Le pays foyen

16 août 2018

Quand Florent Boudié fait dans le populisme

Lundi 13 août 2018, 12 h., France info. Le journaliste parle de l’Aquarius et donne la parole à un élu qu'il présente, "M. Florent Boudié, député La République En Marche".

M. Boudié explique que ce n’est pas à la France de régler le problème posé par les migrants recueillis par le bateau, mais à l’Europe. Pour lui, la conclusion s’impose : pas question que la France laisse accoster ce bateau dans un de ses ports.

M. Boudié flatte l’électorat populiste. M. Boudié a voté les lois qui privent les petites gens de sous voire de travail. Il a voté les lois faisant des cadeaux somptueux aux très riches. Dans sa déclaration à France Info, M. Boudié cajole les petites gens qu'il ponctionnait hier.

Les non-dit de Florent Boudié :

Le bateau transporte 141 migrants. La France compte 66,9 millions d’habitants. Il ne le dit pas.

La France se veut le pays des Droits de l’Homme. Il ne le dit pas.

Le journaliste a présenté M. Boudié comme député de La République En Marche. M. Boudié est aussi conseiller régional appartenant au groupe Socialiste. Il ne le dit pas. Le 25 juillet 2018, M. le député Florent Boudié déclarait à la tribune de l'Assemblée Nationale : "Nous devons tout à la vérité, nous ne devons rien à la politique politicienne".

Dans l'après-midi, M. Le Drian, minitre de l'Europe et des Affaires étrangères annonce sur France Info qu'il n'y a plus de problème posé par l'Aquarius, grace au travail constant qu'il a mené avec ses services. Plusieurs pays d'Europe accueilleront des migrants de l'Aquarius, dont la France, qui en accueillera 60.

                                                                                                       Jean Vircoulon

 

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15 août 2018

Les tondues de Sainte-Foy dans l'été 1944

A Sainte-Foy la Grande, au moment de la Libération, sept femmes et un jeune homme furent tondus. 

Ce sont les chiffres dont je dispose pour le moment. Je vais vous en parler sans dire de noms : ni ceux des tondus ni ceux des "coiffeurs".

En 1945, Jean Corriger publia un ouvrage, "La libération de Sainte-Foy", placé "sous les auspices du Comité de Libération de Sainte-Foy-la-Grande". Bergeret, qui dirigea la résistance de la Dordogne Sud, écrivit dans la préface : "Il sera donc très difficile à l'historien futur d'établir une synthèse véridique et harmonieuse des événements qui traversent notre récent passé. Encore faudra-t-il qu'il possède les éléments d'information nécessaires à cette synthèse. C'est en partie dans l'histoire locale qu'il puisera ses informations. Je souhaite qu'il trouve dans chaque petite patrie un chroniqueur aussi net et aussi scrupuleux que M. Corriger".

L'ouvrage ne signale pas qu’il y eut des personnes tondues à Ste-Foy et peut-être aussi, en pays foyen.

L’ouvrage de Jean Corriger avait pour but de parler de la Résistance à Ste-Foy et de la présenter sous son meilleur aspect : il fallait retrouver la convivialité traditionnelle qui avait été malmenée et brisée par tant d’événements depuis l’entrée en guerre de la France.

« Un vent de fureur et de haine » souffla pendant les phases de la Libération, nota un Foyen. J’ignore si cette formule lui fut inspirée par le fameux « discours du vent mauvais » que Pétain prononça le 12 août 1941. La tonte de 8 personnes, à Sainte-Foy, illustre ce vent de fureur et de haine.

Mes sources d'information sont des témoignages de foyens écrits à l'époque, des journaux et revues datant du second semestre 1944, et des entretiens.

A Sainte-Foy, les raisons de l'arrestation des personnes tondues et surtout de leur humiliation publique ne tiennent pas devant de nouvelles informations.

Ouvrons le dossier.

1 - Les femmes.

Ce sont : une commerçante foyenne et sa fille âgée d'une vingtaine d'années. Quatre jeunes filles et une foyenne aisée sans profession.

L'affaire commença le 11 août 1944 par l'arrestation du mari de la commerçante : "M. Trucmuche, amené de son domicile dans la rue a été molesté et giflé par des F.T.P. F.I.".

Notre témoin définit ainsi ce groupe de résistants : "...Si réellement ce groupe (le nom est groupe Bellanger) s'est formé pour combattre les Boches qu'il aille là où il y a des Allemands. Bergerac qui n'est pas très éloigné de Sigoulès est occupé depuis longtemps pas les Allemands ; la place du groupe Bellanger semble être toute indiquée autour de Bergerac plutôt qu'à Sainte-Foy où il n'y a pas un seul Boche. Mais ! ces salopards de maquisards évitent les endroits où il peut y avoir du danger. Le groupe Bellanger, commandant Annic est composé des gens des localités de Sigoulès, Villeneuve-de-Duras, Saussignac".

Dans la nuit, des résistants revinrent s'emparer du commerçant, de sa femme et de leur fille. Ils furent amenés sur le trottoir, devant la devanture de leur commerce. "Un des résistants tenait une mitraillette. Un type criait : -Tue-les, Tue-les ! C'était affreux. Il ne l'a pas fait. Ils ont coupé les cheveux aux femmes. Le lendemain, dans son commerce, la mère était au travail. Elle avait mis un fichu sur sa tête, d'où dépassaient des cheveux mis en accroche-coeur : elle avait ramassé des mèches. Je la revois, c'était une petite femme, elle avait une grande gueule. Elle admirait Pétain et elle le disait à voix forte. Son mari était antisémite, mais pendant la rafle des Juifs, une semaine avant la tonte, environ, il était allé avertir les Juifs de son quartier. Il leur avait dit de se cacher. Comme quoi...".

Le témoin de la tonte de Mme Trucmuche et de sa fille ajoute : "Quand il y a eu la rafle des juifs, au début du mois d'août, les "coiffeurs" s'étaient cachés. On les a pas vus, eux "!

Dans le journal quotidien de notre témoin : "dimanche 13 août, d'après des informations non contrôlables, une commerçante, sa fille et une autre demoiselle auraient reçu la visite des jeunes maquisards qui leur auraient coupé et rasé tous les cheveux. 

Curieuse formulation : trois femmes tondues publiquement, en quoi est-ce une information incontrôlable ? Pourquoi un verbe au conditionnel ? Un cas de foyenne tondue en donne certainement l'explication : "trois résistants ont arrêté une jeune fille et l'ont maltraitée jusqu'à lui couper les cheveux et les poils cachés".

Le mémorialiste foyen mentionne cinq jeunes "coiffeurs" qui appartenaient au groupe Bellanger (FTP) qu'il définit ironiquement ainsi, le mardi 15 août : "Des braves soldats de la "Dissidence" du groupe Bellanger composés en majeure partie par des communistes de la région de Sigoulès, de Monestier, de Villeneuve de Duras, Margueron".

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Ce dimanche 13 août, note le mémorialiste, "vers 20 heures une voiture et un groupe de FTP FI a obligé à se promener à travers les rues de la ville une femme mal vêtue et la tête entièrement rasée portant sur la poitrine un écriteau indiquant qu'elle s'était rendue coupable et cause de l'arrestation de M. Blondel. Excités par des maquisards, les enfants l'insultaient. Quelques hors la loi, des faillis, banqueroutiers applaudissaient. Les communistes et les frères trois points ricanaient. Car pour tous ces badauds, la femme que l'on accablait d'injures et que des voyous arrosaient de seaux d'eau au passage, était domiciliée à Saint-André (fille pieuse et honnête). En écrivant ces lignes, nous n'avons aucun parti pris. Nous constatons un fait sans même essayer d'innocenter une femme si toutefois elle est coupable, ni de plaider en sa faveur. Mais à voir les figures réjouies de ceux qui l'accablent, nous nous demandons si cette jeune fille, c'est vraiment à cause de l'arrestation de Mr Blondel qu'on l'a condamnée. Il faudrait plutôt y voir une autre raison : consultez la liste des personnes arrêtées ainsi que celle des personnes dont les maisons ont été pillées : vous n'y trouverez aucun communiste, aucun Radicaux trois points, aucun S. F. I. O.. Les loups hurlent mais ne se mangent pas entre eux". - Jean Blondel était maire de St-André et Appelles.

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En 1945, le dénonciateur de Jean Blondel fut arrêté. Il avoua et fut jugé à Bordeaux. Sud-Ouest consacra un article à son jugement, dans lequel on apprenait son nom, son origine, les raisons de sa dénonciation et sa condamnation. Il y a une dizaine d'années, j'avais retrouvé ses aveux signés. La jeune femme tondue jadis parce que "coupable et cause de l'arrestation de M. Blaondel" était morte depuis 6 mois. Sa vie avait été marquée par l'humiliation publique, injuste et imméritée d'août 1944.

Plusieurs personnes m'ont signalé le cas d'une foyenne aisée, elle aussi tondue, parce que son fils s'était engagé dans la L. V. F., la Légion des Volontaires Français contre le bolchévisme. Je ne sais pas ce qu'est devenu le fils.

Ces six femmes furent tondues quatre jours environ avant le départ définitif des soldats allemands passant par le pays foyen. Une subit l'épreuve dans sa totalité : la tonte, "la promenade" en ville et le bain forcé ("la femme que l'on accablait d'injures et que des voyous arrosaient de seaux d'eau...").

A partir du 17 août, on se rendit compte qu'il n'y eut plus d'uniforme allemand à Sainte-Foy. Ce fut appelé la Libération de Ste-Foy. Le 24 août, une autre jenue fille subit toutes les épreuves qui accompagnaient la tonte : "Mademoiselle Machinchose, belle-sœur d'un milicien foyen, à qui on avait coupé les cheveux quelques jours auparavant, a été obligée d'assister à l'abandon de ses cheveux au milieu de la chaussée où les gens les ont piétinés. La jeune femme exposée place de la mairie vient de Vélines à pieds ; elle est trop légèrement vêtue pour être exhibée devant des enfants. On lui a fait prendre un bain forcé dans la rivière, puis on lui fit parcourir de force certaines rues. Un jeune résistant s'est signalé par ses brutalités envers une malheureuse". C’est le second cas d’humiliation totale qui intervint après la Libération de Ste-Foy.  

e jeudi 24 août, le mémorialiste foyen nota : à Bergerac, "après le départ des Allemands, les maquis prirent possession de la ville et les vexations et arrestations des civils commencèrent. Femmes têtes rasées (qui aurait pensé qu'il y avait beaucoup de perruquiers et de tondeurs parmi le maquis), femmes têtes rasées promenées à travers la ville : seaux d'eau, crachats, bousculades, etc., etc.).

A Bordeaux, la "promenade" d'après tonte eut une autre ampleur : les victimes nues furent précipitées dans la Garonne et qu'importe si elles se noyèrent : c'était des "collaboratrices horizontales" (cf. Sud-Ouest, n° 1, 29 août 1944).  

Deux personnes m'ont dit qu'à Monpazier, une jeune fille fut bouillie vive jusqu'à ce que mort s'ensuive (je n'ai pas vérifié cette information).

Samedi 9 septembre 1944. "4 policiers sont partis dans l'auto de Machin pour aller à Gensac couper les cheveux à une femme et arrêter un homme. Truc et son neveu sont parmi l'équipe".

Le 13 septembre suivant, notre témoin apporte des précisions : « A 11 heures le fils Duchmol de Pineuilh a été enlevé. A 14 heures, une jeune femme de 22 ans (inconnue) a été arrêtée, enlevée de chez elle sans nourriture ni vêtements chauds. Un résistant la fit conduire pour l'interrogatoire à la mairie. Pris de compassion, 2 policiers de l'ex-gendarmerie (foyenne) lui donnèrent un morceau de pain et une bille de chocolat. Dans la matinée, 4 femmes (région de Gensac) auraient été arrêtées pour l'opération de la coupe des cheveux".

Vendredi 15 septembre 1944. "Hier après un interrogatoire, le sieur Duchmol de Pineuilh a été relâché. 

Samedi 23 septembre 1944. "Le fils Duchmol de Pineuilh a été de nouveau arrêté. Soupçonné de colporter des lettres de l’épouse d’un présumé collaborateur à son mari, il a été jugé et condamné à avoir la tête rasée à l'exception d'une grande mèche de cheveux laissée dans le milieu de la tête. Défense lui a été faite de mettre un couvre-chef ; il doit être constamment tête nue ».

La raison de la tonte est fallacieuse. Le jeune homme, prétendait-on, était homosexuel, ce qui suffisait à le désigner à la vindicte très morale, à l’époque, de la population. Beaucoup d'hommes appartenant surtout au peuple, affirmaient la suprématie virile sur les femmes.

Conclusions :

Etablir un canevas expliquant les raisons de la tonte :

-      Les amoureuses d’un soldat allemand.

-      Les collaboratrices horizontales, dénonciatrices…

-      Les vengeances personnelles.

-      Des enjeux de pouvoir politique.

-      Pour une catégorie d'hommes, affirmer qu'ils ont tous les droits sur les femmes.

Les deux images ont été prises sur le net

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25 juillet 2018

Une école normale d'institutrice à Ste-Foy au 19ème siècle

En 1818, Madame Dupuy créa une école protestante pour jeunes filles. L’école était gratuite pour les indigentes. Le succès fut immédiat. La pédagogie était de type mutuel : les meilleures élèves étaient associées à l’enseignement et aidaient les enseignantes à s’occuper de leurs condisciples plus jeunes. 

 ecole-enseignemant-mutuel-2  image copiée sur le net.

 Wikipedia décrit le fonctionnement de ces institutions :

"Dans l’école mutuelle, l'organisation est totalement différente des méthodes d'enseignement simultané qui prévalaient alors : un seul maître est nécessaire pour faire fonctionner une école jusqu'aux limites d'ordre architectural concernant la capacité d'accueil du bâtiment (jusqu'à plus de 800 élèves). Ce système peut fonctionner à plusieurs étages, avec des moniteurs généraux, des moniteurs intermédiaires etc., jusqu'au niveau le plus bas des élèves débutants, tout le monde apprenant à son niveau et enseignant au niveau inférieur. Ainsi «Un enfant y trouve par définition toujours une place qui correspond à son niveau… Les moniteurs ne sont que provisoirement les premiers dans le précédent exercice de la même matière, et non pas les meilleurs élèves ou les plus âgés comme il sera de règle par la suite.

Le maître unique, juché sur son pupitre commande toute cette organisation, les élèves étant installés sur de longs pupitres mobiles, organisés en configuration variables suivant les matières et les groupes de niveau. La méthode introduit une innovation capitale : l'apprentissage concomitant de la lecture et de l'écriture, et fait appel à des outils pédagogiques encore peu usités, comme l'ardoise qui économise le papier ou les tableaux muraux autour desquels les groupes font cercle au moment prescrit.

Cette pédagogie active et coopérative fonctionne assez bien et permet d'apprendre à lire et à écrire en deux ans, au lieu des cinq ou six ans requis dans l'enseignement reposant sur la méthode en usage jusqu'alors".

Parler de discipline est peut-être anachronique parce que l'enfant était considéré comme un petit adulte et devait se tenir; il devait "obéir au doigt et à l'oeil". Aujourd'hui, qui connait cette expression, qui l'utilise encore ? Elle sera bientôt un archaïsme. Elle a pourtant son origine dans la discipline stricte des écoles mlutuelles.

L’école de Mme Dupuy fut l’une des premières, en Gironde, à pratiquer cette pédagogie d’un modernisme étonnant pour l’époque.

A partir des années 1830, les écoles se multiplièrent à Sainte-Foy. Le consistoire protestant et la fabrique catholique s'implantaient dans des terres neuves avec une ardeur que l'on n'imagine pas. Leur antagonisme habituel se doublait d'une stimulation renouvelée à chaque création d'écoles. Il y a quelques décennies, j'avais sauvé de la poubelle les écrits d'un diacre de la paroisse protestante, vers 1830 ; il disait la gnaque confessionnelle des uns et des autres pour occuper le terrain scolaire. De cette ambiance, je retiens trois éléments :

1 - La précarité des écoles. Souvent, elles ne comprenaient qu'une salle de classe, avec l'enseignant et peu d'élèves de même niveau ; avec plusieurs niveaux d'élèves, il s'agissait de classes surchargées et l'enseignant pratiquait la méthode simultanée. 

2 - La création d'institutions scolaires comprenant plusieurs classes avec comme exemples le collège protestant et l'école Anglade (catholique).

3 - La mise en oeuvre par les protestants de l'enseignement mutuel (le fameux enseignement lancastérien), avec les cas des écoles Dupuy (pour filles) et Mestre (pour garçons).  

Pour tous, ce fut le succès. Ainsi, en 1841, quelques jours après sa création, l’école des frères de la Doctrine Chrétienne comptait environ deux cents élèves. Une mutation sociale importante s’opérerait : à l’intégration sociale des enfants par le travail, en famille ou en apprentissage, s'ajoutait celle qu'apportait la scolarisation.

En 1828, l’école Dupuy devint une école formant des institutrices. Jusqu’à sa fermeture, vers 1883 elle fut « une pépinière d’institutrices ». Des jeunes filles venaient de l'Europe occidentale. Une jeune parente d'Aristide Boucicaut donne l'exemple de ces demoiselles de familles aisées voire riches qui passèrent leur scolarité à Ste-Foy dans cette pépinière d'institutrices.

 

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Dans l'album d'Adelaïde Baylet, commencé le 1er juillet 1876.

Madame Dupuy et Madame Delhorbe, qui lui succéda, répondaient aux demandes de tels pasteurs et plaçaient les institutrices qu'elles avaient formées en France (Provence, Alpes, régions de Bordeaux, Montauban, Stasbourg, etc.), et dans des pays voisins (Angleterre, Belgique, Allemagne, etc.).  

En 1852, Mme Delhorbe prit la direction de l’école. Cette protestante évangélique donna à ses élèves une excellente éducation religieuse. Elle fut en contact avec de nombreux pasteurs et des personnalités du monde protestant, en France, en Suisse, en Allemagne, en Grande Bretagne et aux Etats-Unis. Les élèves venaient de ces pays, de France avant tout, et y trouvaient un poste, munies d'un diplôme d'institutrice. En 1877, Mme Delhorbe estima que son école avait formé près de 500 institutrices.

On garde l’impression que le rayonnement de l’école fut extraordinaire. En particulier, les contacts entretenus par Mme Delhorbe avec les évangéliques suisses incitèrent beaucoup de familles suisses à envoyer leurs filles dans son école. Certaines familles suisse s’installent à Sainte-Foy et dans ses environs.

Mme Delhorbe consacra sa vie à son école. Quand elle fut en âge de prendre sa retraite, les lois Ferry modifiaient la donne scolaire en France. Peut-être que Mme Delhorbe ne put pas s’y adapter. En tous cas, elle ne trouva personne pour lui succéder et cette école, qui fut prestigieuse, ferma vers 1883.

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24 juillet 2018

Le moulin de Taillade à Saint-Quentin de Caplong

Voici une carte postale montrant le moulin de Taillade.

 

taillade

 

Il a été construit sur une butte de terre encerclée par une muraille de pierres bien régulières. Il a encore son toit. L’axe des ailes sortait de la lucarne que l’on voit à gauche du toit. Sur la droite, un madrier sort du toit, à l’horizontale. C’était l’un des supports du timon, cette longue poutre de chêne solidaire de la charpente qui descendait jusqu’au sol et sur laquelle on tirait avec un cabestan pour faire tourner le toit du moulin et mettre les ailes dans le vent.

Devant le moulin, contre la route, c’est la maison du meunier.

Derrière le personnage du premier plan s’ouvre le chemin qui conduit au moulin. Combien de mulets l’ont emprunté, en tirant les carrioles chargées de sacs de blé, puis, en rapportant la farine ?

 

Le moulin n’a plus ses ailes et le timon a été scié et enlevé. Il n’est plus en service quand la photo a été prise.

 

La route est blanche, blanche des caillasses calcaires dont on l’a chargée régulièrement. En pays foyen, on commença à goudronner les routes à partir des années 1930.

 

A droite, des poteaux électriques longent la route. Ils permettent de donner une date approximative à la photo. Le barrage de Tuilières a été édifié sur la Dordogne, en amont de Bergerac, entre 1905 et 1908. Une ligne de 50 000 volts est aussitôt lancée en direction de Bordeaux. Elle passe par  Sainte-Foy la Grande d’où partent des ramifications qui alimentent la vallée et les collines proches.

 

La photo a été prise entre 1910 et 1914.

En 1950, Taillade, les Mauberts et Vergniet ont toujours le même nombre de maisons et abritent respectivement 13, 16 et 2 habitants. 11 personnes habitent aux Saurins et 9 à Cateau.

La densité relative des habitants, à Taillade, est peut-être une survivance des travaux agricoles, avec les vignes et les terres à blé, associées à l’activité du moulin à vent. Les gens portaient leur blé de plusieurs kilomètres à la ronde, trajet qu'ils faisaient à pied, avec leur mulet tirant la carriole, dans un temps raisonnable.

Comme tous les moulins, celui de Taillade était un point de rencontre, de discussions et d’échanges. On appréciait la personnalité, le savoir-faire du meunier, et la qualité de ses services. On pouvait venir de loin pour en profiter.

Le meunier était un personnage important du réseau social. Entre Taillade et les Mauberts, il en est resté la fête annuelle qui s’est tenue jusqu’à la veille de la Seconde Guerre Mondiale.

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Les cartes de Cassini et de Belleyme ont été tirées à la fin du 18ème siècle et au début du 19ème. Voici le moulin de Taillade représenté par la carte de Cassini. Le sigle représentant le moulin est près de celui qui figure le bourg de Saint-Quentin de Caplong, vers le nord-est. Les petits signes qui ressemblent à des dollars représentent les vignes. On constate qu’elles s’étendent sur le plateau, ici et là. Elles sont entremêlées de terres à blé. Des bois et des haies larges, contenant des ormes, des charmes et d’autres essences d’arbres, coupent le paysage. Des prairies grasses occupent les vallons. On y met les bovins à pacager. Ils tirent la charrue. La puissance animale, la force humaine et celles que fournissent l’eau et le vent sont les quatre énergies utilisées jusque dans les années 1850, jusqu’à l’apparition des moteurs à vapeur.

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La carte de Belleyme indique le moulin, au nord-ouest du hameau, à proximités de vignes, d’un grand bois et de terres à blé.

Le moulin de Taillade présente des caractères communs aux moulins à vent du pays foyen : la tour cylindrique élancée, le toit conique très pentu qui déborde des murs qu’il protège et le mécanisme installé à l’étage. La meule dormante repose sur deux poutres en chêne parallèles de 80 cm de côté environ. Le toit est recouvert par un essentage d’ardoise ou de tuiles plates.

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" L’album des cartes routières du canton de Ste-Foy » a été établi vers 1870. Le but de ce document était de figurer les routes et chemins du canton et non d’avoir une valeur fiscale. On voit les trois maisons de Taillade mais le moulin n’est pas représenté : il n’était plus en activité. Les premiers moteurs à explosion apparus en pays foyen firent tourner des minoteries et entrainèrent la ruine des meuniers. Alphonse Daudet a raconté la ruine de Maître Cornille. A Saint-André et Appelles, le meunier des Bérangers, désespéré, cassa le mécanisme de son moulin à coups de masse.  

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Il n’existe probablement pas de documents locaux se rapportant à la construction du moulin : jusqu’à la Révolution française, on joignait le geste à la parole et on se mettait au travail sans rédiger d’acte : la parole vaut l'homme ou l'homme ne vaut rien, disait-on encore il y a quelques décennies. Le propriétaire faisait venir la pierre d’une carrière proche. Le charpentier à moulin façonnait le mécanisme et rassemblait les poutres qui seraient utilisées dans la bâtisse. La meule en silex venait d’une carrière proche. Il y avait une carrière dans les falaises de Picon, à Eynesse, une autre dans celles qui dominent le ruisseau du Seignal, à Ligueux. Il en existait d’autres que le temps a enfouies sous la terre et la végétation, et que l’on a oubliées.

Les hameaux et les terres de Taillade et des Mauberts dépendaient jadis de la seigneurie du sieur de Langalerie[1]. En 1633, en effet, le seigneur de Langalerie afferme le moulin[2]. Cependant, le moulin était plus ancien. Sa date précise de construction nous échappe. Mais, comme la plupart des moulins à vent du pays foyen, il a probablement été édifié dans la seconde moitié du 16ème siècle.

Quels ont été ses propriétaires et ses meuniers successifs ? Entre Taillade et les Mauberts, les terres sont riches et avaient attiré des bourgeois de Sainte-Foy. Au début du 17ème siècle, trois anciennes familles foyennes y possèdent une métairie : les Duvergier[3], les Gentillot[4] et les Drilhole[5]. Il est possible qu’une de ces familles ait acheté le moulin au seigneur de Langalerie. C’est une hypothèse à vérifier. En 1874, un M. Bonnaval est le plus gros propriétaire de Taillade. Possède-t-il aussi le moulin ? Il produit 60 hectolitres de blé et 15 tonneaux de vin rouge par an.

Quand aux meuniers, leur histoire est très difficile à esquisser. Souvent, on travaillait dans le moulin de père en fils pendant longtemps, parfois un siècle. Certains ont pu acheter leur instrument de travail, au cours du 18ème siècle. Mais je n’ai trouvé qu’un seul meunier de Taillade, Jean Egulhon (on prononçait Eguillon), fils de feu Pierre, qui est mentionné dans un acte du 7 mars 1615[6].

 

                                                                                                        Jean Vircoulon

 



[1] Arch. dép. Dordogne, 3 E 966.

[2] Arch. dép. Gironde, 3 E 35 535, f° 172.

[3] Arch. dép. Gironde, 9 J 342.

[4] Simon le vieux, des Mauberts, qui épousa ? et eut trois enfants, Simon le jeune, bonnetier, Jean et Zacharie, notaire, qui épousa Anne de la Jonye. Simon fit son testament le 28 février 1626 en faveur de ses frères Pierre, Jean et autre Jean. Arch. Dép. Gironde, 3 E 42 540.

[5] Le 7 avril 1621, obligé pour d. Ph. de Lungs de Symond Syvadon, habitant du village des Mauberts, mestaier en la mestairie des heritiers de feu cappitaine Drilholle,et Jehan Mounier, habitant dudict village des Mauberts, paroisse de Capblanc, et Pierre Javilhe, aussi laboureur et habitant du village du Petit Roc, paroisse de Thoumeyragues, de 19 livres et 20 sous, pour vente de 3 boisseaux et un quart mesture et deux quarts semence, payables à la Madeleine (3 E 20 979, f° 28).

[6] Arch. dép. Gironde, 3 E 35 501, f° 138.

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11 juillet 2018

Un album photos de Jacques Azéma

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L'album est dans la colonne de droite.

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10 juillet 2018

Travail, profit et patrimoine dans l'histoire du pays foyen

Reclusiennes 2018, l'argent … content

Plan de recherches, à terminer et à compléter

 

Le sujet : longue durée, cadre spatial limité (Ste-Foy et son terroir)

Quels furent les rapports entre travail, profit et patrimoine, sont-ils variables, comment mettre en évidence des variations, en fonction de quels paramètres, des crises aux périodes de stabilité...

Mettre en évidence les fluctuations entre le profit apporté par le travail, la valeur de argent et le patrimoine constitué (la notion de "franc constant" est étrangère à cette recherche - et à la réalité historique). Définir la capacité d'épargne et constater l'usage qui en fut fait (train de vie ET accroissement du patrimoine).

Qui fut capable d'épargner ? quand ? Dans quel milieu et avec quelles pratiques professionnelles ?   

Début d'inventaire des éléments disponibles.

Ce qui pose des question passionnantes de méthode : quelles distinctions un historien fera-t-il entre faits et concepts, quelles analogies etablir entre concept et jugement de valeur, etc.

Faut-il éviter ou pas de donner d'une réalité historique une image abstraite sous forme de concept ? Comment ? Le concept fige un état des lieux + ou – partiel au risque d'en faire un archétype, etc.

« Balayage » chronologique, puis repérage thématique ?

A la fin de chaque chapitre, la rubrique "Documents" donne quelques références. Je n'ai pas indiqué de références dans les dépôts d'archives publiques ni dans les fonds d'archives privées.  

 

1 – Les débuts de la bastide 1255 – années 1300 

- Les conditions de la richesse : la Dordogne (la route qui marche, droits de péage, droits de passage en particulier sur le sel) et un vaste terroir (jusqu'à St-Astier de Duras).

- Un atout (d'un point de vue actuel) : beaucoup de terres libres de droits seigneuriaux.

- Bayles nommés et payés de moins en moins par l'administration. Puis, administrateurs achetant cet office de plus en plus cher.

- Testament de Gavaudun.

- Projet de construire un pont avec le produit des revenus du port. Projet sans suite.

Les tarifs du marché à Sainte-Foy fin 14ème (de tête) dans l'Esclapot. 

Recherche à mener : foires rurales (toponymie, le Pré des Echanges à Ligueux, le Marchet à Pineuilh, le Marché à Montcaret, Fondefière à Margueron, cas de la Madeleine des Brandes à Minzac, etc.) et foires « urbaines » (Ste-Foy, des hameaux ?). Production et échanges liés aux activités rurales ==> troc ? Evolution des foires.

Documents : collection Rymer, articles et ouvrages d'Yves Dossat, Marthe Marsac, Marchegay. Divers cartulaires.

 

2 – Renouveau des années 1460.

- Après la bataille de Castillon (1453) : mise en place des conditions de la relance économique. Les migrants. Eléments de vie et de production.

- Droits de péage sur la rivière, droits de passage (exemple de la laine anglaise amenée par route dans la narbonnaise puis, par cabotage, en Italie où elle est lavée, apprêtée, teinte et tissée. Les tissus étaient vendus pendant les foires de Champagne).

- vers 1460, mise en place des rentes (impôts) sur la terre (vers 1620, première augmentation de cet impôt; la seconde intervint vers 1740 et la troisième, vers 1780, fut emportée par la Révolution).

- Stabilité obligée de l'habitat et du travail agricole; et des profits ?

- La dîme, prélevée de nouveau vers 1470, au 11ème du profit. Mais dans quelles conditions ?

- Fin du 16ème siècle, un cas de protectionnisme foyen concernant la production de chaussures. 

Documents : dossiers sur le renouveau économique des années 1453-1480. droits de péage à Lamothe-Montravel (vers 1475). Thèse de Claudine Cordier. 

 

3 – L'exemple des années 1620

- réformation du domaine du roi

- 1ère augmentation de la rente terrienne.

- impositions individuelles et non plus globales ==> premiers terriers individuels

- émergence de familles bourgeoises, leur main-mise dans tous les domaines (économie en particulier) ==> Pierre Rigaud et ses trois fils, E. Fauveau (cf. Arch. dép. Gde, 8 J 689 et 690), avec Bosmorel, l'aperçu des doubles professions (tanneur et marchand de bois en l'occurrence).

- importance nouvelle (?) de la vigne : on plante beaucoup de vignes (les Plantes de Vidal à Pineuilh, à St-Antoine de Breuilh, exemple de Ligueux, exemples d'Etienne Fauveau, de la famille Rigaud, etc.)

- La tentation de l'escroquerie (exemple d'Etienne Goutte, commissaire chargé de la réformation du domaine du roi).

- Etablir la mercuriale du blé depuis 1590.

- Le bail à fief nouveau et le bail à cheptel (afferme d'animaux) illustrent des rapports particuliers entre travail et profit : au bout de 5 ans, le "brassier" (travailleur à bras) qui a reçu une parcelle à défricher, y a planté et fait venir la vigne, devient propriétaire de la moitié de cette parcelle. Celui qui a reçu des animaux en fermage devient propriétaire de la moitié du croît. J'ai repéré ces pratiques dans des actes de notaires passés entre 1590 et 1620. Avant et après, qu'en est-il ? Autant les utiliser comme "fossiles directeurs". 

Une société en mal d'argent - et de nourriture ? Crises frumentaires et argent frais. Les emprunts réguliers, les termes habituels, pourquoi emprunter, vivre pauvre. Qui prête de l'argent ? Contre quoi ? Pas de banque en pays foyen. Mais l'hôpital, de petits nobles et de riches bourgeois. Pour quel intérêt ?

Vente d'un bout de terre pour se libérer d'une dette (Dernier cas noté : 1911). 

Documents : articles et notes perso. sur les contrats de notaires foyens, de 1589 à 1621, meuniers et moulins du pays foyen, terrier de 1621, etc.

 

4 – Le 18ème siècle et la mutation des années 1740.

- périodes de remembrement et d'éparpillement des exploitations.

- commerce du vin (Hollande, Angleterre, nord de la France et de l'Espagne).

- hôtels particuliers (apparition des couloirs).

- le débordement du 7 mars 1783 emporta une maison qui se trouvait en bas de l'actuelle rue V. Hugo. C'était la dernière maison sur le côté droit de la rue, avant la rivière, une petite maison à colombages. Elle contenait 17 barriques de vin blanc que l'eau emporta. Les 17 barriques valaient plus cher que la maison. Autre type de "fossile directeur" ?

Documents : articles perso. sur l'évolution des propriétés à Margueron et St-Avit de Soulèges au 18e siècle, sur les vagues d'urbanisation de Ste-Foy. Livres de raison d'une exploitation agricole de Vélines de 1730 à 1970 environ (quelques manques, fonds J. V.). Notes sur les vins de Ste-Foy et du Pays de Nouvelle Conquête. Ouvrages de Jouanel et Beauroy sur le commerce des vins avec la Hollande.

 

5 – Le 19 ème siècle.

- L'industrialisation n'a pas concerné le pays foyen. Parler de société "pré-industrielle", de passage à "l'industrialisation", n'a pas de sens. 

- Des perspectives fausses et/ou partielles : autosuffisance, autarcie, protectionnisme, immobilité sociale... Pour Fernand Braudel, l'autosuffisance s'accompagne du troc des produits et des services dans un rayon très court. On constate des échanges analogues à Sainte-Foy au début du 17ème siècle. Les écrits qui en témoignent concernent toujours des ventes ou des achats réglés en argent. Le troc avait-il subsisté ? 3 "cercles" d'échanges : le pays foyen (en particulier la juridiction de Ste-Foy), les terroirs proches (en particulier pour le blé) et des zones éloignées où se vendaient les vins. Description de ces 3 "cercles", nature des échanges dans chacun d'eux... D'où vient l'argent frais ?

- Le pays foyen reste rural et reçoit les effets d'une "industrialisation" qui lui est extérieure. Aux quatre sources d'énergie traditionnelles (force humaine, force animale, eau, vent) s'ajoutent trois sources d'énergie nouvelles : force motrice vers 1850 (minoteries, fin des moulins à vent et à eau), gaz vers 1860, électricité à partir de 1908.

- Goudronnage des routes (vers 1860, la première route goudronnée au monde se trouve à Pineuilh), le fil de fer se répand (à partir de 1860) ciment et béton armé (à partir de 1875), le chemin de fer à Ste-Foy (1875, merci à Christian Gindra).

- Vague d'urbanisation, de la crise du phylloxéra à 1910 environ. Cas de la Macchabée à Ste-Foy. Niveau des profits et des salaires. Un prolétariat catholique ? A la campagne ?  

- Caisse d'épargne locale, date de création et histoire ?

- A partir de 1850, des sociétés de secours apparaissent à Ste-Foy et dans ses environs. Elles s'adressent à de petites gens, ayant une faible capacité d'épargne.

- Dater l'apparition des banques à Ste-Foy, toutes étant au départ des banques privées.

- Définir le rythme et la nature des changements à partir de 1850 environ, jusqu'à la vague considérable d'urbanisation à Ste-Foy et dans les "chefs-lieux" des communes (comme on disait alors), de 1870 à 1910 environ.

- Le développement du bénévolat.

Documents :  Carnets de dépenses quotidiennes (seconde moitié 19ème siècle). Recueil des Maires, actes administratifs, etc., mes articles, ouvrages sur l'électrification de la vallée de la Dordogne, sur l'histoire du Crédit mutuel agricole en Gironde, ouvrages donnant les prix faits en maçonnerie, catalogues et tarifs de grilles de balcons en fonte, etc. mes dossiers sur l'usine à gaz, le fil de fer... Articles de Drouin et Goasguen.

 

 6 – La Grande Guerre et ses conséquences.

- Forte augmentation des prix après 1918, arrivée d'une main d'oeuvre italienne. Salaires des ouvriers en baisse (?).

- Impôt sur le revenu. Valeur libératoire de l'or.  

- Les emprunts russes.

- Faillites, concentration 

Documents : article signé de Jouvenel dans la Revue des Deux Mondes (1924), mémoire sur l'arrivée des Italiens en pays foyen. Politique salariale des Ets Grenouilleau.

 

7 – de 1936 aux années 1970 : chant du cygne pour les uns, émergence des autres.

- Je pense que l'occupation allemande, de juin-juillet 1940 à fin août 1944, marque ici "la fin des terroirs", pour reprendre le titre de l'ouvrage célèbre de Weber, dans une ambiance d'antagonisme et/ou d'indifférence entre nantis et précaires.

- Après la libération du pays foyen, la gauche et le pouvoir. 

- Mercantis et profits de guerre.

- Politique salariale du "patronat" local (Ets Grenouilleau, hôpital,...). 

- Les trente glorieuses en pays foyen. Liquidation progressive des patrimoines "importants" (vastes exploitations, châteaux, belles demeures, temples) ==> vers un "éparpillement" ? Les terroirs commencent à se déliter ; à Ste-Foy, la vie de quartier disparait peu à peu avec la propagation de la télévision, l'installation de la première grande surface, etc.

 

Thèmes de recherches :

- passage du secteur primaire (agriculture, pêche...) au secteur tertiaire (reflets "politiques" local des évolutions : physiocrates du 18ème s., penseurs sociaux, économistes... du 19ème, etc.).

- Les doubles professions : gens de rivière et paysans, tuilier-paysan (famille Filet à Monfaucon par exemple), meunier ou boulanger - agriculteur... Cas de Bosmorel au début du 17ème siècle à Ste-Foy. Famille Comme aux Lèves à la fin du 19ème siècle.

- Les crises : famines, épidémies, Réforme, Révolution, guerres, etc.

- Une impression comme hypothèse de travail : des périodes de forte expansion économique : fondation, années 1460, 1620, 1740, fin 19e siècle, qui modifient les rapports entre travail et profit (pour qui ?). Pendant des siècles, du travail pour tous, certes, mais pour quel "salaire" ? Précarité des travailleurs manuels. Moyens volontaires ou pas pour la maintenir.

Plan de recherche, qui veut m'aider sera le bienvenu.  

  

 

 

 

 

 

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06 juillet 2018

Sur Jean Roller

Deux liens sur Jean Roller :

Jean Roller - Le pays foyen - Canalblog

paysfoyen.canalblog.com › Messages septembre 2008

Jean Roller, un instituteur pionnier - Sud Ouest.fr

https://www.sudouest.fr › Saint-Martin-de-Gurson
Les Contes populaires de Guyenne, de Claude Seignolle. 

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A la fin de sa vie, Jean Roller regrettait d'avoir offert à Seignolle autant de contes... 

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05 juillet 2018

Un notable en bourgeron

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Je conserve cette peinture que j'avais achetée aux héritiers de Jean et de Marthe Roller quand ils vendirent la maison d'Eynesse et son contenu.
Qui représente-t-elle ? Un Matignon ou un Roller ? Jean Matignon Septième, qui fut un sage, ou le pasteur Roller qui publia un ouvrage remarquable sur les catacombes de Rome ? Je l'ignore et je ne veux pas me lancer dans le jeu des ressemblances. Ami lecteur, merci de me donner votre avis argumenté, si vous le pouvez. Côté Matignon ou côté Roller, ils furent tous des républicains de coeur et de parole.
Un personnage assis dans un fauteuil confortable. Pantalon de drap noir, chemise blanche et noeud papillon ou lavallière en soie noire C'est un bourgeois. 

Paradoxe, il porte un bourgeron bleu. Le bourgeron était une blouse de toile assez ample, que portaient les ouvriers, des soldats... Ce mot n'est plus employé, et qui le connaît ? Un très vieil ami me l'avait appris. Son père avait été gendarme en Algérie dans les années 1930. Pour étriller son cheval, le gendarme mettait son bourgeron gris. 

Pourquoi ce notable d'Eynesse porte-t-il un bourgeron ? Mode ou confort personnel ? Avec son tissu souple, ce vêtement vaut peut-être toutes les vestes d'intérieur. De quand date cette gouache ? Entre 1860 et 1890 ?

1848, Seconde République. Le nouveau gouvernement distribua des places de théâtre gratuites aux ouvriers pour leur permettre d'assister aux représentations du Théâtre Français, notre actuelle Comédie Française.

Ecouter Rachel, la grande tragédienne déclamer Phèdre, se "taper" une heure et demie de Cid, deux heures et plus de Cinna, beaucoup de petites gens revendirent leurs places et leurs bourgerons à des bourgeois, à des jeunes gens pauvres mais de bonne famille et tellement doués. etc.

Ainsi, dans la salle, ouvriers ou non, tout le monde ou presque portait un bourgeron. La mode se répandit. Pour ce qui nous intéresse, jusqu'à Eynesse.

Au mot Bourgeron, Wikipédia donne deux citations. En voici d'autres. 

- "Il portait une blouse bleue, de celles qui descendent à peine sur les hanches et qu'on appelle bourgerons". Ponson du Terrail, Rocambole, les Presses de la Renaissance, Paris, 1971, p. 92.

- Dès le lendemain, Lupin, vêtu d'un bourgeron et coiffé d'une casquette, se dirigea vers Neuilly et commença son enquête". Maurice Leblanc, 813, Presses de la Renaissance, 1980, p. 395.

- "Le Barbu, affublé d'une blouse bleue et coiffé d'un grand chapeau mou avait une vague allure de paysan". Pierre Souvestre, Marcel Allain, Fantomas se venge, livre de poche, 1961, p. 165. 

Je compte sur plusieurs amis de Facebook pour apporter leur contribution à cet article.

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29 juin 2018

Le cahier de poésies d'Emma Tauziac

Jadis, j’avais animé un séminaire à la faculté de Bordeaux III sur le thème des « Poésies académiques et populaires en Pays foyen aux 19ème et 20ème siècles ». De 1850 à 1950, environ, beaucoup de jeunes gens et de jeunes filles remplirent des recueils avec des poèmes de grands auteurs. C’était l’un des aspects que j’avais présentés. Ces recueils de poèmes furent à la mode dans la France entière et celui d’Emma Tauziac participe à cet immense mouvement que l’on retrouve, avec les mêmes caractères, dans l’essor et la propagation de l’image ou des herbiers[1] : il s’agissait d’appréhender des types de réalité, émotions, sentiments, pensées, avec leurs valeurs exemplaires ou morales, voire utilitaires et esthétiques dans le cas des plantes. Appréhender, distinguer, définir et classer marquaient une méthode de connaissance, pour ne pas dire une phénoménologie de la vie.

J’ai feuilleté avec soin le recueil de poésies compilées par Emma Tauziac, et je l’ai paginé au crayon à papier. Cette note présente les points suivants sans les :

1 - L’époque et le contexte de la rédaction du recueil.

2 - Les auteurs et les thèmes.

3 - Les illustrations.

4 – L’histoire de trois feuillets volants. 

1 – Epoque et contexte de la rédaction du recueil.

Plusieurs poèmes sont datés. Page 3, voici la date du 5 janvier 1920. Le 17 décembre 1921 est la date ultime. Pendant ces deux ans, Emma a utilisé un peu plus de 150 pages sur les 250 que contient son cahier. Elle suivait alors les cours de l’Ecole normale d’Institutrices de Périgueux, c’est du moins le texte imprimé sur la première de couverture du cahier, dans un écu posé sur une palme. Des indices le confirment : Page 48, une amie d’Emma prénommée Sylphe, écrit en marge d’un poème : « souvenir de notre 1ère année ». La page 65 marque un passage important. Elle porte en effet une seule mention : IIIe année ». La date du 9 mai 1921 figure quelques pages avant et celle du 3 octobre 1921 quelques pages après (pages 62 et 67).  Pourtant, une mention de la seconde année d’études figure page 150, bien après celle de la 3ème année.

Ces données correspondent au cursus scolaire suivant :

1ère année :     1919-1920

2ème année :    1920-1921

3ème année :    1921-1922

Démarche habituelle, plusieurs condisciples d’Emma ont écrit quelques mots affectueux en marge d’un poème : en classe, ou dans la chambrée du régiment, nombreux étaient les jeunes filles et les jeunes gens qui rédigeaient ces sortes de recueils qu’ils faisaient parapher par leurs proches.

La confection du recueil procédait d’un élan collectif, le recueil donnant un choix personnel de poèmes, quitte à recopier sur le cahier d’un autre le poème que l’on avait apprécié.

Il s’agissait d’une démarche propre à la jeunesse découvrant les joies espérées et aussi les contraintes du statut d’adulte : vie professionnelle, mariage, famille, constitution d’un patrimoine, acquisition d’une place sociale, etc. A cet égard, le recueil de poème marque un rite de passage de l’adolescence au monde adulte. Et encore, il faudrait nuancer cette affirmation. Jusqu’à la dernière guerre mondiale, du moins en pays foyen, les jeunes adultes n’acquéraient voix délibérative qu’à partir de la quarantaine, pour employer une métaphore, c’est-à-dire quand ils avaient montré à tous leur bonne gestion de père de famille, dans leur vie professionnelle et dans leur vie privée.

2 – les auteurs et les thèmes.

Emma n’a écrit aucun poème de sa composition. Elle a noté telles œuvres d’auteurs qui connurent le succès de leur vivant et furent en grande partie oubliés dans les années 1920, d’autres à la célébrité inaltérable, et enfin, d’auteurs contemporains de la confection du recueil. Citons Victor Hugo, François-René de Chateaubriand, Alphonse de Lamartine, Leconte de Lisle, Jean Moréas, Emile Verhaeren, Paul Bourget, Pierre Louÿs, etc. Des auteurs qui marquèrent la littérature française ne figurent pas, par exemple, Stéphane Mallarmé et Paul Valéry.

Le choix est conventionnel, socialement recevable, pour employer une locution actuelle épouvantable, ainsi, les textes choisis dans l’œuvre de Pierre Louÿs. Au fil des pages et des mois, les thèmes passent de sentiments éthérés et de situations parfois dramatiques à la plénitude et aux avatars d’un amour tant attendu. Les quatre derniers poèmes en donnent l’exemple : le « Double Amour », « l’Epousée » de Sully Prud’homme, « Destinées » d’Albert Samain et l’extrait d’un poème d’Emile Verhaeren provenant de son recueil, « les Heures Claires » (pages 151 à 158).

Cependant, la réalité tonne dans ces aspirations : dans une carte de vœux de bonne année, une de ses amies annonce à Emma que ses fiançailles sont rompues et qu’elle ne parvient pas à s’en remettre…

3 – Les illustrations.

Peu d’illustrations ouvrent de larges perspectives. Le cahier s’ouvre par 7 illustrations, presque à chaque page. On les croirait venir d’un album confectionné à la fin du 19ème siècle. La Grande Guerre a liquidé la Belle Epoque et moissonné sa jeunesse masculine, mais subsistent des repères esthétiques et agréables, pour ne pas dire confortables. Voici des fleurs, rose, pensée, œillets, finement gouachées ; des chrysanthèmes et le lettrage de deux titres, « Soir » et « A ma mère », ont été repris dans des revues de broderie. Page 13, Emma a utilisé une technique au résultat pataud : un nuage d’encre violette entoure une silhouette de fleur. Elle n’a pas recommencé…

A partir de la page 17, les illustrations se font rares. Quelques plantes séchées, placées en marge des textes, illustre la mode des herbiers répandue par les programmes scolaires et les flores de Bonnier et Layens. La petite photo d’un tableau (page 85) et un joli chromo ovale représentant un paysage enneigé (page 86), par leur rareté, montrent que seul compte le texte. Cependant, une petite photo d’un jet d’eau, devant une grange aménagée en serre, a peut-être été prise chez Emma, à Lamothe-Montravel.

Entre les pages 134 et 135, on trouve la photo d’une jeune femme assise sur un muret, la plaine s’étend jusqu’à l’épaulement des collines. La photo ne porte pas d’annotation et représente probablement Emma.

4 – L’histoire de trois feuillets volants.

Au sortir de l’Ecole Normale, Emma prit un poste d’institutrice puis se maria. Je tiens ces renseignements de sa belle-fille, car elle referma le cahier qui avait accompagné son accession à la vie d’adulte. Peut-être Emma avait-elle mémorisé plusieurs poèmes qu’elle fit découvrir, étudier et apprendre par cœur à ses élèves.

En 1968, un homme rencontré chez des amis communs lui fit parvenir trois feuillets de vers sur le thème de l’amoureux transi, 24 quatrains commençant par ce même vers :

« Ne le dis à personne, le nom de ta bien-aimée ! »

Deux annotations de l’auteur anonyme donnent le contexte : « Ecrit pendant la nuit d’un dimanche où j’avais rencontré une dame chez des amis communs, 12 février 1968, Le Fleix ». Et : « Dédié à Madame Y., institutrice quelque part à Montcaret, J. P. ». Au crayon à papier, l’intermédiaire qui transmit cette pièce de vers à Emma écrivit : « Oublié de vous remettre des feuillets. Je vous donnerai la lettre directement, A. D. ».

C’était exprimer un peu tard et dans un style assez maladroit les émois de la jeunesse, et pourquoi pas ?

En femme d’ordre et de raison, Emma plaça les trois feuillets à la fin de son recueil de poèmes. Ils y avaient leur place. Et elle referma son recueil de poèmes qu’elle conserva jusqu’à la fin de sa vie.

La petite fille d’Emma Tauziac m’avait prêté ce cahier. Je lui ai rendu rapidement sans faire de photos. Impossible d’illustrer cet article.

Les jeunes gens faisaient aussi volontiers des cahiers de poèmes et d’historiettes. Ils préféraient des textes coquins, parfois très crus, surtout quand ils furent militaires, alors que les jeunes filles s’en tiennent aux grands épanchements de sentiments.  

Je vous parlerai sans tarder de ces cahiers faits par des jeunes gens, un article illustré.



[1] A partir des années 1930, le cinéma parlant répand intérêt et fascination pour des vedettes, et des jeunes filles constituent des recueils de photos de leurs actrices et acteurs préférés.  Cette mode s’étiole pendant la Seconde Guerre mondiale.

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23 juin 2018

Laon, fin 1945

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La photo mesure 16x22 cm. Au dos : "Lycée Laon, 1945-1946, prof Maths 3e".

Il s'agit d'une classe de 3ème, 38 élèves autour de leur jeune professeur de mathématiques. La photo a été prise probablement dans l'hiver 1945 : c'est le début tardif, certes, de l'année scolaire : beaucoup d'élèves se protègent du froid avec une écharpe de laine, on imagine volontiers les gros pull-overs sous les vestes et les manteaux, et remarquons les branches nues des arbres. Au premier rang, un élève protège ses avants-bras du froid avec d'épais manchons en laine.

C'est l'hiver, peut-être en novembre ou décembre 1945.  

Presque tous ces jeunes gens sourient sauf celui du premier rang à droite sur la photo. Il est sérieux, presque triste, pourquoi ? La fin de la guerre apporte un soulagement que l'on veut croire général. Aucun ne risquera sa vie sur un champ de bataille, du moins le croit-on encore, cette guerre affreuse, dit-on, trop affreuse, sera évidemment la "der des ders". Sourient-ils à un avenir qu'ils rêvent serein ?

J'ignore en quoi les années de guerre et de l'occupation nazie ont pu marquer ces jeunes et leurs familles, les pères absents, tués à la guerre, prisonniers, déportés, ou ayant échappé à ce maelström en restant à Laon, dans quelles conditions, attentistes, pétainistes, collaborateurs, résistants, j'ignore qui fut visé par les lois répressives de Vichy et les difficultés de la vie quotidienne, j'ignore le sort des épouses, des familles, l'épuration. Je constate seulement que presque tous ces élèves expriment un sentiment de sérénité joyeuse.

La guerre est finie, et les difficulté d'approvisionnement subsistent. Jusqu'en 1949, beaucoup de produits de nécessité ne pouvaient s'acheter qu'avec des tickets de rationnement. Les tenues vestimentaires en témoignent : près de dix blousons en feutre ressemblent à des vestes militaires. Regardez les chaussures du jeune professeur de mathèmatiques, assis au milieu du premier rang : fabrication de guerre, avec sa semelle en bois épais, à bout carré. Il semble que deux élèves du premier rang portent aussi des chaussures à semelles de bois. Et celui qui a des bottes ? Avec une semelle de bois ? Je vous laisse vérifier.

La mode dure, et la nécessité fait loi. Plusieurs élèves portent ces pantalons "de golf" qui furent aussi appréciés que portés depuis le milieu des années 1920. Ils sont larges et concortables... et parfois beaucoup trop longs - voyez les deux élèves assis au premier rang, à droite. Je pense que ces vêtements étaient ceux de leurs pères, d'autant que les tenues sont hétéroclites. Le jeune professeur est peut-être le seul dont le pantalon et la veste ont été taillés dans le même tissu.

Je repère trois vestons au second rang, un croisé et deux droit. La forme des cols donnerait une chronologie à un historien du vêtement. J'admire le veston droit du jeune à lunettes, avec les longues pointes du rabas et la taille ceintrée. Veste de smoking ? ayant été portée par son père ?

Je note un dernier point. La semelle des chaussures est très relevée sous les orteils, comme le prescrivait un usage pérenne. Depuis quand ? Aujourd'hui, toutes les chaussures à notre disposition sont sur semelles plates, ce qui implique un contact au sol et une façon de marcher différents.

La photo ci-dessous représente trois formes en bois pour chaussures de femme. Elles furent utilisées par M. Loutrain, cordonnier à Sainte-Foy dans les petites années 1900, près du marché aux cochons, boulevard du commandant Jouhaneau-Lareignère, comme on disait alors. La même partie de la semelle est très relevée.    

En conclusion : j'ai montré cette photo à des amis. 45-46, il doit y avoir des gens photographiés encore en vie. Aidez-moi à prendre contact avec eux !

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