Le pays foyen

28 mai 2015

Pour les pélerins de Saint-Jacques de Compostelle

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30 avril 2015

Le bloc-notes

de Jean Vircoulon

Communiquons.

Le 4 avril 2015, le conseil municipal de Sainte-Foy la Grande s'est réuni pour voter le budget primitif et boucler plusieurs dossiers.

A propos du budgets primitif, M. Laulhau, conseiller municipal d'opposition, a fait des remarques. Il a souligné le "déficit global de communication" de la majorité municipale en donnant un exemple : depuis les élections municipales, il y a un an, la municipalité de Pineuilh a fait paraître 3 bulletins municipaux et celle de Sainte-Foy aucun.

L'adjointe à la communication, Mme Grandet, baissait la tête en silence et M. Chalard, maire, a répliqué vertement : "J'assume".

Assumer la défaillance d'un soutien consiste à mener à terme la mission qu'il n'a pas remplie, et pas ne rien faire.

Ensuite, M. Laulhau a dit qu'il faudrait entamer un "travail de relation entre élus et associations". Et M. le maire a regretté qu'il n'y ait pas d'association de commerçants foyens. La présidente des commerçants étant parmi le public, ces regrets ne manquaient pas de saveur : communiquer consiste à s'informer et à informer. L'adjointe à la communication est restée silencieuse, et pourquoi pas ?

Il existe une association de commerçants à Sainte-Foy, très active. Le journal Sud-Ouest en témoigne avec le long article qu'il publie dans son édition du mercreci 29 avril 2015 : "Ils achètent un bâtiment pour créer de l'activité". L'association a créé une société civile immobilière qui achète un local en ville pour y installer des activités artisanales.

D'un coup, M. Christophe Chalard aura appris l'existence de l'association, la qualité et l'ampleur de son activité, son sérieux et sa rigueur pour faire aboutir ses projets.

"Quand on n'a pas d'argent, on ne peut rien réaliser". C'est le leitmotif de notre maire et de ses plus proches collaborateurs. Avec cet achat d'immeuble, l'association des commerçants démontre la vacuité de ce principe. 

Quand on n'a pas d'argent, on fédère les bonnes volontés sur un projet porteur, on crée une synergie et le projet se trouve lancé sur de bons rails.

Le défaut de communication, dans les deux sens, mène à l'échec. Mme l'adjointe à la communication en est-elle persuadée ? Le premier bulletin municipal de cette mandature donnera des éléments de réponse. Il devrait paraître vers le 15 mai.

Cependant, M. Bruno Beltrami, adjoint à la revitalisation du commerce, connaissait l'existence de l'association des commerçants : fin octobre 2014, il l'avait conviée à une réunion. Ce fut d'ailleurs la seule réunion entre cette association et la municipalité en 1 an.

On peut craindre que nos édiles aient classé associations et Foyens en deux catégories : ceux qui sont recevables et les autres.

Ce serait grave. Le terme de "commune" ne désigne pas qu'une entité territoriale. Il recouvre le "vivre ensemble", dans son sens le plus profond, la convivialité, et pour un but sans cesse partagé et renouvelé : le bonheur.                          

                                                                                                          

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12 septembre 2014

Vigne et vins en payx foyen

On ignore quand apparurent la vigne et le vin dans notre moyenne vallée de la Dordogne. Quelques découvertes archéologiques et de rares textes montrent que des villas gallo-romaines s’entourèrent de vignes, et exportèrent aussi des vins d’Italie.

A partir du 11ème siècle, des textes de plus en plus nombreux jalonnent une histoire riche et variée qui a marqué le pays foyen jusqu’à nos jours. Il faudrait rédiger un ouvrage pour l’évoquer. J’ai retenu quelques faits essentiels selon le plan suivant :

1 - L’extraordinaire renouveau viticole du 11ème siècle.

2 - La longue lutte contre le protectionnisme bordelais.

3 – L’essor durable de la viticulture foyenne au début du 17ème siècle.

4 - Le commerce avec la Grande Bretagne et la Hollande au 18ème siècle.

5 - Le renouveau du vignoble après la crise du phylloxéra.

6 - La délimitation des régions viticoles.

* * *

1 – L’extraordinaire renouveau viticole du 11ème siècle.

La Réforme grégorienne s’applique à la moyenne vallée de la Dordogne à la fin du 11ème siècle. Des moines venus souvent de fort loin obtiennent des seigneurs locaux qu’ils restituent les biens ecclésiaux dont ils s’étaient emparés : les églises elles-mêmes, des fermes, des terres, des bois, et diverses taxes. De nombreux dons s’ajoutent aux restitutions. Le réveil religieux s’accompagne d’un élan économique spectaculaire : des terres sont emblavées, d’autres sont défrichées, défoncées et plantées en vignes. Le pain et le vin sont les deux espèces de la communion et aussi, la base de la nourriture. Les moines de Saint-Florent de Saumur s’installent à Montcaret où ils apportent la vigne et leur savoir-faire. Le bois du Trouillet s’étend sur Razac, Saussignac et Monestier. En 1079, la famille comtale du Périgord donne aux moniales de Saint-Sylvain de La Monzie un domaine en vignes situé dans ce bois. On avait déjà défriché des parcelles de la forêt pour complanter en vignes et on continua. Vers l’an 1100 ; le seigneur de Pineuilh donne le manse du Vinayrols aux bénédictins de Conques et ce nom de Vinayrols évoque la vigne. Ces exemples, et d’autres, montrent l’essor considérable du vignoble, conforté par le développement du marché anglais dans la seconde moitié du 12ème siècle.

Aux 11ème et 12ème siècles, s’affirment deux caractères durables de la viticulture dans notre région : la vigne est un élément important d’une polyculture comprenant terres à blé, potagers et vergers, cochons, ovins, bovins et volailles. Vendu dans les tavernes du coin ou en Angleterre, le vin fait rentrer de l’argent frais dans une économie amplement marquée par le troc.

2 - La longue lutte contre le protectionnisme bordelais.

Les dernières décennies de la Guerre de Cent Ans ruinent le pays foyen. Des bandes de soldats, pillards et des épidémies ont décimé ses habitants. Après la bataille de Castillon (juillet 1453) et le départ des Anglais qui administraient l’Aquitaine depuis trois siècles, l’administration royale française relance l’économie du duché d’Aquitaine, tombé directement sous sa coupe. Elle fait appel à des migrants venus de zones extérieures à la région sinistrée. Pour des sommes modestes, ils louent des hameaux avec les terres qui en dépendent. Ils relèvent les ruines, ils défrichent les terres abandonnées et les remettent en culture. Ils donnent leurs patronymes aux tènements dans lesquels ils s’installent : les Bournets, les Sivadons, les Cocullets, les Guignards, les Goulards, les Briands, etc. Ces noms de lieux-dits et tant d’autres existent toujours et ont marqué le renouveau économique amorcé dans les années 1470.

La première génération de migrants accomplit un travail extraordinaire : au début du 16ème siècle, l’économie est solidement relancée, en particulier la viticulture et la vente des vins. De son côté, Bordeaux se réserve la priorité de la vente de ses vins sur les marchés extérieurs, en particulier, en Angleterre. Elle gène et diffère la commercialisation des vins des hauts pays dont font partie les vignobles foyens. Les barriques doivent jauger 200 litres et non 220 ; les Foyens ne peuvent faire descendre leurs vins sur la Dordogne, par gabarres, que dans le mois de décembre. Bordeaux et ses filiales, dont Saint-Emilion, ont déjà vendu les leurs. Enfin, chaque bourgade assise sur la rivière prélève un droit de péage et les vins qui arrivent de loin payent d’autant plus cher.

En 1502 et 1503, Gensac et Sainte-Foy négocient avec Bordeaux des conditions de commercialisation plus avantageuses. Avec le temps, ces transactions ne satisfont personne et les conflits se renouvellent. Les Foyens saisissent la justice et groupent autour d’eux des terroirs viticoles allant de Duras à Rauzan et jusqu’à Fougueyrolles et au Fleix. C’est le pays de Nouvelle Conquête. Les procès s’enchaînent jusqu’à la saisine du Conseil d’Etat en 1636. Cette instance suprême prononce un arrêt provisoire que les Foyens remettent en question génération après génération. En 1789, rien n’est décidé. La Révolution française balaye ces dissensions et les procès qui duraient depuis trois siècles. La commercialisation des vins devient libre et leur appréciation reste fondée sur la notion subjective de leur qualité, mise en valeur au 19ème siècle et inscrite dans le cadre légal des appellations d’origine au 20ème siècle.

3 – L’essor durable de la viticulture foyenne au début du 17ème siècle.

Cet essor est dû à la bourgeoisie foyenne et montre l’importance de sa place et de son rôle dans tous les aspects de la vie sociale depuis le repeuplement de cette région, entamé dans les années 1470. ces bourgeois sont des marchands, des médecins et des chirurgiens, des notaires et des gens de robe.

Pendant le 16ème siècle, les bourgeois foyens achètent des propriétés aux alentours de la bastide. Un Goulard s’installe à Saint-Nazaire, et ses deux frères à Pineuilh, aux Terciers et à Cazenac. Un Lajonye s’établit aussi à Saint-Nazaire. Des membres de la famille Papus constituent de vastes domaines à Pineuilh, sur le flanc des coteaux, aux Pététies, à La Rayre et à La Brande Guiboireau qui prendra le nom de Papus à la fin du 16ème siècle. On multiplierait les exemples de ces bourgeois foyens qui prennent une place prépondérante et commencent à envisager une alliance avec des familles nobles, quand ce n’est pas un titre de noblesse. Certains y arrivent au début du 17ème siècle.

Pendant la seconde moitié du 16ème siècle, ils continuent d’accroître leur patrimoine et ce dynamisme est lié aux progrès de la Réforme.  En 1542, le Réforme arrive à Sainte-Foy et s’étend rapidement dans tous les groupes sociaux. En 1561, les protestants chassent prêtres et moines et détruisent ou endommagent la plupart des églises du pays foyen et des couvents de Sainte-Foy. Il n’y a plus de service religieux catholique jusqu’en 1622 et surtout, la perception de la dîme est désorganisée[1]. C’est alors que les bourgeois foyens, qui ont tous embrassé la foi réformée, en profitent pour accroître leur patrimoine, et ce mouvement s’amplifie au début du 17ème siècle. Ainsi, à Pineuilh, Etienne Fauveau étend ses possessions dans le vallon des Anguilhères et son voisin, le notaire Vidal, fait mettre en vigne les parcelles qu’il vient d’acheter et qui porteront dorénavant son nom, Les Plantes de Vidal[2]. A Ligueux, Margueron et ailleurs, Etienne Goutte achète des propriétés qu’il fait mettre en vignes. En pays foyen, le vignoble s’étend. Dans quelle proportion, s’agit-il d’un mouvement local, les vignes nouvelles donnent-elles du vin rouge ou du vin blanc, à quels marchés la production est-elle destinée, autant de questions auxquelles la documentation disponible ne permet pas d’apporter des réponses, comme il est très difficile de distinguer les retombées de cet essor sur la société foyenne d’alors.

A partir de la fin du 16ème siècle et pendant tout le 17ème siècle, les riches familles bourgeoises foyennes confortent leur préséance et l’installent dans la durée. Leur déclin est effectif dans les années 1950.

4 – Le commerce avec la Grande Bretagne et la Hollande au 18ème siècle.

En octobre 1685, Louis XIV considère qu’il n’y a plus de protestants dans son royaume et révoque l’Edit de Nantes. A Sainte-Foy, qui fut une place-forte protestante, les temples ont été démolis et de nombreux huguenots se sont déjà expatriés avec leur famille. Ils se sont établis à Bristol, en Angleterre et surtout en Hollande, à Rotterdam et à Amsterdam. Là-bas, la liberté de foi religieuse leur est accordée. Ils ne tardent pas à établir des relations commerciales avec leurs parents et amis restés en pays foyen. Ils achètent les vins foyens et les revendent dans leur pays d’accueil. Il est impossible de mesurer le flux économique généré par ces exportations de vins foyens, mais on constate son ampleur.

En pays foyen, l’argent frais arrive en abondance au moment où s’exprime le besoin d’une sociabilité nouvelle. La bourgeoisie locale se lance dans le Siècle des Lumières et elle en a les moyens. A partir de 1730, de riches viticulteurs se font construire des hôtels particuliers à Sainte-Foy et surtout dans la campagne proche. On en compte plusieurs dizaines. On se reçoit beaucoup et l’aménagement de ces nouvelles demeures en témoigne : un couloir central dessert un salon et un bureau, d’un côté, une salle à manger et la cuisine, de l’autre. Cartels, régulateurs, miroirs et eyguières en faïence ornent les murs. Des armoires imposantes, aux galbes séduisants, se généralisent. On fait faire son portrait par des peintres itinérants. On constitue des bibliothèques, on lit, on discute et, dans les dernières décennies du 18ème siècle, une société littéraire se réunit régulièrement à Saint-Avit du Moiron. Déjà, en 1745, une loge maçonnique a été ouverte à Sainte-Foy, la seconde en Aquitaine après Bordeaux.

Les recettes manuscrites de l’époque font la part belle aux ratafias et aux alcools : ils stimulent la convivialité des réceptions, libèrent les esprits et dénouent les langues. A cette époque, la bonne société du pays foyen profite d’une douceur supplémentaire : les vins blancs moelleux dont elle développe et affine la production. Vers la fin du 18ème siècle, on apprend à faire vieillir les vins rouges et à bien gérer leur conservation.

L’argent provenant de la vente de ses vins en Hollande installe Sainte-Foy dans le Siècle des Lumières.

5 - Le renouveau du vignoble après la crise du phylloxéra.

Entre 1872 et 1876, le phylloxéra attaque les vignes du pays foyen. Les propriétaires aisés luttent contre le fléau en arrosant les pieds de vigne ou en utilisant des traitements phytosanitaires. Les petites gens n’ont pas les moyens d’appliquer ces traitements coûteux. Ils s’embauchent dans des domaines importants et travaillent leurs vignes le soir et les dimanches. Le baron de Gargan, industriel lorrain, vient d’acheter le domaine des Vergnes, aux Lèves. Il crée une société qui commercialise des produits phytosanitaires, il les utilise dans son vignoble, il fait arroser ses vignes et il embauche de nombreux petits propriétaires des Lèves et des communes voisines. Il est un précurseur de la lutte contre le phylloxéra et il est à l’origine du modernisme de la viticulture locale.

Il y a d’abord un renouveau avec l’utilisation générale de porte-greffes américains. Certes, ici et là, le phylloxéra se maintient de façon endémique jusqu’en 1910. Cependant, la disparition des vignes anciennes et le renouveau des cépages s’accompagnent d’une évolution considérable dans la viticulture. Le savoir-faire reste constant, même s’il s’affine, mais les outils et les techniques connaissent une mutation sans précédent. Chaque aspect de la viticulture est touché, du travail de la vigne, jusqu’à la commercialisation des vins. A cette époque, le fil de fer se répand. Finis les pieds de vignes ramassés autour de leur carrasson. Les vignobles changent d’aspect et on se rend compte que la feuille est le poumon de la vigne. Le fil de fer et son support, le carrasson, symbolisent le passage d’une vigne ancestrale au vignoble actuel. Et c’est justement l’exemple que donne M. Pioche, responsable du vignoble des Lèves, en juillet 1892, pour affirmer cette volonté de perfection que partagent ou doivent partager, selon lui, les viticulteurs du pays foyen : « Ici, l’administrateur cherche à ce que l’intelligence se révèle dans chaque carrasson, c’est-à-dire que rien ne nous est indifférent, tout à son but ». Tout, ce sont les moyens mis en œuvre pour produire le meilleur vin possible : la mise en état des vignes, des chais, l’utilisation de matériels efficaces – par exemple, des charrues en fer remplacent les vieilles araires en bois, les pressoirs cylindriques horizontaux et mécaniques se répandent, etc., sans oublier l’usage contrôlé de produits phytosanitaires. On constate que presque tout le matériel viticole utilisé aujourd’hui a pour origine lointaine celui qui vit le jour après la crise du phylloxéra.

Quand au savoir-faire, il ne s’agit pas, alors, de faire de son mieux en appliquant des méthodes validées par la routine, mais de fournir le meilleur vin possible à une clientèle parfois lointaine. Le chemin de fer arrive à Sainte-Foy en 1875 et, depuis la gare, les viticulteurs s’ouvrent à des marchés éloignés : toute la France, bien sûr, l’Europe occidentale, le Maghreb et jusqu’à la Russie.

Le savoir-faire traditionnel s’enrichit d’une exigence de qualité et de la rigueur et du dynamisme apportés à la commercialisation des vins du pays foyen.      

6 - La délimitation des régions viticoles.

Longtemps, viticulteurs et acheteurs ont comparé la qualité et le prix des vins de divers terroirs. Ces mercuriales sont de plus en plus nombreuses à partir du 18ème siècle. Au 19ème siècle, des manuels signalent les spécificités des terroirs viticoles : nature des sols, des cépages, qualités des vins, quantités produites, etc. Pour le bordelais, ce sont Cocks[3] et Féret[4]. De son côté, le législateur définit et délimite les diverses régions viticoles de France. Dans la mosaïque de terroirs qui composent alors la France, il distingue et officialise les spécificités viticoles.

Au début du 20ème siècle, la commission d’historiens chargée de ce travail pour la Gironde se ressent du corsetage administratif de la 3ème République en se tenant aux limites administratives des départements et des cantons. Les viticulteurs du Fleix, de Port-Sainte-Foy et de Fougueyrolles avaient toujours commercialisé leurs vins comme étant de Sainte-Foy. Ils protestent vivement, arguments à l’appui… sans succès.

Ce classement fut entériné en 1919. En juillet 1937 et décembre 1938, deux décrets donnèrent une définition des vins de l’appellation Sainte-Foy-Bordeaux, résumée ainsi : « A la limite des départements de la Gironde et de la Dordogne, se trouve la région de Ste-Foy-Bordeaux. Elle produit des vins blancs qui doivent leur qualité à la présence de cépages fins de la Gironde. Ses vins rouges ont du corps et une certaine finesse qui les fait apprécier à juste titre. Degré minimum : Rouges, 9°5. Blancs, 10° »[5].  

Nos viticulteurs connaissent ces textes et savent encore mieux la sévérité du cahier des charges : ce n’est jamais que la continuité de l’exigence de perfection qui s’était imposée il y a plus d’un siècle, après la crise du phylloxéra.

En mai 2013, le Syndicat des Vins de Sainte-Foy-Bordeaux a fêté ses 75 ans d’existence. 75 ans d’existence officielle et un millénaire de tradition viticole, ce n’est pas anodin.

Quittons cette dynamique de groupe, pour ne pas dire ce groupe dynamique, pour accompagner le vigneron dans sa vigne. Chacun de ses gestes répond à une nécessité. Il organise le travail que lui commande sa vigne. Il est à son service, au service de son vin, au service de ses clients, comme le furent tous ses prédécesseurs depuis un millénaire.

Versez du Sainte-Foy-Bordeaux dans votre verre et, avant de le déguster, observez votre entourage. Chaque dégustateur a son rituel de gestes, parfois très élaboré. Un vin fameux se boit religieusement, disaient nos anciens, et le mot de rituel est celui qui convient.

Cependant, parler de la relation entre le viticulteur, son vin et celui qui le déguste est une autre histoire, comme disait Rudyard Kipling, même si cette histoire est passionnante.


[1] Dans l’archiprêtré de Sainte-Foy, la dîme se payait au onzième des récoltes et des animaux de croît (tous les animaux de la ferme, animaux domestiques exclus).

[2] Il existe un lieu-dit Les Plantes de Vidal à Saint-Antoine de Breuilh.

[3] Charles Cocks, Guide de l’étranger à Bordeaux et dans la Gironde. Bordeaux, ses environs et ses vins classés par ordre de mérite. Féret et fils, Bordeaux, 1850.

[4] Edouard Féret, Statistique générale de la Gironde, tome II par Eugène Vergez, Classification des vins, Masson & Féret, Paris-Bordeaux, 1874.

[5] Annuaire des marques et appellations d’origine des vins, eaux-de-vie et spiritueux de France, Poinsot, Paris, 1942, p. 502.

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21 mars 2014

Constats et réflexion...

Quelques constats :

1 - Le cumul des mandats.

M. Florent Boudié est foncièrement contre le cumul des mandats, Sud-Ouest, 25 septembre 2012 : « Faire de la politique, c'est une mission, parfois une vocation, mais ce ne doit pas être une carrière. Les politiques ont besoin de retrouver la confiance des citoyens. Les socialistes doivent être exemplaires et s'appliquer la règle que le parti s'est fixée il y a trois ans, avant que la loi n'y soumette l'ensemble des élus. Personnellement, je suis contre le cumul des mandats en nombre mais aussi dans le temps (renouvelable une seule fois). Je souhaite aussi que l'on mette fin au cumul des indemnités et que l'on applique des règles très strictes contre toutes les formes de conflits d'intérêts entre mandat public et secteur privé. Ce qui suppose la création d'un statut de l'élu pour préparer le retour à la vie professionnelle. ».

2 - Le grand Leclerc.

En tant que conseiller municipal de Pineuilh, M. Florent Boudié fut "très favorable" au projet d'implantation du grand Leclerc et a voté en sa faveur (conseil municipal de Pineuilh, 25 mars 2009).

"M. BOUDIE reprend les arguments favorables déjà défendus par M. CHALARD, à savoir l’importance que revêt l’aboutissement de ce projet sur le territoire du pays foyen. L’implantation de ce centre commercial contribuerait à éviter le risque d’évasion du pouvoir d’achat des consommateurs locaux vers Libourne et Bergerac. Il déclare ses colistiers et lui-même très favorables à ce projet".

3 - Quelle ligne politique ?

- M. Florent Boudié est député socialiste.

- Sud-Ouest, mardi 11 février 2014, a interrogé M. Florent Boudié, candidat et tête de liste aux élections municipales de Sainte-Foy. "Le député socialiste, ... a lancé un sondage auprès de 140 Foyen et ne veut pas imprimer "de couleurs politiques dans cette campagne"...".

- A Pineuilh, les cinq conseillers d'opposition, colistiers de M. Florent Boudié se divisent et forment deux listes de gauche pour les élections municipales de 2014.

4 - Quelle vérité ?

Le Résistant, 16 janvier 2014, propos de M. Florent Boudié : "Notre Volonté collective est de regarder les réalités en face... Il faut agir et très vite, ne mentons pas aux foyens".

Ces changements de cap, d'opinions, de convictions déclarées puis effacées ont de quoi flanquer le vertige. Albert Camus l'avait déjà constaté : "Faute de valeur supérieure qui oriente l'action, on se dirige dans le sens de l'efficacité immédiate. Rien n'étant vrai ni faux, bon ou mauvais, la règle sera de se montrer le plus efficace, c'est-à-dire le plus fort".

Faire de la politique est une mission qui n'a rien à voir avec une carrière ; qui n'approuverait pas cette affirmation ? Cependant, pour M. Florent Boudié, la prochaine élection municipale est une étape dans une carrière déjà bien entamée.

Ces temps-ci, à Sainte-Foy, nous avons la chance de faire de l'histoire expérimentale, c'est-à-dire que les affirmations, les promesses et les décalages parfois stupéfiants dont j'ai donné quelques exemples forment les éléments d'un canevas d'analyse qu'il faudra affiner, voire nuancer. Philippe Burrin fournit une hypothèse de réflexion et de recherche, quand il précise les éléments de base de l'accommodation : "le sentiment de la contrainte, l'intérêt matériel, la complaisance personnelle, la conviction ou la connivence idéologique".

Dans son parcours politique, qu'il choisit de qualifier de mission et non de carrière, M. Florent Boudié nous donnera d'autres éléments pour étayer notre réflexion. Je note que la "mission" d'un élu est sans cesse vivifiée par des valeurs supérieures et n'a rien à voir, tout au contraire, avec "l'accommodation" de Philippe Burrin.

                                                                                                                     Jean Vircoulon

 

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16 mars 2014

La fin justifie les moyens

Jeudi 13 mars, Gérard et Anne-Marie Traverse ont présenté leur projet de supérette à Sainte-Foy, dans les locaux de l'ancienne épicerie Traverse.

Nous étions nombreux pour prendre connaissance du projet dans son état actuel : la faisabilité. "Faisabilité" est un mot assez récent, voici la définition qu'en donne Wikipedia :

"L'Étude de faisabilité dans la gestion de projets est une étude qui s'attache à vérifier que le projet soit techniquement faisable et économiquement viable. Dans une optique plus large, on distingue les volets suivants dans une étude de faisabilité : étude technique, commerciale, économique, juridique et d'organisation".

Il y avait plusieurs membres de la liste Boudié. Combien, je ne sais pas, je ne les connais pas tous. Ils ont assailli le couple Traverse de personnes : la sécurité, le coût et la fonction du petit train, les autorisations (sont-elles demandées et obtenues ?), le permis de construire (est-il déposé ?), etc.

Ils cherchaient les défauts du projet de façon agressive. Le public a fini par les conspuer, elles se sont tues.

Sécurité ? Ils sont moins vigilantes quand il s'agit des dalles disjointes ou affaissées de nos nos rues ou de l'espace entre deux bords de la balustrade qui clôt l'esplanade François Mitterrand, en haut des quais. Si un bambin se faufile dans cet espace, il tombe sur les quais d'une hauteur d'environ 6 mètres. J'ai signalé ces problèmes à M. Pasquet au début du mois de septembre 2013, rien n'est fait à ce jour.

Ils n'ont rien vu d'anormal quand M. Florent Boudié, leur tête de liste, s'est engagé à "implanter un nouveau supermarché à l'emplacement de l'ancien super U" sans avoir pris contact avec le propriétaire du site, et ils n'ont rien trouvé à dire. Contrairement au projet Traverse, l'équipe Boudié s'est dispensée d'une étude de faisabilité, elle n'a considéré que le résultat, présenté non pas comme un projet ni une promesse, mais comme un engagement.

Pour eux, la complaisance personnelle, la conviction et la connivence idéologique l'ont emporté. Nous retrouvons les catégories désignées par Philippe Burrin quand il définit ce processus d'accommodement.

"Faute de valeur supérieure qui oriente l'action, on se dirige dans le sens de l'efficacité immédiate. Rien n'étant vrai ni faux, bon ou mauvais, la règle sera de se montrer le plus efficace, c'est-à-dire le plus fort".

Le langage populaire dispose d'expressions pour dire la même chose : faire feu de tout bois, et celle-ci qui est terrible, en l'espèce : la fin justifie les moyens.

Jean Vircoulon

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14 mars 2014

Le journal d'un électeur foyen,

par Jean Vircoulon

Nous aurons le choix entre trois listes ; c'est probablement un fait unique dans l'histoire de la bastide. Dès maintenant, on peut en chercher les raisons. J'en distingue une qui me paraît essentielle : un système de gestion des affaires communes s'achève sans succès, et on constate que la vie démocratique a horreur du vide.

Certitude ou hypothèse ? Ce n'est pas cette question qui m'intéresse, mais le débat électoral et en particulier, sa nature. Le pragmatisme et et les projets concernent des questions classiques : qui sommes-nous, que voulons-nous devenir, comment. Il s'agit d'éclaircir notre avenir commun à très court terme, la seule chose qui soit claire pour tous étant que Sainte-Foy va mal.

Dans le premier tract publié par Florent Boudié, avant qu'il ne présente sa liste, on lit que Sainte-Foy, depuis 10 ans, est enfin parvenu à se désendetter. C'est un scoop, un information du tonnerre : en bon français, désendetter signifie se dégager de ses dettes. La bastide n'a plus de dettes ? Elle a fini par rembourser tous ses emprunts ?

On peut l'écrire, le dire et le redire, le proclamer et le confirmer, c'est faux. Le site du ministère du Budget donne des chiffres officiels et authentiques. En 2012, la dette est de 3 510 000 euros, ce qui représente 1354 euros par habitant, alors que la dette des communes de même importance ne représente que 716 euros par habitant.

J'ai demandé à Florent d'où il tenait que Sainte-Foy s'était désendetté. Il m'a dit : "En tant que député, j'ai pu avoir communication du rapport de la Chambre Régionale des Comptes sur les budgets de Sainte-Foy, et c'est clairement indiqué dedans". Je lui ai répondu qu'en tant que simple citoyen, j'ai consulté ce rapport sur Internet et j'y ai lu tout le contraire. Et Florent ne m'a pas répondu quand je lui ai demandé le montant exact de la dette, les délais de remboursement et le total du débours pour apurer la dette.

J'ai revu Florent et je lui ai reposé ces questions. Il m'a donné une autre "preuve" que Sainte-Foy est bien désendetté : "Il y a 10 ans, la commune payait 700 000 euros mensuel pour rembourser ses dettes, aujourd'hui, ce n'est que 350 000 euros". Il a tourné le dos et il est parti sans en dire plus. Il ne s'agit toujours pas de la dette, mais du montant des annuités de remboursement !

Je n'aime pas le mensonge et dans ce cas précis, il s'agit de mensonge. Bien sûr, je voterai. Mais il est plus intéressant d'observer le comportement d'un candidat à la fonction de maire de Sainte-Foy qui fonde sa campagne électorale sur un mensonge. Observer aussi l'attitude de ses colistiers qui cautionnent ou veulent s'en tenir à la vérité et la faire connaître.

Quel est le montant de la dette de notre commune au 31 décembre 2013, quels sont les délais de remboursement, les remboursements ont-ils été étalés sur 25 ou 30 ans, quel sera le coût total du désendettement ? Ce n'est pas d'aujourd'hui que je pose ces questions. Florent Boudié donnera-t-il des précisions avant les élections ?

Nous verrons. Après les élections, le conseil municipal de Sainte-Foy comprendra une pluralité d'élus qui publieront tous ces chiffres. Nous verrons alors la réaction de Florent et de ses colistiers : quelle est leur conception de la Démocratie, dans quelle mesure sont-ils à l'écoute de leurs concitoyens, et enfin, considèrent-ils que les affaires de la Commune sont des affaires communes.  

 

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01 mars 2014

Un document historique exceptionnel

Il ne provient ni d'un grenier oublié, ni d'un dépôt d'archives publiques. Il n'est pas rare puisqu'il a été imprimé à 2000 exemplaires. Il n'est pas ancien puisqu'il a été distribué dans tout Sainte-Foy en début de cette semaine.

C'est l'"addition au bulletin municipal n° 18", sous la signature de Robert Provain, maire et conseiller général.

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C'est bien un document historique exceptionnel.

L'Express du 20 novembre 2013 consacrait un article à notre commune, l'une des plus pauvres de France et des plus endettées par habitant. Cet hebdomadaire a utilisé quelques une des nombreuses informations et statistiques officielles que chacun consultera facilement sur le net. 

Chacun constate les problèmes qui se posent à notre commune, beaucoup en parlent. Il n'est plus possible de les nier ni de les cacher. Sauf dans cet additif : "Une campagne électorale n'est pas un concours de sinistrose qui abîme l'image de la ville".

Pour Robert Provain, se taire, s'autocensurer sont les seules attitudes convenant à un citoyen : parler finit par "abîmer l'image de la ville". Etrange conception de la démocratie.

L'image de la ville dépend en grande partie des élus. Ce sont eux qui abîment ou préservent "l'image de la ville" et surtout, la réalité, la vie, les projets. Mesdames et messieurs nos élus, qu'avez-vous fait de notre commune ?

Robert Provain nous joue une scène que nous connaissons par coeur parce qu'on nous l'a servie tant de fois : la commune qui s'est dévouée pour les autres. Cette fois, il change de ton, il adopte celui de la grosse colère, il ne veut pas laisser "salir, caricaturer, dénigrer par certaines personnes, l'ensemble des investissements réalisés au bénéfice des foyens et insulter les élus qui m'ont accompagné et soutenu en votant à l'unanimité tous les budgets. Insulter les élus, c'est insulter les 94 % des électeurs foyens qui ont voté pour ma liste "Républicaine et Laïque" en 2008. C'est INTOLERABLE".

J'ignore s'il tape du poing sur la table, mais cette attitude lui permet de regrouper autour de lui son équipe municipale, de marteler ses vérités et de taire ce qui lui convient.

Et ça commence très mal : les dénigreurs ne sont pas cités mais on comprend qu'ils sont une infime minorité, ils appartiennent aux 6% des électeurs foyens qui n'ont pas voté pour la liste de Robert Provain en 2008. Où avez-vous vu que 94 % des électeurs foyens ont voté pour la liste de Robert Provain en 2008 ? Ce chiffre est faux, grossièrement faux, et qu'un élu mente à son électorat, est-ce tolérable ?

Faut-il s'arrêter à cette étrange thèse du complot, des dénigreurs non cités ? Les régimes totalitaires utilisent et ont utilisé le complot comme élément régulateur. Ici, il a la même fonction.

"La Bastide de Sainte-Foy-la-Grande, d'une superficie de 46 ha, urbanisée à 94 % est la ville centre du Pays Foyen et regroupe l'ensemble des services publics et privés du Pays Foyen".

La bastide ne regroupe plus l'ensemble des services publics et privés du pays foyen. Mais cette affirmation sert la démonstration de l'auteur : "Que serait aujourd'hui le Pays Foyen si les Conseils Municipaux de Sainte-Foy successifs de la Libération à aujourd'hui solidaires les uns des autres n'avaient pas pris en charge SEULS l'ensemble des investissements publics ?"

Une liste de réalisations qui conclut cette démonstration et lui donne se force.

Pourtant... Que vient faire ici les conseils municipaux de Sainte-Foy de la Libération jusqu'à l'élection de Pierre Lart, en 1959 ? Marc Chambon, le maire des années 1950 et son conseil municipal avaient prévu d'installer une piscine route du Pont de la Beauze, sur les terrains qui s'étendaient à droite de la route jusqu'à la rivière, juste avant de passer sous le pont du chemin de fer. En plus de la piscine, le plan figure plusieurs terrains de sports, une plage pour la baignade et le canoë-kayack sur la Dordogne. 

Les mêmes avaient projeté d'édifier un nouveau collège-lycée sur la route du Pont de la Beauze, sur les terrains qui s'étendent à sa gauche, à peu près au niveau de l'actuel pont et rond-point.

Pierre Lart réalisa ces projets sur d'autres sites. La solidarité municipale affirmée dans ce document ne s'étend pas jusqu'à la Libération mais commence en 1959.

Il est exact que Sainte-Foy a pris en charge seule une longue suite d'investissements publics. Je dis bien Sainte-Foy et plus exactement ses contribuables, alors que Robert Provain écrit que ce sont les conseils municipaux qui ont pris en charge ces investissements. Confondre décideurs et payeurs n'est pas anodin.

Ce document passe sous silence un point essentiel : la commune de Sainte-Foy avait-elle la possibilité de partager les investissements cités avec d'autres communes ? La loi offrait-elle une structure intercommunale le permettant ?

La réponse est oui, avec le Syndicat Intercommunal à Vocation Unique que le législateur a créé par une loi du 22 mars 1890. Vous avez bien lu 1890 !

En pays foyen, on a connu l'existence des SIVU avec par exemple, les campagnes d'électrification qui ont suivi l'édification du barrage de Tuilières mis en service en 1909. A Sainte-Foy même, un SIVU n'a-t-il pas été envisagé pour créer la salle de cinéma de la Brèche ?

La vérité est que Sainte-Foy a voulu créer et financer seule de multiples investissements utilisés par les habitants de tout le pays foyen.

Pourquoi ? Quelles étaient les conditions optimales pour créer un SIVU efficace ? Ces conditions se sont-elles présentées, les a-t-on recherchées, et sinon, pourquoi ? Répondre à ces questions, c'est faire l'histoire de notre bastide, de 1959 à aujourd'hui. D'autres que moi, sociologues ou historiens, entreprendront ce travail un jour.

Revendiquer cette "politique ambitieuse et nécessaire d'investissements", c'est en assumer la responsabilité en ne laissant pas croire qu'elle fut la seule possible, ce qui permet de justifier le recours incessant à l'emprunt qui caractérise les 50 dernières années de notre vie municipale et a fait du Sainte-Foy d'aujourd'hui, une commune surendettée.

Jean Vircoulon

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23 février 2014

Hiver à Paul Bert, années 1980

Merci de préciser l'année !

Hiver 85-86 (?) à Paul Bert
Hiver 85-86 (?) à Paul Bert

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Photos de Jean-Claude Chateau

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22 novembre 2013

La maison du 2, place Broca, à Sainte-Foy

La façade de cette maison donne sur la place Broca. Le vaste jardin qui la touche, sur son côté ouest, s’étend entre la rue et le ruisseau du Véneyrol.

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Sur cet extrait d’un plan cadastral établi vers 1950, la maison et un chai construit en dur occupent la parcelle 691 et le jardin, la parcelle 692.

Cette demeure est restée dans la même famille depuis sa construction, il y a plus d’un siècle. La tradition familiale indique qu’elle a été édifiée en 1889. Nous verrons que cette date est erronée : elle ne figure pas sur des cartes postales datant de 1900 ou de 1901. C’est peut-être en 1889 que les ascendants des propriétaires actuels achetèrent les parcelles concernées. Il faudrait vérifier ce point qui touche à l’urbanisation de la partie sud de Sainte-Foy.

De façon générale, entre 1870 et 1910, environ, une vague de constructions atteignit Sainte-Foy. Elle s’étendit autour de la place de la Mairie, dans les rues commerçantes et dans les quartiers nord de la bastide proches de la Dordogne, qui fut longtemps une grande voie de communication et de commerce. Dans ces zones bâties, les nouvelles demeures remplacèrent de vieilles maisons à colombages qui dataient des années 1500.

Le tiers sud de la ville, en grande partie consacré aux jardins, reçut aussi de nouvelles maisons. Ces quartiers disposaient alors de commerces et d’artisans.

Plusieurs centaines de maisons illustrent ce mouvement d’une ampleur exceptionnelle dans l’histoire de la bastide[1]. Cette vague de constructions fut portée par des flux économiques considérables qu’il est impossible d’estimer : devis, plans et factures, tous documents privés, ont disparu depuis longtemps et ceux qui ont subsisté nous échappent. On ne sait rien ou presque des flux économiques puissants qui irriguèrent la bastide. Constatons qu’en un peu plus d’une génération, ils permirent l’édification de plus de 300 nouvelles demeures.

Une embellie économique d’une pareille ampleur met à mal la thèse trop rapidement donnée selon laquelle la crise du phylloxéra, qui atteignit le pays foyen entre 1872 et 1876 et anéantit les vignes, provoqua un besoin immédiat d’argent[2]. La population foyenne de la seconde moitié du 19ème siècle, avec ses pauvres, ses travailleurs en situation précaire, ses riches voire ses très riches habitants, est encore mal connue[3]. Mais globalement, Sainte-Foy possédait des ressources énormes.

De façon particulière, l’urbanisation de la place Broca est liée à l’aménagement du chemin de fer et à la construction de la gare. Venant de Libourne, la ligne du chemin de fer arriva à Sainte-Foy en 1875. Avec la gare flambant neuve, le mouvement des passagers et des marchandises apportèrent un élan économique extraordinaire à la vieille bastide. Prenant sur la route de Duras, une rue fut ouverte pour mener à la gare. Partant du monument aux morts, sur la route d’Eymet, l’avenue de la Gare, actuel boulevard Paul Bert, fut tracé. Ces deux artères présentaient des caractères analogues, chacune disposant de café(s), d(une salle de spectacles, avec une touche pittoresque d’exotisme.

Sur l’avenue de la Gare se trouvaient la salle Linard et le Café de l’Orient, situé en face de la gare. Une rangée de palmiers bordait l’avenue. De chaque côté de l’avenue, s’élevèrent des villas inspirées de l’architecture des chalets suisses qui fut tellement à la mode en France à partir des années 1850 ; autant dire que les demeures de l’avenue Paul Bert font penser à des villas de bord de mer. Comme dans d’autres bourgades de France, ce quartier fut appelé Le Petit Nice. Les palmiers gelèrent pendant l’hiver de 1956 et ce nom ensoleillé a disparu.

Partant de la place Broca et en allant vers la gare, se trouvaient d’abord le café Proca, j’ai bien écrit Proca, et ensuite, le casino Rey. A l’origine, le cafetier donna à son établissement le nom de Café Broca. La famille du célèbre médecin lui fit un procès qu’il perdit. Il dut changer son enseigne. Le cafetier se contenta d’enlever la boucle du bas de Broca et c’est ainsi que les photos des années 1900 montrent bien le café Proca. L’architecture du bâtiment est étonnante : elle associé le volume massif de l’établissement, avec un étage, à des fenêtres de type mauresque, avec des vitraux de couleurs jaune, rouge et bleu. Des dessous de fenêtres apportaient la couleur verte avec leurs parements de briques vernissées. Enfin, reprenant la mode de l’époque que l’on retrouve dans des écoles et des gares, des bandes de briques rouges alternaient, sur les murs, avec des bandes d’enduit blanc. Sur la droite, quand on regarde le café, un portail de fer, fixé au mur et à un pilastre s’ouvrait sur un petit jardin. Ensuite, sur un remblai du terrain, s’élevait une étrange maison étroite et petite, avec une façade flanquée de deux tours minces et un toit très pentu. Venait enfin un hangar en bois qui portait un panneau publicitaire sur lequel on lit : chocolat ?.

Voici une carte postale de cet ensemble. Elle a été tirée par Guillet, photographe à Libourne, d’après une photo prise à la toute fin des années 1890 ou en 1900 ou 1901. La carte a été postée en septembre 1901.

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La maison qui nous intéresse n’existait pas encore. Elle a remplacé la petite maison avec ses deux tours maigrelettes. Un jardin fut aménagé à la place du hangar.

Poursuivons notre promenade dans le quartier avant de revenir à la maison. Dans les années 1900, le casino Rey était un vaste hangar en bois attenant à un café. En 1906, monsieur Rey fit rebâtir son casino en dur. Aujourd’hui, cet établissement est devenu une chambre funéraire, mais son actuel propriétaire a restitué la façade d’origine.

Le café Proca était le siège de la loge maçonnique. Les écoles laïques organisaient leur kermesse annuelle dans les jardins du casino Rey. Des bains-douches furent ouverts dans la rue d’en face. Enfin, le long de l’actuel boulevard Charles Garrau, toujours dans les années 1900, furent bâties des maisons à loyers modérés. Cette partie de la ville était dévolue aux petites gens et aux républicains. 

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Construction des maisons à loyer modéré

Par contre, l’avenue Paul Bert, le Petit Nice, comme on l’appelait, penchait vers la droite conservatrice, avec ses belles demeures cossues et la salle Linard, qui recevait les membres de la société d’escrime et les réunions de la droite catholique nationaliste. 

Dans l’urbanisation du sud de la ville, se retrouve le clivage politique et religieux qui a marqué Sainte-Foy pendant tout le 19ème siècle et jusque dans les années 1960. 

Revenons à notre maison du 2, place Broca, même si elle n’est pas encore bâtie en 1900, comme on le voit sur cette autre carte postale qui présente la petite maison aux tourelles :

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La maison aux tourelles apparaît bien fluette à côté de l’imposant café Proca. Peu d’années s’écoulent, et monsieur Larthomas fit démolir la maisonnette et le hangar pour bâtir la maison qui nous intéresse. On l’aperçoit, sur le bord droit de cette carte postale, avec son toit qui avance beaucoup au dessus d’une terrasse.

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Cette carte postale n’est pas datée. Devant le café, les arbres ont pris taille et vigueur. Voici une photo actuelle de la maison :DSCF5673 

On situe bien la terrasse, au dessus du garage. Entre celui-ci et le café, devenu une agence d’assurances, le portail qui s’ouvrait sur un petit jardin a fait place à un garage. Des feux tricolores sont apparus, les modes de vie ont changé. 

Quand M. Larthomas fit construire sa maison, dans les années 1900, il n’y avait qu’une dizaine de voitures dans le canton de Sainte-Foy. La campagne irriguait constamment Sainte-Foy, avec ses acheteurs, leurs carrioles et autres charrettes tirées par des ânes, des mulets ou des chevaux, et aussi, les rues encore empierrées, les trottoirs en terre où poussait l’herbe, et les boulevards où s’élevaient des arbres majestueux. Avec son vaste jardin et sa terrasse, cette maison était une thébaïde. Voici la place Broca  telle qu’on la voyait à l’époque, et aujourd’hui :

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La première photo fut prise vers 1900, dans l’alignement de l’actuelle rue Victor Hugo. J’ai pris la seconde ce 22 novembre 2013 depuis la terrasse. Il avait plu, le ciel était maussade et les arbres perdent leurs feuilles. Entre ces deux photos qu’un peu plus d’un siècle séparent sont apparus le goudron et les voitures.

La voiture présente le paradoxe de réunir des gens éloignés et pourtant, elle nous éloigne les uns des autres : la vie de quartier s’est éteinte, ou presque, et on imagine volontiers monsieur Larthomas et les siens, installés sur leur terrasse, jadis, l’été, en fin de journée, regardant passer les promeneurs, les saluant et discutant avec eux. La terrasse fut comme une pièce essentielle de la maison, agréable, avec son muret évidé en haut pour recevoir des fleurs. Elle est restée comme à l’origine, et il faudra faire un bel effort d’imagination, une imagination joyeuse et tonique, pour lui rendre sa fonction de point de vue panoramique confortable et gratifiant : une loggia, que sais-je, je ne suis pas architecte, mais je sens que cette terrasse est un atout exceptionnel.

Je n’ai pas beaucoup de renseignements sur ce monsieur Larthomas qui fit bâtir cette maison. Il avait ouvert le Nouvel Hôtel, au 102 de la rue Victor Hugo. En 1911, un certain Clerc lui succèda. Les annuaires de la Gironde et les programmes des fêtes avec leurs encarts publicitaires, nous donnent le nom de deux autres tenanciers : Avril Faure dans les années 1930 et au moins jusqu’en 1947, et monsieur Fournier en 1954. Je me rappelle son bar américain et le comptoir beaucoup plus haut que moi, qui avais 7 ou 8 ans à l’époque.

Larthomas fut l’un des premiers bourgeois de Sainte-Foy à faire construire une maison hors de la ville. Des jardins longeaient encore les routes qui partaient de Sainte-Foy. Ils appartenaient à des foyens, souvent des petites gens, qui y cultivaient des légumes. Trois phases d’urbanisation semèrent des maisons sur ce qui avait été des jardins : avant 1914, après la Grande Guerre et dans les années 1930, et enfin à partir des années 1950. Les deux premières vagues d’urbanisation présentent des caractères architecturaux analogues : les maisons ressemblent à des villas de bord de mer, parfois cossues et souvent confortables. On allait y passer le dimanche dans le calme et la chaleur familiale. Quelques centaines de mètres suffisaient à rompre les rythmes professionnels, à s’extraire de la ville pour se plonger dans la campagne, et toujours dans une convivialité de voisinage gratifiante.

En 1900, à l’orée du siècle, ce fut la Belle Epoque pour Larthomas et tant d’autres.

A suivre. 


 

[1] On fait le même constat dans la moyenne vallée de la Dordogne et au-delà.

[2] Hubert Bonin, Le Crédit Agricole de la Gironde, la passion d’une région (1901-1991), p. 15.

[3] ,et Jean Vircoulon, Les origines du Crédit Agricole Mutuel de Sainte-Foy.

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05 juillet 2013

Vente d'une terre à Margueron en 1777

1777, le 26 avril. Achat pour Pierre Pagès dit Robert de Sieur Silvain de Belleville, pour 60 livres, d’une vigne et pièce en friche à Margueron. Le document original que j’ai photocopié est une expédition sur parchemin faite par Garrau, notaire à Sainte-Foy. 

La transcription respecte l’orthographe sauf pour Pagès, que j’ai écrit avec un e accent grave au lieu d’un e accent aigüe. J’ai ajouté quelques virgules pour aérer le texte. J’ai rétabli les mots abrégés sans indiquer l’abréviation.

Voici la transcription de ce contrat. Ensuite, viennent des commentaires et une annexe.

 

Page 1 - L’an mil sept cens soixante dix sept et le vingt sixieme du mois d’avril avant midi, pardevant le notaire royal en guienne soussigné, présens les temoins bas nommés, fut present Sieur Silvain de Belleville, ancien officier habitant de cette ville,

lequel, de sa bonne volonté a vendu, ceddé, quitté et pour jamais delaissé par ces présentes,

a Pierre Pagès dit Robert, laboureur, habitant du bourg de Margueron, presente jurisdiction, ici presant et acceptant,

scavoir est une piece de vigne et friche située au lieu des Martinets, tènement des Pagès, susditte paroisse de Margueron,

laquelle est separée en deux par le grand chemin qui va de Ste Foy a la Sauvetat et qui ainsi partagée confronte en son entier du levant a la terre de Pierre Gadras, du midi vigne dudit Gadras, couchant terre de l’acquereur et du nord terre du nommé Vincent, de la contenance de trois quarts journal, ou environ, ou autrement la piece par son entier, avec toutes ses autres plus vrayes et amples confrontations, si aucunes il y en a, entrées, issues, droits, devoirs, servitudes, appartenances, et dependances quelquonques, mouvant en fief du Roi, sous devoirs de rente que les parties n’ont seu spécifier,

laditte vente est faite pour et moyennant le prix et somme de soixante livres,

laquelle somme ledit Sieur de Belleville a declaré avoir reçue dudit Pagès cy devant et avant ces presentes en bonnes especes d’argent du cours dont il s’est contenté, et en renonçant a l’exception de laditte somme non presentement comptée et nombrée, il en octroye quittance audit Pagès et promet qu’il ne lui en sera jamais fait aucune question ni demande, a peine de tous depens dommages et interets,

et en vertu des presentes, ledit sieur de Belleville s’est demis et devetu du fonds susvendu et a vetu et saisi ledit Pagès avec consentement qu’il en prenne la possession reelle, actuelle et corporelle quand bon lui semblera,

promettant de lui garantir et deffendre envers et contre tous et de le lui laisser franc et quitte de toutes charges, dettes, hypothèques, tailles, rentes et autres impositions du passé jusqu'à ce jour,

et a l’avenir sera tenu ledit Pagés de payer a la decharge dudit sieur de Belleville, toutes les charges et impositions royalles et seigneurialles dont le fonds pourra etre chargé,

tout ce dessus lesdittes parties ont stipulé et accepté, promis tenir et entretenir, a peine de tous depens, dommages et interets, sous obligation et hypoteque de tous leurs biens meubles et immeubles, presens et avenir qu’ils ont soumis a justice.

Fait et passé dans la ville de Ste-Foy en Agennois, etude de moy notaire, en presence de Estienne Renon, laboureur, habitant de la parroisse d’Eynesse, presente jurisdiction et Sieur Simon Grenier, maitre serrurier, habitant de cette ville, temoins a ce requis, qui ont signé avec ledit Sieur de Belleville, non ledit Pagès pour ne scavoir, comme il a declaré de ce faire interpellé par moy,

signé de Belleville et Grenier, Etienne Renon et Garrau, notaire royal,

la minute sera controllée au bureau de Ste Foy dans le delai de l’ordinaire.

Garrau, notaire royal

Controlle         2 livres 2 sols

Droits              2 livres 10 sols

 

Papier et

Parchemin          16 sous 6 deniers

                       5 livres 8 sols 6 deniers.

Extrait                        5 sous 3 deniers

                        5 livres 13 sols 9 deniers

Ensaiziné et enregistré le present contrat, recu pour l’ansaizinnement et le controlle d’icelluy une livre dix sols, plus recu cinq livres pour les lods au denier douze, a Ste Foy le 26 avril 1777

Ensaisinnement          1 livre 10 sols

Lods                           5 livres

                                   6 livres 10 sols.

Commentaires

1 – L’acte

Il s’agit d’une vente de terre, acte banal pour le notaire. Les formules utilisées n’ont pas changé depuis les années 1600.

2 – Le vendeur

Il s’agit du sieur Sylvain de Belleville que le document présente comme un ancien officier habitant la ville de Sainte-Foy. Depuis une trentaine d’années, une sociabilité de bon aloi s’est installée en pays foyen et l’on donne volontiers du sieur aux notables. Dans ce contrat, c’est le cas de Belleville et d’un des deux témoins, Simon Grenier, qui est maître serrurier à Sainte-Foy.

En 1770, le vendeur habitait à Margueron et possédait divers biens dans cette paroisse et ses environs, par exemple, un moulin à vent dans la paroisse proche de Saint-Léger. Cette acte du 27 décembre 1770 porte le nom de notre vendeur, Sylvain Belleville, sans le sieur ni la particule[1]. Cet acte fut passé par un notaire itinérant alors que la vente de 1777 fut enregistrée par un notaire foyen. En fait Belleville n’a pas de titre de noblesse et la particule qui lui est donnée en 1777 ainsi que la qualité de sieur marquent bien l’installation de cette sociabilité de bon aloi. En 1791, un Belleville figure en effet parmi les électeurs du canton de Sainte-Foy « pour la nomination des membres de la première législature »[2]. Il s’agit probablement d’un fils de notre Belleville.

Entre 1770 et 1777, Belleville a changé de résidence : il n'habite plus à Margueron mais à Sainte-Foy. Pense-t-il y passer ses vieux jours ?

3 – L’acheteur

Il s’agit de Pierre Pagès dit Robert, laboureur, habitant du bourg de Margueron. La famille Pagès arriva à Margueron dans les années 1460. La région avait été ruinée par des bandes de pillards et de soldats pendant les dernières décennies de la guerre de Cent Ans. Les habitant avaient été tués ou emportés par des épidémies. Beaucoup de survivants s’étaient enfuis. Après le départ des Anglais, vaincus à la bataille de Castillon (juillet 1453), il fallu repeupler. La famille Pagès fit partie des nombreux migrants qui arrivèrent dans nos contrées, s’installèrent dans un hameau dont ils relevèrent les ruines et auxquels ils donnèrent leur nom. Dans toutes les communes du pays foyen, on trouve cette même forme de noms de lieux-dits : les Pagès, les Bérards, les Bournets, les Guignards, les Blanchards, les Sivadons, les Briands, etc, qui rappellent les arrivants des années 1460. Comme les autres, les Pagès  défrichèrent et travaillèrent les terres qui dépendaient de leur hameau. Le hameau et son ensemble de terres s’appelait le tènement.

En 1777, notre Pierre Pagès habite dans le bourg de Margueron, mais il achète une parcelle située dans le tènement des Pagès, et son acquisition touche à l’ouest une terre qu’il y possède déjà. Trois siècles sont passés depuis l’arrivée des premiers Pagès à Margueron, et un de leurs lointains descendants habite et travaille toujours au même endroit. Génération après génération, les personnes qui travaillaient la terre habitèrent, vécurent, travaillèrent et prirent leurs plaisirs dans un même endroit. Ce mode de vie a subsisté de nos jours, avec l’exemple de paysans qui chassent autour de chez eux : nous en connaissons tous, même si cet archaïsme disparaît peu à peu.

Revenons à notre Pierre Pagès. Il porte un chaffre, un surnom, Robert, qu’il tient peut-être de son parrain, ou qui permet de le distinguer de l’un de ses frères qui porte le même prénom. D’habitude, le surnom marque l’intégration de l’individu qui le reçoit dans un groupe spécifique et jadis, les surnoms étaient nombreux et ses connaissances désignaient la personne par son surnom. Parlant de notre acheteur, on vous aurait dit : « Robert ? C’est Pierre Pagès, le fils de Machin Pagès, il habite aux Pagès, il a épousé la fille Untel et il est laboureur ». Aujourd’hui, les surnoms ont quasiment disparu mais on vous présentera de la même faàon la personne dont on vous parle : références à la famille, aux alliances, au terroir et à la profession.

Pagès est laboureur, ce qui veut dire qu’il possède son attelage de labour avec tout le matériel : le joug, l’araire, l’ambine, les attaches et surtout, l’expérience !

Enfin, Pagès ne signe pas le contrat : il ne sait pas écrire, pas même son nom. Il n’a pas éprouvé le besoin d’apprendre à dessiner son nom de façon malhabile, je n’ose pas dire écrire, comme des petites gens du pays foyen, surtout des femmes, le feront dans les années 1830 pour paraître « coller » à une société en pleine mutation.

Beaucoup d’étudiants en histoire et parfois des historiens ont présenté, à telle époque et dans telle contrée l’importance de l’illettrisme et aussi, les progrès de la scolarisation et de la connaissance, au 19ème siècle, qui allèrent à l’encontre de ce qu’ils tiennent pour une tare sociale. Ils passent à côté du type de vie et de pensée de celui qui ne savait ni lire ni écrire et qui n’en avait pas besoin pour vivre, travailler, entretenir des relations positives et faire des affaires, Pierre Pagès nous en donne l’exemple. Les anciens disaient volontiers : « la parole vaut l’homme ou l’homme ne vaut rien », ce qui se rapporte avant tout au relationnel et englobe une façon d'être.

Le maître de Pierre Pagès, et d’une multitude de gens de petite condition, sous l’ancien régime, ne tient pas une école. C’est la nature, ou si l’on veut, le réel, avec lequel Pagès a affaire tous les jours : ses proches, ses voisins, etc., et surtout les terres qu’il travaille pour préparer au mieux la récolte prochaine, et avec sa vigne et ses arbres fruitiers, pour prévoir aussi les branches à feuilles et les branches à fruits de la saison d’après. Même si ses efforts porteront leurs fruits dans un proche avenir, Pagès profite pleinement du présent : par la parole et le travail, il a un contact immédiat avec ce qui l’entoure.

Parole, travail et silence sont les trois clés pour aller vers les mentalités de ceux qui comme Pagès, ne savaient pas écrire. Rien d’autre : ils n’ont pas d’images, qui ne sont que des représentations du réel, pas de discours livresques, pas d’endroit consacré à la détente.

J’ai esquissé la stature de Pierre Pagès, dit Robert, et pour le moment, je m’en tiens là. J’aurai la possibilité un jour de trouver son acte de naissance, de rencontrer sa famille dans des documents d’archives, de savoir s’il fut catholique ou protestant et de savoir le détail de son patrimoine. J’espère pouvoir vous reparler un jour de Pierre Pagès.

4 – La vigne et la friche faisant l’objet du contrat

Une règle constante, sous l’ancien régime, et régulièrement édictée, était que toute maison devait être habitée et entretenue comme d’ailleurs toute terre travaillée. Ce qui contribua à fixer les familles dans un même terroir, génération après génération. Alors, cette petite friche me pose un problème… Un problème que je ne sais pas résoudre.

5 – La rente due au roi

Il y avait bien des terres exemptes de droits seigneuriaux en pays foyen, les alleux. Mais la plupart dépendaient de seigneurs, quand elles n’appartenaient pas au domaine du roi de France. Et c’est le cas de cette petite parcelle qu’achète Pierre Pagès, peu de surface, un tiers d’hectare environ.

Cette terre fait partie du domaine du roi puisque c’est à lui qu’il faudra verser la rente et un certain nombre d’ »impots » ; en fait, il faudra la verser entre les mains de son substitut local. Ce processus étonnant nous renvoie, lui aussi, aux lendemains de la guerre de Cents Ans, dans la période du redressement économique, comme on dirait aujourd’hui. Avant d’appeler des migrants pour repeupler et remettre en valeur cette région déserte et ruinée, l’administration royale procéda à l’inventaire des terres. Les terres dont les propriétaires et/ou les titres de propriété avaient disparu furent aussitôt incluses dans le domaine royal. Ce fut le cas de notre parcelle, mais on constate que dans les années 1770, le roi de France n’est pas le seul à détenir des droits dans le tènement des Pagès. La Fosse de Bohème dépend du comte de Pons[3], le Champ des Treilles[4] et le Chambon[5], toujours dans le tènement des Pagès, dépendent de Mademoiselle de Théobon.

En pays foyen et sous l’ancien régime, c’est la première fois que je trouve le cas d’un tènement mouvant de trois seigneurs différents. D’autres cas se présenteront peut-être. D’habitude, un tènement est mouvant d’un seul seigneur. Je ne sais pas expliquer la particularité du tènement des Pagès.

6 – La prise de possession de son bien par l’acheteur

Le contrat stipule que l’acheteur prendra possession du bien qu’il achète quand il voudra : « de Belleville s’est demis et dévêtu du fonds sus vendu et a vêtu et saisi ledit Pagès avec consentement qu’il en prenne la possession réelle, actuelle et corporelle quand bon lui semblera".

C’est la formule utilisée par les notaires foyens en pareil cas, dont je retiens que Pagès prendra la possession de son bien quand bon lui semblera. Il est rare qu’un notaire foyen décrive les rites de prise de possession, alors que les notaires de Castillon ne manquaient pas de le faire. Voici de quoi il s'agissait.

L'événement réunissait les voisins mitoyens, la famille, les amis, bref, ceux qui voulaient venir et honorer l’acheteur de leur présence : après tout, ils lui serviraient de témoins. Pagès faisait le tour de son bien. Ici et là, et surtout sur ses limites, il cassait une branche, il arrachait une touffe d’herbe, il donnait un coup de bêche dans la terre ; il avait soin d’entrer et sortir par les issues habituelles. On le regardait faire. On le moquait peut-être, mais lui, il savait agir pour éviter la moindre contestation. Quand il avait fini, au vu et au su de tous, il avait pris possession de son bien. Il n’avait pas eu besoin de le borner : comme pour la parole, le bien faire valait l’homme, ou l’homme ne valait rien. Pagès avait conscience de sa valeur… et de ses limites.

7 – les témoins

J’ai déjà présenté sieur Simon Grenier, maître serrurier à Sainte-Foy, qui fut peut-être membre d’une corporation, comme son titre de « maître » l’indique, et bourgeois. C’est à vérifier. Etienne Renon habite la paroisse d’Eynesse. Il est aussi laboureur et sait signer. Le contrat ne précise pas dans quel tènement d’Eynesse habitait Etienne. Peut-être aux Grands Renons. Jean Renon, son lointain ancêtre s’était installé avec sa famille dans ce tènement en 1478 et lui avait donné son nom[6]. On ignorait à qui le tènement avait appartenu et on l'avait inclus dans le domaine du roi. En attendant de le « louer » à quelqu’un, on l’appela « Les Vacants du Roi ». Souvent, dans la juridiction de Sainte-Foy, les tènements tombés en déshérence et rattachés au domaine royal reçurent ce nom provisoire. Ce fut le cas des Vacants du Roi de Ligueux, au nord de Parenchère, qui furent attribués à la famille Casin et que l’on nomma les Casins.

8 – Le notaire

Je dirai plus tard un mot sur le notaire Garrau.

Conclusion

Ce contrat se réfère à des pratiques pérennes en pays foyen, certaines trouvant leur origine dans la période de renouveau global qui suivit la fin de la guerre de Cent Ans.

Annexe

1770, le 27 décembre.

Silvaint Belleville, ancien officier habitant du bourg de Margueron, afferme à Jean Pacquier meunier, habitant de la paroisse de Loubès, le moulin à voile appartenant au sieur de Belleville, situé dans la présente paroisse avec une maison dépendant du moulin, situé dans la paroisse de St Léger « avec ses Eysines, jardin et pred joignant et une piece de terre, la dite joignant les Eysines dudit moulin, avec une piece de bru ère qui est entre ledit moulin et le présent bourg, de la contenance que le tout puisse être, et le tout ainsi et de même que les fermiers précédant en ont jouit, ledit moullin tournant et moullant en bon état, lequel moullin de même que ladite maison et fond en dépendant, ledit preneur sera tenu de régir et gouverner le tout en bon ménager et père de famille, et garantira icelluy moullin et ladite maison du feu et orages et autres acidanrs funestes sans que ledit preneur soit tenu a aucune réparation dudit moullin ni a ladite maison, auxquelles reparations ledit sieur bailleur sera obligé de les faire faire, c‘est a dire de faire couper  et employer tous les arbres utilles et nécessaires pour lesdites reparations, et de payer les ouvriers, et ledit preneur sera tenu de nourrir lesdits ouvriers, en ce que la dépouille desdits arbres lui appartiendront pour lui tenir lieu de ladite nourriture, et ledit sieur bailleur sera obligé de les faire transporter sur les lieux et les faire placer aux endroit nécessaire a ses depans, ladite ferme a été aunssin faitte pour le temps et espaces de sept année et sept récoltes complette consécutives et révolues qui commanceront le premier du mois d‘aoust prochain venant et finiront a même et semblable jour au bout desdits sept années, et c‘est pour et moyennant le nombre et quantité de dix huit boisseaux de bled mesure, mesure de la presente jurisdiction, telle que ledit preneur la gagnera, bonne et marchande, que ledit preneur sera tenu de payer chaque année en la maison dudit sieur bailleur, au present bourg, en quatre parts egeaux et d‘avance, savoir, le quart le premier du mois d‘aoust prochain venant, et tous les trois mois même quantité du quart du prix de ladite ferme jusques a final payement du prix d‘icelluy un pacte n’attendant l’autre aux peines de droit, et ainsi année par année pendant le presant bail, même nombre et quantité de dix huit boisseaux de bled mesure, avec six pairs de poullet et trois paires de chapon et cinquante œuf que ledit preneur payera aussi chaque année pendant le presant bail, savoir les poulets et les œuf par tout le mois de mars de chaque année, et lesdits chapons a la saint Martin aussi de chaque année, sans que ledit preneur soit tenu de payer aucune sorte d’imposition ni taille, ni rente, que la capitation, a suposé qu’on le comprenne sur le rolle de cette parroisse, ni qu’il soit tenu de fournir de câble ni barre de fert pour ledit moullin, que les toilles seulement qu’il pourra retirer a la fin de son bail, et moyennant le payement fait, qu’il soit chaque année du prix d’une ferme aux susdits pactes, icelluy sieur bailleur sera tenu de faire jouir paisiblement ledit preneur dudit moullin et de ladite maison et fond et dépendance…[7]



[1] Arch. dép. Dordogne, 3 E 9667. Voir annexe.

[2] Département de la Gironde, Assemblée électorale, formée en exécution de la loi du 29 mai 1791, pour la nommination des membres de la première législature, Liste de MM. Les électeurs. A Bordeaux, de l’imprimerie de Simon Lacourt, Imprimeur du Département, rue du Cahernan, 1791, p. 18.

[3] 1770, le 4 septembre. Izabeau Martineau veuve de Jean Augeraud et Guillem Augereau brassier mère et fils habitant du village des Vallette paroisse de St Ligier juridiction de Puichagut, vendent à Jean Quintin, tonnelier habitant de ce même village, une pièce de terre sise dans la paroisse de Margueron, tènement des Pagès, lieu appelé à la Fosse de Boème, mouvant en fief de monseigneur le compte de Pons (Arch. dép. Dordogne, 3 E 9667).

[4] 1758, le 21 mars. Pierre Matignon, laboureur, habitant du lieu des Cramaix paroisse de St Légier, vend à Jean Augereaud, brassier, une pièce de terre sise à Margueron, tènement des Pagès, lieu appelé au Champ des Treilles, mouvant en fief de Melle de Théobon (Arch. dép. Dordogne, 3 E 9660).

[5] 1759, le 3 décembre. Jean Labaye laboureur habitant du lieu des Eyriauds paroisse de Margueron, vend à Léonard Reynier masson habitant du lieu du Rocq paroisse de Margueron, une pièce de terre en chaume sise dans la paroisse de Margueron, tènement des Pagès lieu appelé à Chambon mouvant en fief de mademoiselle de Théobon (Arch. dép. Dordogne, 3 E 9661).

 

[6] Arch. dép. Gironde, C 2300, f° 330. D’autres membres de la famille Renon habitèrent le tènement des Petits Renons (Arch. Dép. Gironde, 3 E 20 961, f° 211 v°).

 

[7] Arch. dép. Dordogne, 3 E 9667.

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