.



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