Le pays foyen

17 septembre 2018

bloc-notes, 17 septembre 2018. Bébés, Société linnéenne de Bordeaux, temple maçonnique de Ste-Foy, Elie Faure et Juliette Gréco.

 

so dim 16 oct 18

Sud-Ouest, dimanche 16 septembre 2018. Titre de la une : "pourquoi fait-on moins de bébés ?". jadis, un premier ministre, Michel Debré, conseilla de faire des enfants sur une grande échelle. Notre homme défendait une politique nataliste traditionnelle dans une France qui éclata de rire, rares étant les équilibristes.

Pages 12 et 13 : "Société linnéenne : 200 ans de naturalisme". Ce qui veut dire que la société linnéenne de Bordeaux fête ses 200 ans. Elle s'occupe de géologie, préhistoire, botanique, mycologie, entomologie et zoologie. C'est la plus ancienne société savante de cette nature en France.

Elle eut une grande influence sur des chercheurs locaux : Dublange, Conil, Morin et Cayre en particulier. Philippe Henriot, le ministre de l'information du maréchal Pétain, fut aussi un remarquable entomologue et publia des articles dans la Revue linnéenne de Bordeaux. Il habitait le chateau de Picon à Eynesse, où il conservait ses collections d'insectes. Après la mort de sa veuve, elles furent données par ses héritiers à un musée. Sa fille Marguerite (Mimi...) m'avait dit qu'il s'agissait d'un musée allemand, en France, aucun musée n'ayant voulu recevoir des insectes collectés par Philippe Henriot. 

L'article cite Renaud Paulian et Jean-Baptiste Aymen. J'ai connu le recteur Paulian, spécialiste des scarabées, savant et notable. Longtemps, il habita à Port-Ste-Foy.

Jean-Baptiste Aymen fut médecin à Castillon au 18e siècle. Il en fut aussi le maire. Ce physiocrate entretint une correspondance avec de nombreux savants dont le naturaliste suédois Linné. Aymen, un personnage étonnant. Il tenta d'améliorer la rentabilité des productions agricoles et dans ses propriétés, il fit des expériences. Il avait constitué un herbier qui fit l'admiration de ses contemporains. Un jour, il profita de ses relations pour faire venir un tout petit baobab d'Afrique. Je ne sais toujours pas comment on peut mettre un tout petit baobab dans un herbier entre deux pages de papier pelure. J'avais fait l'inventaire de sa bibliothèque. Il y avait beaucoup d'ouvrages de médecine, parfois anciens. 

Il y a quelques lunes, Patrick Dauphin enseigna les sciences nat' au lycée de Ste-Foy. J'appris un jour qu'il fut le plus jeune agrégé de France dans cette matière. Puis, il quitta Ste-Foy pour Bordeaux, il présida la société linnéenne. Il participe toujours à ses activités.  

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Passons à la maquette d'un temple maçonnique idéal, exposée dans les locaux de la loge maçonnique foyenne.

 Avant de la décrire, je l'ai comparée au tapis de loge du 18ème siècle. Le tapis présente plus d'outils du maçon que la maquette. Je vois deux autres différences : les pointes du croissant de lune dans des directions opposées. Et aussi, l'absence de pierre brute tout devant, à gauche, alors qu'à droite se trouve la pierre taillée, comme sur le tableau. 

Maintenant, comment décrire la maquette, comment transformer cet objet en mots ? J'ai essayé de le faire en utilisant des termes appropriés. Google a frôlé la surchauffe parce qu'on y trouve tout. Je tape le nom de ce que je vois, j'ajoute "en franc-maçonnerie" et ça marche. Exemple : carrelage en franc-maçonnerie = pavé mosaïque. Des textes vous entraînent dans le symbolisme maçonnique. 

Quel est l'intérêt de transformer en mots cette maquette ? Ou si vous préferez, pourquoi la décrire ? Je la regarde, je l'apprécie, les expressions ne manquent pas. On peut la couver des yeux, etc. et pourqoi ne pas la juger (à quel titre demandera-t-on en se rappelant le conseil d'Apelle de Cos : "cordonnier, pas plus haut que la sandale").

La décrivant, je transforme un premier contact visuel, sensitif et pourquoi pas affectif en mots, supports d'idées, de concepts, de sentiments mémorisés. En même temps que se fait la conceptualisation, l'image de la maquette se conserve et s'enrichit. Chacun de nous suivra ces arcanes à sa façon. L'un intègre la maquette à ses notes de faculté, l'autre l'enrobe de souvenirs affectifs, tout arrive en son temps avec plus ou moins de force.

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J'aime que la pierre brute manque à la maquette. Y a-t-elle d'ailleurs jamais été ? Probablement, ou alors, le maquettiste, sentant sa mort venir aura voulu exprimer la plénitude de son être en ne posant que la pierre taillée. BIen prétentieux, comme démarche. Je demanderai à revoir cette maquette.

Il faut que j'en finisse avec elle. J'ai revu cette photo. Le temple idéal est sur une esplanade à trois degrés. Nouvelles recherches sur le net... Je suis dans le bleu... Passionnant, et conclusion provisoire : il ne pouvait pas ne pas y avoir de pierre brute.

Laissons l'empathie, n'allons pas relire Bachelard sur notre façon de créer des images (je pense à "La poétique de l'espace"). Je retiens le passage de la pierre brute à la pierre taillée, les allers-retours incessants entre une connaissance exotérique et un savoir ésotérique, entre l'appréhension sensitive et corrélative de ce que nous percevons et son organisation logique et déductive.

Je crois que chacun fonctionne ainsi, avec plus ou moins de pertinence, d'équilibre et de justesse, en toute lucidité ou pas. Les historiens, les artisans, les intellectuels, tous. On en tirera un canevas pour comprendre l'autre, si l'on veut. 

Ouargph ! Avec tout ça, je n'ai pas décrit la maquette...

Ronsard écrivait : "J'ai l'esprit tout ennuyé / D'avoir trop étudié / Les Phénomènes d'Arate. / Il est temps que je m'ébatte". Je suis ce conseil en vous parlant d'Elie Faure et de Juliette Gréco. 

Elie Faure adorait les femmes, m'avait dit un jour son fils Jean-Pierre. Il me racontait l'histoire de ce texte superbe de son père, "J'étais là, telle chose m'advint".

Dès sa création, en 1932, Elie Faure avait adhéré à "L'association des artistes et écrivains révolutionnaires". Est-ce dans ce cadre que Maxime Gorki avait proposé à une pléiade d'écrivains de décrire leur journée du 15 septembre suivant ? -la date précise m'échappe et je n'en sais rien parce que j'ai oublié.

Elie Faure répondit à la demande de Gorki et rédigea ce texte admirable. Prenant pour titre un vers de Jean de la Fontaine, il décrit sa journée de toubib, amputation d'un sein, visites à son dispensaire, etc. En fin de journée, il entre dans une parfumerie, à Paris, et y achète un blaireau. 

Jean-Pierre Faure m'avait dit que son père avait offert la boutique en question à sa maîtresse qui était la maman de Juliette Gréco. La petite Juliette raconta dans un livre de souvenirs que, dans sa prime enfance, Elie Faure la faisait sauter sur ses genoux. Tapez ces deux noms dans google, "Elie Faure Juliette Gréco" et vous verrez que la chanteuse n'a jamais oublié oncle Elie (Lili était le surnom que ses intimes donnérent à Elie Faure sa vie durant).

Dans vos recherches sur le net, peut-être rencontrerez-vous Hélène Duc. Je vous parlerai un jour de cette grande actrice originaire de Bergerac. Elle tint un rôle considérable dans la vie de Juliette Gréco.                         

 

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13 septembre 2018

Deux éducateurs de rue à Ste-Foy et Pineuilh.

Le conseil général de la Gironde vient de créer deux postes d'éducateurs de rue pour Pineuilh et Sainte-Foy la Grande.

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Tout arrive, direz-vous ! Vers 1985, deux éducateurs de l'institution de Cadillac et de son annexe foyenne présentèrent un projet d'éducateurs de rue à la municipalité foyenne. Il s'agissait de Mme Dal Ben et de M. Carissan. Je faisais partie du conseil municipal avec M. Lart, maire, et MM. Maumont et Provain qui furent maires après lui. M. Lart repoussa le projet sans discussion. Il déclara que rien ne justifiait ce projet.

Je n'ouvre pas un débat sur cette période. Ce refus marqua les mentalités.

Dans les petites années 2000, M. Provain, maire, s'opposa au projet de M. Haffner, initiateur de l'Epicerie Solidaire. Croix-Rouge, Restaurant du Coeur, Entr'aide protestante suffisaient à soulager la misère régnant à Ste-Foy. Il fallait la cacher au profit du maître-mot de ces décénies : l'embellissement de notre bastide. 

C'est bien connu, il y a parfois un goufre entre l'être et le paraître.

 

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06 septembre 2018

La fête mariale du 15 août 1951 à Pineuilh

Je remercie M. Cicot et M. Julien Reynal qui m'ont apporté les éléments de cet article : des photos de Paul Martin et un texte de Maria Casarès. François Plat a scanné les photos, je le remercie.

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Paul Martin fut photographe à Sainte-Foy la Grande.

Maria Casarès fut une immense actrice de théâtre. Elle se lia d'amitié avec le comédien Pierre Reynal qu'elle avait connu à Paris, fin 1945 : tous deux jouèrent dans les Frères Karamazov adapté de Dostoïevski par Jacques Copeau et Jean Croué ; à l'affiche, Michel Auclair, Jacques Dufilho, Jean Davy, Michel Vitold, Paul Oettly. Pierre Reynal, qui deviendra l'ami le plus proche de Maria Casarès était né à Sainte-Foy, rue Victor Hugo. 

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Maria Casarès séjourna souvent à Ste-Foy chez les parents de Pierre, M. et Mme Merveilleau - Pierre avait pris pour nom de théâtre celui de sa mère. C'est ainsi qu'elle fit la connaissance de Paul Martin et de son épouse Jeannette. 

39826438_p   Jeannette Martin et Maria Casarès photographiées par Paul Martin.

Albert Camus fut le grand amour de Casarès. Quand il vint retrouver Maria à Sainte-Foy, il rendit visite aux Martin. Il en reste cette photo faite dans l'appartement des Martin, au dessus du magasin de Paul, rue de la République - photo provenant du site de Paul, Vidareps.

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Une autre fois, je vous raconterai l'histoire des dizaines de milliers de photos faites et conservées par Paul Martin. Il me reste à recopier le texte de Maria Casarès sur la fête mariale de Pineuilh le 15 août 1951, à laquelle elle avait assisté. Dans la colonne de droite, regardez les photos de cette fête.

Le nom de l'album : Fête mariale à Pineuilh, 15 août 1951.

Lettre de Maria Casarès à Albert Camus, vendredi 17 (août 1951) matin 

"Mon cher amour,

J'ai reçu hier ta lettre de dimanche, et hier seulement, avant de partir de Ste-Foy ; mais le télégramme est arrivé le 15 au matin. Tout cela était bien doux et je dois dire que les parents de Pierre [Reynal] se sont arrangés pour me faire passer un jour de Marie bien savoureux.

 

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Nous étions arrivés à la maison tous ensemble dans la voiture des Martin, à l'heure du déjeuner, et à partir de ce moment, tout est devenu délicieux sauf l'humeur de Pierre qui a eu une crise de chagrin dont l'origine nous est restée inconnue (je crois qu'il fait un peu de neurasthénie à en juger par les angoisses qu'il éprouve au moment du coucher du soleil). Le soir nous avons diné, le triton et moi chez les Martin, mais trop fatiguée, je n'ai pas pu jouir de leur numéro étonnant. Quel couple insensé !

Le lendemain, ce sont eux qui sont venus passer la journée avec nous, et nous avons fêté ensemble la Vierge et les deux Maries du foyer : Mme Merveilleau et moi. Nous avons "boulotté" (expression de Paul Martin) si copieusement que nous avons eu le soir deux malades, notre hôte et Jeannette Martin, mais cela ne nous a pas empêché d'assister au "mystère" joué au bas d'une colline et de suivre la procession cierge à la main.

Procession de Pineuilh 1951 17

J'ai bien regretté que tu ne puisses pas voir ce spectacle. La représentation sous un beau ciel d'été coupé par des éclairs de chaleur, rayonnant de pleine lune, était merveilleusement émouvante. Seul Dullin, à Paris, aurait pu trouver le génie des couleurs qu'il y avait dans un décor monté avec rien ; et les nombreux amateurs qui incarnaient les personnages de l'évangile valaient par leur innocence et leur sobriété bien de belles distributions parisiennes.

A la fin, au moment du couronnement de Marie, les chants se sont élevés, et la foule, debout, s'est ébranlée. Quatre mille cierges se sont

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allumés et le défilé a commencé vers la croix de lumière érigée sur la colline.

Nous avons monté un chemin sinueux, en rang serré, dessinant sur le fond sombre des prairies un ver luisant immense et ondulé, et nous avons chanté indéfiniment

"Ave, ave, Maria", cierge à la main.

Mais la fin ne couronnait pas les moyens. Cette foule dense méritait dans sa folie concentrée de boire là-haut le sang d'une victime sacrifiée, pour finir en apothéose. Au lieu de cela, un curé, qui aurait dû se faire inscrire au parti communiste, n'a pas cessé de nous insulter pour nous convaincre que nous ne méritons pas les bienfaits de Dieu. 

Heureusement, le prêche a été court ; je commençais à me révolter.

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A gauche, l'abbé Brunet.

Après le crédo, on s'est dispersé et là, la démence a pris les lieux. Plus de chemins, plus de chants, plus de

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respect et vive la joie ! La foule, jusque là ligotée, s'écroulait le long de la colline, bousculante, déchaînée, hurlante. Partout des courses, des halètements, des glissades, des rires, des cris, de sourds frémissements. Les cierges brûlaient les abat-jour en papier qui les protégeaient et dans la nuit soudain orageuse et noire des mains se perdaient. C'était un oui universel et je me suis demandé si à cette heure, le curé pensait toujours que tout ce monde reconnaissant ne méritait pas Dieu.

Nous sommes rentrés et hier, nous avons pris le train puis la Micheline pour revenir à Lacanau.

...

 

Pierre Bernède et son épouse

Je t'envoie des photos de la mère poule ; mais je garde pour ton arrivée toutes celles que Paul Martin a faites, très belles, tu verras".

Albert Camus, Maria Casarès, Correspondance, 1944-1959, Gallimard, 2017.

Photos : Pierre Reynal, surnommé le Triton. Et quatre photos de la fête mariale du 15 août 1951 à Pineuilh, faites par Paul Martin.

 

 

 

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04 septembre 2018

Repas des chasseurs de Ligueux, 2 septembre 2018

Il était organisé par Amédée Marvy avec une équipe de bénévoles. J'ai fait plein de photos.

DSCF8158Une fois éliminées celles qui ne me convenaient pas, il en reste 200 environ, et je vous en présente 33 dans l'album.

Venez avec une clé USB pour les récupérer !

 

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16 août 2018

Quand Florent Boudié fait dans le populisme

Lundi 13 août 2018, 12 h., France info. Le journaliste parle de l’Aquarius et donne la parole à un élu qu'il présente, "M. Florent Boudié, député La République En Marche".

M. Boudié explique que ce n’est pas à la France de régler le problème posé par les migrants recueillis par le bateau, mais à l’Europe. Pour lui, la conclusion s’impose : pas question que la France laisse accoster ce bateau dans un de ses ports.

M. Boudié flatte l’électorat populiste. M. Boudié a voté les lois qui privent les petites gens de sous voire de travail. Il a voté les lois faisant des cadeaux somptueux aux très riches. Dans sa déclaration à France Info, M. Boudié cajole les petites gens qu'il ponctionnait hier.

Les non-dit de Florent Boudié :

Le bateau transporte 141 migrants. La France compte 66,9 millions d’habitants. Il ne le dit pas.

La France se veut le pays des Droits de l’Homme. Il ne le dit pas.

Le journaliste a présenté M. Boudié comme député de La République En Marche. M. Boudié est aussi conseiller régional appartenant au groupe Socialiste. Il ne le dit pas. Le 25 juillet 2018, M. le député Florent Boudié déclarait à la tribune de l'Assemblée Nationale : "Nous devons tout à la vérité, nous ne devons rien à la politique politicienne".

Dans l'après-midi, M. Le Drian, minitre de l'Europe et des Affaires étrangères annonce sur France Info qu'il n'y a plus de problème posé par l'Aquarius, grace au travail constant qu'il a mené avec ses services. Plusieurs pays d'Europe accueilleront des migrants de l'Aquarius, dont la France, qui en accueillera 60.

                                                                                                       Jean Vircoulon

 

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15 août 2018

Les tondues de Sainte-Foy dans l'été 1944

A Sainte-Foy la Grande, au moment de la Libération, sept femmes et un jeune homme furent tondus. 

Ce sont les chiffres dont je dispose pour le moment. Je vais vous en parler sans dire de noms : ni ceux des tondus ni ceux des "coiffeurs".

En 1945, Jean Corriger publia un ouvrage, "La libération de Sainte-Foy", placé "sous les auspices du Comité de Libération de Sainte-Foy-la-Grande". Bergeret, qui dirigea la résistance de la Dordogne Sud, écrivit dans la préface : "Il sera donc très difficile à l'historien futur d'établir une synthèse véridique et harmonieuse des événements qui traversent notre récent passé. Encore faudra-t-il qu'il possède les éléments d'information nécessaires à cette synthèse. C'est en partie dans l'histoire locale qu'il puisera ses informations. Je souhaite qu'il trouve dans chaque petite patrie un chroniqueur aussi net et aussi scrupuleux que M. Corriger".

L'ouvrage ne signale pas qu’il y eut des personnes tondues à Ste-Foy et peut-être aussi, en pays foyen.

L’ouvrage de Jean Corriger avait pour but de parler de la Résistance à Ste-Foy et de la présenter sous son meilleur aspect : il fallait retrouver la convivialité traditionnelle qui avait été malmenée et brisée par tant d’événements depuis l’entrée en guerre de la France.

« Un vent de fureur et de haine » souffla pendant les phases de la Libération, nota un Foyen. J’ignore si cette formule lui fut inspirée par le fameux « discours du vent mauvais » que Pétain prononça le 12 août 1941. La tonte de 8 personnes, à Sainte-Foy, illustre ce vent de fureur et de haine.

Mes sources d'information sont des témoignages de foyens écrits à l'époque, des journaux et revues datant du second semestre 1944, et des entretiens.

A Sainte-Foy, les raisons de l'arrestation des personnes tondues et surtout de leur humiliation publique ne tiennent pas devant de nouvelles informations.

Ouvrons le dossier.

1 - Les femmes.

Ce sont : une commerçante foyenne et sa fille âgée d'une vingtaine d'années. Quatre jeunes filles et une foyenne aisée sans profession.

L'affaire commença le 11 août 1944 par l'arrestation du mari de la commerçante : "M. Trucmuche, amené de son domicile dans la rue a été molesté et giflé par des F.T.P. F.I.".

Notre témoin définit ainsi ce groupe de résistants : "...Si réellement ce groupe (le nom est groupe Bellanger) s'est formé pour combattre les Boches qu'il aille là où il y a des Allemands. Bergerac qui n'est pas très éloigné de Sigoulès est occupé depuis longtemps pas les Allemands ; la place du groupe Bellanger semble être toute indiquée autour de Bergerac plutôt qu'à Sainte-Foy où il n'y a pas un seul Boche. Mais ! ces salopards de maquisards évitent les endroits où il peut y avoir du danger. Le groupe Bellanger, commandant Annic est composé des gens des localités de Sigoulès, Villeneuve-de-Duras, Saussignac".

Dans la nuit, des résistants revinrent s'emparer du commerçant, de sa femme et de leur fille. Ils furent amenés sur le trottoir, devant la devanture de leur commerce. "Un des résistants tenait une mitraillette. Un type criait : -Tue-les, Tue-les ! C'était affreux. Il ne l'a pas fait. Ils ont coupé les cheveux aux femmes. Le lendemain, dans son commerce, la mère était au travail. Elle avait mis un fichu sur sa tête, d'où dépassaient des cheveux mis en accroche-coeur : elle avait ramassé des mèches. Je la revois, c'était une petite femme, elle avait une grande gueule. Elle admirait Pétain et elle le disait à voix forte. Son mari était antisémite, mais pendant la rafle des Juifs, une semaine avant la tonte, environ, il était allé avertir les Juifs de son quartier. Il leur avait dit de se cacher. Comme quoi...".

Le témoin de la tonte de Mme Trucmuche et de sa fille ajoute : "Quand il y a eu la rafle des juifs, au début du mois d'août, les "coiffeurs" s'étaient cachés. On les a pas vus, eux "!

Dans le journal quotidien de notre témoin : "dimanche 13 août, d'après des informations non contrôlables, une commerçante, sa fille et une autre demoiselle auraient reçu la visite des jeunes maquisards qui leur auraient coupé et rasé tous les cheveux. 

Curieuse formulation : trois femmes tondues publiquement, en quoi est-ce une information incontrôlable ? Pourquoi un verbe au conditionnel ? Un cas de foyenne tondue en donne certainement l'explication : "trois résistants ont arrêté une jeune fille et l'ont maltraitée jusqu'à lui couper les cheveux et les poils cachés".

Le mémorialiste foyen mentionne cinq jeunes "coiffeurs" qui appartenaient au groupe Bellanger (FTP) qu'il définit ironiquement ainsi, le mardi 15 août : "Des braves soldats de la "Dissidence" du groupe Bellanger composés en majeure partie par des communistes de la région de Sigoulès, de Monestier, de Villeneuve de Duras, Margueron".

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Ce dimanche 13 août, note le mémorialiste, "vers 20 heures une voiture et un groupe de FTP FI a obligé à se promener à travers les rues de la ville une femme mal vêtue et la tête entièrement rasée portant sur la poitrine un écriteau indiquant qu'elle s'était rendue coupable et cause de l'arrestation de M. Blondel. Excités par des maquisards, les enfants l'insultaient. Quelques hors la loi, des faillis, banqueroutiers applaudissaient. Les communistes et les frères trois points ricanaient. Car pour tous ces badauds, la femme que l'on accablait d'injures et que des voyous arrosaient de seaux d'eau au passage, était domiciliée à Saint-André (fille pieuse et honnête). En écrivant ces lignes, nous n'avons aucun parti pris. Nous constatons un fait sans même essayer d'innocenter une femme si toutefois elle est coupable, ni de plaider en sa faveur. Mais à voir les figures réjouies de ceux qui l'accablent, nous nous demandons si cette jeune fille, c'est vraiment à cause de l'arrestation de Mr Blondel qu'on l'a condamnée. Il faudrait plutôt y voir une autre raison : consultez la liste des personnes arrêtées ainsi que celle des personnes dont les maisons ont été pillées : vous n'y trouverez aucun communiste, aucun Radicaux trois points, aucun S. F. I. O.. Les loups hurlent mais ne se mangent pas entre eux". - Jean Blondel était maire de St-André et Appelles.

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En 1945, le dénonciateur de Jean Blondel fut arrêté. Il avoua et fut jugé à Bordeaux. Sud-Ouest consacra un article à son jugement, dans lequel on apprenait son nom, son origine, les raisons de sa dénonciation et sa condamnation. Il y a une dizaine d'années, j'avais retrouvé ses aveux signés. La jeune femme tondue jadis parce que "coupable et cause de l'arrestation de M. Blaondel" était morte depuis 6 mois. Sa vie avait été marquée par l'humiliation publique, injuste et imméritée d'août 1944.

Plusieurs personnes m'ont signalé le cas d'une foyenne aisée, elle aussi tondue, parce que son fils s'était engagé dans la L. V. F., la Légion des Volontaires Français contre le bolchévisme. Je ne sais pas ce qu'est devenu le fils.

Ces six femmes furent tondues quatre jours environ avant le départ définitif des soldats allemands passant par le pays foyen. Une subit l'épreuve dans sa totalité : la tonte, "la promenade" en ville et le bain forcé ("la femme que l'on accablait d'injures et que des voyous arrosaient de seaux d'eau...").

A partir du 17 août, on se rendit compte qu'il n'y eut plus d'uniforme allemand à Sainte-Foy. Ce fut appelé la Libération de Ste-Foy. Le 24 août, une autre jenue fille subit toutes les épreuves qui accompagnaient la tonte : "Mademoiselle Machinchose, belle-sœur d'un milicien foyen, à qui on avait coupé les cheveux quelques jours auparavant, a été obligée d'assister à l'abandon de ses cheveux au milieu de la chaussée où les gens les ont piétinés. La jeune femme exposée place de la mairie vient de Vélines à pieds ; elle est trop légèrement vêtue pour être exhibée devant des enfants. On lui a fait prendre un bain forcé dans la rivière, puis on lui fit parcourir de force certaines rues. Un jeune résistant s'est signalé par ses brutalités envers une malheureuse". C’est le second cas d’humiliation totale qui intervint après la Libération de Ste-Foy.  

e jeudi 24 août, le mémorialiste foyen nota : à Bergerac, "après le départ des Allemands, les maquis prirent possession de la ville et les vexations et arrestations des civils commencèrent. Femmes têtes rasées (qui aurait pensé qu'il y avait beaucoup de perruquiers et de tondeurs parmi le maquis), femmes têtes rasées promenées à travers la ville : seaux d'eau, crachats, bousculades, etc., etc.).

A Bordeaux, la "promenade" d'après tonte eut une autre ampleur : les victimes nues furent précipitées dans la Garonne et qu'importe si elles se noyèrent : c'était des "collaboratrices horizontales" (cf. Sud-Ouest, n° 1, 29 août 1944).  

Deux personnes m'ont dit qu'à Monpazier, une jeune fille fut bouillie vive jusqu'à ce que mort s'ensuive (je n'ai pas vérifié cette information).

Samedi 9 septembre 1944. "4 policiers sont partis dans l'auto de Machin pour aller à Gensac couper les cheveux à une femme et arrêter un homme. Truc et son neveu sont parmi l'équipe".

Le 13 septembre suivant, notre témoin apporte des précisions : « A 11 heures le fils Duchmol de Pineuilh a été enlevé. A 14 heures, une jeune femme de 22 ans (inconnue) a été arrêtée, enlevée de chez elle sans nourriture ni vêtements chauds. Un résistant la fit conduire pour l'interrogatoire à la mairie. Pris de compassion, 2 policiers de l'ex-gendarmerie (foyenne) lui donnèrent un morceau de pain et une bille de chocolat. Dans la matinée, 4 femmes (région de Gensac) auraient été arrêtées pour l'opération de la coupe des cheveux".

Vendredi 15 septembre 1944. "Hier après un interrogatoire, le sieur Duchmol de Pineuilh a été relâché. 

Samedi 23 septembre 1944. "Le fils Duchmol de Pineuilh a été de nouveau arrêté. Soupçonné de colporter des lettres de l’épouse d’un présumé collaborateur à son mari, il a été jugé et condamné à avoir la tête rasée à l'exception d'une grande mèche de cheveux laissée dans le milieu de la tête. Défense lui a été faite de mettre un couvre-chef ; il doit être constamment tête nue ».

La raison de la tonte est fallacieuse. Le jeune homme, prétendait-on, était homosexuel, ce qui suffisait à le désigner à la vindicte très morale, à l’époque, de la population. Beaucoup d'hommes appartenant surtout au peuple, affirmaient la suprématie virile sur les femmes.

Conclusions :

Etablir un canevas expliquant les raisons de la tonte :

-      Les amoureuses d’un soldat allemand.

-      Les collaboratrices horizontales, dénonciatrices…

-      Les vengeances personnelles.

-      Des enjeux de pouvoir politique.

-      Pour une catégorie d'hommes, affirmer qu'ils ont tous les droits sur les femmes.

Les deux images ont été prises sur le net

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25 juillet 2018

Une école normale d'institutrice à Ste-Foy au 19ème siècle

En 1818, Madame Dupuy créa une école protestante pour jeunes filles. L’école était gratuite pour les indigentes. Le succès fut immédiat. La pédagogie était de type mutuel : les meilleures élèves étaient associées à l’enseignement et aidaient les enseignantes à s’occuper de leurs condisciples plus jeunes. 

 ecole-enseignemant-mutuel-2  image copiée sur le net.

 Wikipedia décrit le fonctionnement de ces institutions :

"Dans l’école mutuelle, l'organisation est totalement différente des méthodes d'enseignement simultané qui prévalaient alors : un seul maître est nécessaire pour faire fonctionner une école jusqu'aux limites d'ordre architectural concernant la capacité d'accueil du bâtiment (jusqu'à plus de 800 élèves). Ce système peut fonctionner à plusieurs étages, avec des moniteurs généraux, des moniteurs intermédiaires etc., jusqu'au niveau le plus bas des élèves débutants, tout le monde apprenant à son niveau et enseignant au niveau inférieur. Ainsi «Un enfant y trouve par définition toujours une place qui correspond à son niveau… Les moniteurs ne sont que provisoirement les premiers dans le précédent exercice de la même matière, et non pas les meilleurs élèves ou les plus âgés comme il sera de règle par la suite.

Le maître unique, juché sur son pupitre commande toute cette organisation, les élèves étant installés sur de longs pupitres mobiles, organisés en configuration variables suivant les matières et les groupes de niveau. La méthode introduit une innovation capitale : l'apprentissage concomitant de la lecture et de l'écriture, et fait appel à des outils pédagogiques encore peu usités, comme l'ardoise qui économise le papier ou les tableaux muraux autour desquels les groupes font cercle au moment prescrit.

Cette pédagogie active et coopérative fonctionne assez bien et permet d'apprendre à lire et à écrire en deux ans, au lieu des cinq ou six ans requis dans l'enseignement reposant sur la méthode en usage jusqu'alors".

Parler de discipline est peut-être anachronique parce que l'enfant était considéré comme un petit adulte et devait se tenir; il devait "obéir au doigt et à l'oeil". Aujourd'hui, qui connait cette expression, qui l'utilise encore ? Elle sera bientôt un archaïsme. Elle a pourtant son origine dans la discipline stricte des écoles mlutuelles.

L’école de Mme Dupuy fut l’une des premières, en Gironde, à pratiquer cette pédagogie d’un modernisme étonnant pour l’époque.

A partir des années 1830, les écoles se multiplièrent à Sainte-Foy. Le consistoire protestant et la fabrique catholique s'implantaient dans des terres neuves avec une ardeur que l'on n'imagine pas. Leur antagonisme habituel se doublait d'une stimulation renouvelée à chaque création d'écoles. Il y a quelques décennies, j'avais sauvé de la poubelle les écrits d'un diacre de la paroisse protestante, vers 1830 ; il disait la gnaque confessionnelle des uns et des autres pour occuper le terrain scolaire. De cette ambiance, je retiens trois éléments :

1 - La précarité des écoles. Souvent, elles ne comprenaient qu'une salle de classe, avec l'enseignant et peu d'élèves de même niveau ; avec plusieurs niveaux d'élèves, il s'agissait de classes surchargées et l'enseignant pratiquait la méthode simultanée. 

2 - La création d'institutions scolaires comprenant plusieurs classes avec comme exemples le collège protestant et l'école Anglade (catholique).

3 - La mise en oeuvre par les protestants de l'enseignement mutuel (le fameux enseignement lancastérien), avec les cas des écoles Dupuy (pour filles) et Mestre (pour garçons).  

Pour tous, ce fut le succès. Ainsi, en 1841, quelques jours après sa création, l’école des frères de la Doctrine Chrétienne comptait environ deux cents élèves. Une mutation sociale importante s’opérerait : à l’intégration sociale des enfants par le travail, en famille ou en apprentissage, s'ajoutait celle qu'apportait la scolarisation.

En 1828, l’école Dupuy devint une école formant des institutrices. Jusqu’à sa fermeture, vers 1883 elle fut « une pépinière d’institutrices ». Des jeunes filles venaient de l'Europe occidentale. Une jeune parente d'Aristide Boucicaut donne l'exemple de ces demoiselles de familles aisées voire riches qui passèrent leur scolarité à Ste-Foy dans cette pépinière d'institutrices.

 

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Dans l'album d'Adelaïde Baylet, commencé le 1er juillet 1876.

Madame Dupuy et Madame Delhorbe, qui lui succéda, répondaient aux demandes de tels pasteurs et plaçaient les institutrices qu'elles avaient formées en France (Provence, Alpes, régions de Bordeaux, Montauban, Stasbourg, etc.), et dans des pays voisins (Angleterre, Belgique, Allemagne, etc.).  

En 1852, Mme Delhorbe prit la direction de l’école. Cette protestante évangélique donna à ses élèves une excellente éducation religieuse. Elle fut en contact avec de nombreux pasteurs et des personnalités du monde protestant, en France, en Suisse, en Allemagne, en Grande Bretagne et aux Etats-Unis. Les élèves venaient de ces pays, de France avant tout, et y trouvaient un poste, munies d'un diplôme d'institutrice. En 1877, Mme Delhorbe estima que son école avait formé près de 500 institutrices.

On garde l’impression que le rayonnement de l’école fut extraordinaire. En particulier, les contacts entretenus par Mme Delhorbe avec les évangéliques suisses incitèrent beaucoup de familles suisses à envoyer leurs filles dans son école. Certaines familles suisse s’installent à Sainte-Foy et dans ses environs.

Mme Delhorbe consacra sa vie à son école. Quand elle fut en âge de prendre sa retraite, les lois Ferry modifiaient la donne scolaire en France. Peut-être que Mme Delhorbe ne put pas s’y adapter. En tous cas, elle ne trouva personne pour lui succéder et cette école, qui fut prestigieuse, ferma vers 1883.

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24 juillet 2018

Le moulin de Taillade à Saint-Quentin de Caplong

Voici une carte postale montrant le moulin de Taillade.

 

taillade

 

Il a été construit sur une butte de terre encerclée par une muraille de pierres bien régulières. Il a encore son toit. L’axe des ailes sortait de la lucarne que l’on voit à gauche du toit. Sur la droite, un madrier sort du toit, à l’horizontale. C’était l’un des supports du timon, cette longue poutre de chêne solidaire de la charpente qui descendait jusqu’au sol et sur laquelle on tirait avec un cabestan pour faire tourner le toit du moulin et mettre les ailes dans le vent.

Devant le moulin, contre la route, c’est la maison du meunier.

Derrière le personnage du premier plan s’ouvre le chemin qui conduit au moulin. Combien de mulets l’ont emprunté, en tirant les carrioles chargées de sacs de blé, puis, en rapportant la farine ?

 

Le moulin n’a plus ses ailes et le timon a été scié et enlevé. Il n’est plus en service quand la photo a été prise.

 

La route est blanche, blanche des caillasses calcaires dont on l’a chargée régulièrement. En pays foyen, on commença à goudronner les routes à partir des années 1930.

 

A droite, des poteaux électriques longent la route. Ils permettent de donner une date approximative à la photo. Le barrage de Tuilières a été édifié sur la Dordogne, en amont de Bergerac, entre 1905 et 1908. Une ligne de 50 000 volts est aussitôt lancée en direction de Bordeaux. Elle passe par  Sainte-Foy la Grande d’où partent des ramifications qui alimentent la vallée et les collines proches.

 

La photo a été prise entre 1910 et 1914.

En 1950, Taillade, les Mauberts et Vergniet ont toujours le même nombre de maisons et abritent respectivement 13, 16 et 2 habitants. 11 personnes habitent aux Saurins et 9 à Cateau.

La densité relative des habitants, à Taillade, est peut-être une survivance des travaux agricoles, avec les vignes et les terres à blé, associées à l’activité du moulin à vent. Les gens portaient leur blé de plusieurs kilomètres à la ronde, trajet qu'ils faisaient à pied, avec leur mulet tirant la carriole, dans un temps raisonnable.

Comme tous les moulins, celui de Taillade était un point de rencontre, de discussions et d’échanges. On appréciait la personnalité, le savoir-faire du meunier, et la qualité de ses services. On pouvait venir de loin pour en profiter.

Le meunier était un personnage important du réseau social. Entre Taillade et les Mauberts, il en est resté la fête annuelle qui s’est tenue jusqu’à la veille de la Seconde Guerre Mondiale.

mauberts

Les cartes de Cassini et de Belleyme ont été tirées à la fin du 18ème siècle et au début du 19ème. Voici le moulin de Taillade représenté par la carte de Cassini. Le sigle représentant le moulin est près de celui qui figure le bourg de Saint-Quentin de Caplong, vers le nord-est. Les petits signes qui ressemblent à des dollars représentent les vignes. On constate qu’elles s’étendent sur le plateau, ici et là. Elles sont entremêlées de terres à blé. Des bois et des haies larges, contenant des ormes, des charmes et d’autres essences d’arbres, coupent le paysage. Des prairies grasses occupent les vallons. On y met les bovins à pacager. Ils tirent la charrue. La puissance animale, la force humaine et celles que fournissent l’eau et le vent sont les quatre énergies utilisées jusque dans les années 1850, jusqu’à l’apparition des moteurs à vapeur.

taillade 2

La carte de Belleyme indique le moulin, au nord-ouest du hameau, à proximités de vignes, d’un grand bois et de terres à blé.

Le moulin de Taillade présente des caractères communs aux moulins à vent du pays foyen : la tour cylindrique élancée, le toit conique très pentu qui déborde des murs qu’il protège et le mécanisme installé à l’étage. La meule dormante repose sur deux poutres en chêne parallèles de 80 cm de côté environ. Le toit est recouvert par un essentage d’ardoise ou de tuiles plates.

 taillade 3

" L’album des cartes routières du canton de Ste-Foy » a été établi vers 1870. Le but de ce document était de figurer les routes et chemins du canton et non d’avoir une valeur fiscale. On voit les trois maisons de Taillade mais le moulin n’est pas représenté : il n’était plus en activité. Les premiers moteurs à explosion apparus en pays foyen firent tourner des minoteries et entrainèrent la ruine des meuniers. Alphonse Daudet a raconté la ruine de Maître Cornille. A Saint-André et Appelles, le meunier des Bérangers, désespéré, cassa le mécanisme de son moulin à coups de masse.  

 coupe 

Il n’existe probablement pas de documents locaux se rapportant à la construction du moulin : jusqu’à la Révolution française, on joignait le geste à la parole et on se mettait au travail sans rédiger d’acte : la parole vaut l'homme ou l'homme ne vaut rien, disait-on encore il y a quelques décennies. Le propriétaire faisait venir la pierre d’une carrière proche. Le charpentier à moulin façonnait le mécanisme et rassemblait les poutres qui seraient utilisées dans la bâtisse. La meule en silex venait d’une carrière proche. Il y avait une carrière dans les falaises de Picon, à Eynesse, une autre dans celles qui dominent le ruisseau du Seignal, à Ligueux. Il en existait d’autres que le temps a enfouies sous la terre et la végétation, et que l’on a oubliées.

Les hameaux et les terres de Taillade et des Mauberts dépendaient jadis de la seigneurie du sieur de Langalerie[1]. En 1633, en effet, le seigneur de Langalerie afferme le moulin[2]. Cependant, le moulin était plus ancien. Sa date précise de construction nous échappe. Mais, comme la plupart des moulins à vent du pays foyen, il a probablement été édifié dans la seconde moitié du 16ème siècle.

Quels ont été ses propriétaires et ses meuniers successifs ? Entre Taillade et les Mauberts, les terres sont riches et avaient attiré des bourgeois de Sainte-Foy. Au début du 17ème siècle, trois anciennes familles foyennes y possèdent une métairie : les Duvergier[3], les Gentillot[4] et les Drilhole[5]. Il est possible qu’une de ces familles ait acheté le moulin au seigneur de Langalerie. C’est une hypothèse à vérifier. En 1874, un M. Bonnaval est le plus gros propriétaire de Taillade. Possède-t-il aussi le moulin ? Il produit 60 hectolitres de blé et 15 tonneaux de vin rouge par an.

Quand aux meuniers, leur histoire est très difficile à esquisser. Souvent, on travaillait dans le moulin de père en fils pendant longtemps, parfois un siècle. Certains ont pu acheter leur instrument de travail, au cours du 18ème siècle. Mais je n’ai trouvé qu’un seul meunier de Taillade, Jean Egulhon (on prononçait Eguillon), fils de feu Pierre, qui est mentionné dans un acte du 7 mars 1615[6].

 

                                                                                                        Jean Vircoulon

 



[1] Arch. dép. Dordogne, 3 E 966.

[2] Arch. dép. Gironde, 3 E 35 535, f° 172.

[3] Arch. dép. Gironde, 9 J 342.

[4] Simon le vieux, des Mauberts, qui épousa ? et eut trois enfants, Simon le jeune, bonnetier, Jean et Zacharie, notaire, qui épousa Anne de la Jonye. Simon fit son testament le 28 février 1626 en faveur de ses frères Pierre, Jean et autre Jean. Arch. Dép. Gironde, 3 E 42 540.

[5] Le 7 avril 1621, obligé pour d. Ph. de Lungs de Symond Syvadon, habitant du village des Mauberts, mestaier en la mestairie des heritiers de feu cappitaine Drilholle,et Jehan Mounier, habitant dudict village des Mauberts, paroisse de Capblanc, et Pierre Javilhe, aussi laboureur et habitant du village du Petit Roc, paroisse de Thoumeyragues, de 19 livres et 20 sous, pour vente de 3 boisseaux et un quart mesture et deux quarts semence, payables à la Madeleine (3 E 20 979, f° 28).

[6] Arch. dép. Gironde, 3 E 35 501, f° 138.

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11 juillet 2018

Un album photos de Jacques Azéma

Azéma 29

L'album est dans la colonne de droite.

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10 juillet 2018

Travail, profit et patrimoine dans l'histoire du pays foyen

Reclusiennes 2018, l'argent … content

Plan de recherches, à terminer et à compléter

 

Le sujet : longue durée, cadre spatial limité (Ste-Foy et son terroir)

Quels furent les rapports entre travail, profit et patrimoine, sont-ils variables, comment mettre en évidence des variations, en fonction de quels paramètres, des crises aux périodes de stabilité...

Mettre en évidence les fluctuations entre le profit apporté par le travail, la valeur de argent et le patrimoine constitué (la notion de "franc constant" est étrangère à cette recherche - et à la réalité historique). Définir la capacité d'épargne et constater l'usage qui en fut fait (train de vie ET accroissement du patrimoine).

Qui fut capable d'épargner ? quand ? Dans quel milieu et avec quelles pratiques professionnelles ?   

Début d'inventaire des éléments disponibles.

Ce qui pose des question passionnantes de méthode : quelles distinctions un historien fera-t-il entre faits et concepts, quelles analogies etablir entre concept et jugement de valeur, etc.

Faut-il éviter ou pas de donner d'une réalité historique une image abstraite sous forme de concept ? Comment ? Le concept fige un état des lieux + ou – partiel au risque d'en faire un archétype, etc.

« Balayage » chronologique, puis repérage thématique ?

A la fin de chaque chapitre, la rubrique "Documents" donne quelques références. Je n'ai pas indiqué de références dans les dépôts d'archives publiques ni dans les fonds d'archives privées.  

 

1 – Les débuts de la bastide 1255 – années 1300 

- Les conditions de la richesse : la Dordogne (la route qui marche, droits de péage, droits de passage en particulier sur le sel) et un vaste terroir (jusqu'à St-Astier de Duras).

- Un atout (d'un point de vue actuel) : beaucoup de terres libres de droits seigneuriaux.

- Bayles nommés et payés de moins en moins par l'administration. Puis, administrateurs achetant cet office de plus en plus cher.

- Testament de Gavaudun.

- Projet de construire un pont avec le produit des revenus du port. Projet sans suite.

Les tarifs du marché à Sainte-Foy fin 14ème (de tête) dans l'Esclapot. 

Recherche à mener : foires rurales (toponymie, le Pré des Echanges à Ligueux, le Marchet à Pineuilh, le Marché à Montcaret, Fondefière à Margueron, cas de la Madeleine des Brandes à Minzac, etc.) et foires « urbaines » (Ste-Foy, des hameaux ?). Production et échanges liés aux activités rurales ==> troc ? Evolution des foires.

Documents : collection Rymer, articles et ouvrages d'Yves Dossat, Marthe Marsac, Marchegay. Divers cartulaires.

 

2 – Renouveau des années 1460.

- Après la bataille de Castillon (1453) : mise en place des conditions de la relance économique. Les migrants. Eléments de vie et de production.

- Droits de péage sur la rivière, droits de passage (exemple de la laine anglaise amenée par route dans la narbonnaise puis, par cabotage, en Italie où elle est lavée, apprêtée, teinte et tissée. Les tissus étaient vendus pendant les foires de Champagne).

- vers 1460, mise en place des rentes (impôts) sur la terre (vers 1620, première augmentation de cet impôt; la seconde intervint vers 1740 et la troisième, vers 1780, fut emportée par la Révolution).

- Stabilité obligée de l'habitat et du travail agricole; et des profits ?

- La dîme, prélevée de nouveau vers 1470, au 11ème du profit. Mais dans quelles conditions ?

- Fin du 16ème siècle, un cas de protectionnisme foyen concernant la production de chaussures. 

Documents : dossiers sur le renouveau économique des années 1453-1480. droits de péage à Lamothe-Montravel (vers 1475). Thèse de Claudine Cordier. 

 

3 – L'exemple des années 1620

- réformation du domaine du roi

- 1ère augmentation de la rente terrienne.

- impositions individuelles et non plus globales ==> premiers terriers individuels

- émergence de familles bourgeoises, leur main-mise dans tous les domaines (économie en particulier) ==> Pierre Rigaud et ses trois fils, E. Fauveau (cf. Arch. dép. Gde, 8 J 689 et 690), avec Bosmorel, l'aperçu des doubles professions (tanneur et marchand de bois en l'occurrence).

- importance nouvelle (?) de la vigne : on plante beaucoup de vignes (les Plantes de Vidal à Pineuilh, à St-Antoine de Breuilh, exemple de Ligueux, exemples d'Etienne Fauveau, de la famille Rigaud, etc.)

- La tentation de l'escroquerie (exemple d'Etienne Goutte, commissaire chargé de la réformation du domaine du roi).

- Etablir la mercuriale du blé depuis 1590.

- Le bail à fief nouveau et le bail à cheptel (afferme d'animaux) illustrent des rapports particuliers entre travail et profit : au bout de 5 ans, le "brassier" (travailleur à bras) qui a reçu une parcelle à défricher, y a planté et fait venir la vigne, devient propriétaire de la moitié de cette parcelle. Celui qui a reçu des animaux en fermage devient propriétaire de la moitié du croît. J'ai repéré ces pratiques dans des actes de notaires passés entre 1590 et 1620. Avant et après, qu'en est-il ? Autant les utiliser comme "fossiles directeurs". 

Une société en mal d'argent - et de nourriture ? Crises frumentaires et argent frais. Les emprunts réguliers, les termes habituels, pourquoi emprunter, vivre pauvre. Qui prête de l'argent ? Contre quoi ? Pas de banque en pays foyen. Mais l'hôpital, de petits nobles et de riches bourgeois. Pour quel intérêt ?

Vente d'un bout de terre pour se libérer d'une dette (Dernier cas noté : 1911). 

Documents : articles et notes perso. sur les contrats de notaires foyens, de 1589 à 1621, meuniers et moulins du pays foyen, terrier de 1621, etc.

 

4 – Le 18ème siècle et la mutation des années 1740.

- périodes de remembrement et d'éparpillement des exploitations.

- commerce du vin (Hollande, Angleterre, nord de la France et de l'Espagne).

- hôtels particuliers (apparition des couloirs).

- le débordement du 7 mars 1783 emporta une maison qui se trouvait en bas de l'actuelle rue V. Hugo. C'était la dernière maison sur le côté droit de la rue, avant la rivière, une petite maison à colombages. Elle contenait 17 barriques de vin blanc que l'eau emporta. Les 17 barriques valaient plus cher que la maison. Autre type de "fossile directeur" ?

Documents : articles perso. sur l'évolution des propriétés à Margueron et St-Avit de Soulèges au 18e siècle, sur les vagues d'urbanisation de Ste-Foy. Livres de raison d'une exploitation agricole de Vélines de 1730 à 1970 environ (quelques manques, fonds J. V.). Notes sur les vins de Ste-Foy et du Pays de Nouvelle Conquête. Ouvrages de Jouanel et Beauroy sur le commerce des vins avec la Hollande.

 

5 – Le 19 ème siècle.

- L'industrialisation n'a pas concerné le pays foyen. Parler de société "pré-industrielle", de passage à "l'industrialisation", n'a pas de sens. 

- Des perspectives fausses et/ou partielles : autosuffisance, autarcie, protectionnisme, immobilité sociale... Pour Fernand Braudel, l'autosuffisance s'accompagne du troc des produits et des services dans un rayon très court. On constate des échanges analogues à Sainte-Foy au début du 17ème siècle. Les écrits qui en témoignent concernent toujours des ventes ou des achats réglés en argent. Le troc avait-il subsisté ? 3 "cercles" d'échanges : le pays foyen (en particulier la juridiction de Ste-Foy), les terroirs proches (en particulier pour le blé) et des zones éloignées où se vendaient les vins. Description de ces 3 "cercles", nature des échanges dans chacun d'eux... D'où vient l'argent frais ?

- Le pays foyen reste rural et reçoit les effets d'une "industrialisation" qui lui est extérieure. Aux quatre sources d'énergie traditionnelles (force humaine, force animale, eau, vent) s'ajoutent trois sources d'énergie nouvelles : force motrice vers 1850 (minoteries, fin des moulins à vent et à eau), gaz vers 1860, électricité à partir de 1908.

- Goudronnage des routes (vers 1860, la première route goudronnée au monde se trouve à Pineuilh), le fil de fer se répand (à partir de 1860) ciment et béton armé (à partir de 1875), le chemin de fer à Ste-Foy (1875, merci à Christian Gindra).

- Vague d'urbanisation, de la crise du phylloxéra à 1910 environ. Cas de la Macchabée à Ste-Foy. Niveau des profits et des salaires. Un prolétariat catholique ? A la campagne ?  

- Caisse d'épargne locale, date de création et histoire ?

- A partir de 1850, des sociétés de secours apparaissent à Ste-Foy et dans ses environs. Elles s'adressent à de petites gens, ayant une faible capacité d'épargne.

- Dater l'apparition des banques à Ste-Foy, toutes étant au départ des banques privées.

- Définir le rythme et la nature des changements à partir de 1850 environ, jusqu'à la vague considérable d'urbanisation à Ste-Foy et dans les "chefs-lieux" des communes (comme on disait alors), de 1870 à 1910 environ.

- Le développement du bénévolat.

Documents :  Carnets de dépenses quotidiennes (seconde moitié 19ème siècle). Recueil des Maires, actes administratifs, etc., mes articles, ouvrages sur l'électrification de la vallée de la Dordogne, sur l'histoire du Crédit mutuel agricole en Gironde, ouvrages donnant les prix faits en maçonnerie, catalogues et tarifs de grilles de balcons en fonte, etc. mes dossiers sur l'usine à gaz, le fil de fer... Articles de Drouin et Goasguen.

 

 6 – La Grande Guerre et ses conséquences.

- Forte augmentation des prix après 1918, arrivée d'une main d'oeuvre italienne. Salaires des ouvriers en baisse (?).

- Impôt sur le revenu. Valeur libératoire de l'or.  

- Les emprunts russes.

- Faillites, concentration 

Documents : article signé de Jouvenel dans la Revue des Deux Mondes (1924), mémoire sur l'arrivée des Italiens en pays foyen. Politique salariale des Ets Grenouilleau.

 

7 – de 1936 aux années 1970 : chant du cygne pour les uns, émergence des autres.

- Je pense que l'occupation allemande, de juin-juillet 1940 à fin août 1944, marque ici "la fin des terroirs", pour reprendre le titre de l'ouvrage célèbre de Weber, dans une ambiance d'antagonisme et/ou d'indifférence entre nantis et précaires.

- Après la libération du pays foyen, la gauche et le pouvoir. 

- Mercantis et profits de guerre.

- Politique salariale du "patronat" local (Ets Grenouilleau, hôpital,...). 

- Les trente glorieuses en pays foyen. Liquidation progressive des patrimoines "importants" (vastes exploitations, châteaux, belles demeures, temples) ==> vers un "éparpillement" ? Les terroirs commencent à se déliter ; à Ste-Foy, la vie de quartier disparait peu à peu avec la propagation de la télévision, l'installation de la première grande surface, etc.

 

Thèmes de recherches :

- passage du secteur primaire (agriculture, pêche...) au secteur tertiaire (reflets "politiques" local des évolutions : physiocrates du 18ème s., penseurs sociaux, économistes... du 19ème, etc.).

- Les doubles professions : gens de rivière et paysans, tuilier-paysan (famille Filet à Monfaucon par exemple), meunier ou boulanger - agriculteur... Cas de Bosmorel au début du 17ème siècle à Ste-Foy. Famille Comme aux Lèves à la fin du 19ème siècle.

- Les crises : famines, épidémies, Réforme, Révolution, guerres, etc.

- Une impression comme hypothèse de travail : des périodes de forte expansion économique : fondation, années 1460, 1620, 1740, fin 19e siècle, qui modifient les rapports entre travail et profit (pour qui ?). Pendant des siècles, du travail pour tous, certes, mais pour quel "salaire" ? Précarité des travailleurs manuels. Moyens volontaires ou pas pour la maintenir.

Plan de recherche, qui veut m'aider sera le bienvenu.  

  

 

 

 

 

 

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