Le Puit des Amours est un quartier de Sainte-Foy. Dans les années 1950, il y avait encore un puits. Quand l'eau courante a fini par arriver sur tous les éviers, on a recouvert le puits.

Cette photographie date des années 1930, peut-être de 1934, d'après Jean-Pierre Puissant. Elle réunit quelques participants à la fête du quartier. Elle m'a été communiqué par Bernard Buty. Je le remercie. Ensuite, ce 21 mai, l'ami Jean-Pierre Puissant passe me dire bonjour et nous parlons du Sainte-Foy de jadis. Il connaît cette photo, il en conserve un exemplaire ! Il me donne le nom de plusieurs personnes photographiées. Je vous les dirai au fur et à mesure. Jean-Pierre, Merci !

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Son père figure sur la photo. C'est le Pierrot noir, avec son chapeau pointu noir. Le voici :

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Le père de Jean-Pierre Puissant, c'est le Pierrot blanc de droite :

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A l'époque, beaucoup de gens étaient musiciens. Il y a le joueur de concertina et le joueur de banjo :

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Je suis arrivé à lire le nom inscrit sur le banjo : "J. Vacher". Emile Vacher, le célèbre accordéoniste, avait un frère virtuose du banjo. Ce Vacher avait dû donner son nom à une marque de banjo.

La photo réunit quelques uns des participants à la fête. Au premier rang, on a aligné les enfants. A l'époque, Sainte-Foy était une ville "jeune", avec beaucoup d'enfants et d'adolescents.

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Avez-vous remarqué ? Aucun des enfant n'est souriant. Ils sont peut-être intimidés ; je crois surtout qu'ils étaient élevès à la dure. Sur ces vieilles photographies, j'ai rarement vu d'enfant sourire. Une petite fille a été joliement déguisée. D'autres enfants ont un beau costume blanc. "Et surtout, ne te salis pas !", leur a dit leur mère en agitant la main pour montrer que la fessée suit la faute. Une fillette et un garçonnet n'ont pas été déguisés. Ces deux-là font la tête.

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Le quatrième à partir de la gauche, ce petit garçon bien sage, c'est "Zouzou" Puissant, le coiffeur qui vient de prendre sa retraite, quand il avait deux ou trois ans !

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Reprenons la photo pour observer la tenue des adultes.

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La plupart des hommes portent un couvre-chef. C'était une pratique commune avant la Grande Guerre. A cette époque, il n'était pas question de sortir dans la rue tête nue. Dans les années 1930, on commença à sortir tête nue. Le port d'un couvre-chef laissa des traces amusantes. Dans les années 1950, quand il faisait une leçon de morale, l'instituteur expliquait à ses élèves qu'ils devaient "se découvrir" pour saluer un adulte ; les galopins de l'époque étaient souvent tête nue ! Quand on rentrait à la maison, on enlevait son couvre-chef (béret - la "bignette", comme disaient les anciens, casquette, ou chapeau) et on le suspendait au porte-manteau.

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Dans ces années 1930, la jeunesse abandonnait donc les couvre-chef dans la vie quotidienne. Regardez la jeune femme au premier plan et les jeunes gens, au fond : ils sont tête nue. La jeune femme s'est fait une beauté, elle a placé une fleur dans ses cheveux.

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La plupart des adultes sont déguisés. Il y a trois Pierrot, une dame a mis une jolie coiffe, le joueur de concertina porte une queue-de-pie et arbore un chapeau haut-de forme. Derrière le Pierrot noir (M. Buty), un jeune homme a coiffé un huit-reflets.

Les gens du quartier sont au premier plan. Ce sont des travailleurs, de petites gens. Même pendant la fête, ils gardent une habitude liée à leur condition : leur chemise est boutonnée au ras du cou, pour empêcher la poussière de venir coller à la sueur. On ménageait l'eau et on ne se lavait pas à grande eau tous les jours.

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Entre le joueur de banjo et M. Buty, c'est "le Calirey". Jean-Pierre Puissant n'a pas pu me donner son nom ; Calirey, c'est son surnom, son "chaffre", comme on disait alors. Dans les groupes de copains, beaucoup avaient un chaffre, et on n'utilisait plus leur nom ni leur prénom.

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Au second plan, on aperçoit trois jeunes hommes portant la chemise blanche qui les distingue des petites gens du premier plan. Ils sont venus s'amuser en voisins du quartier. Le quartier du Puits des Amours était connu pour la pauvreté de ses habitants. Allez vous y promener, les maisons vous diront qu'elles abritaient des gens aux revenus modestes. Vous verrez ces maisons étroites avec une porte et une fenêtre donnant sur la rue, certaines n'ayant pas d'étage. Mais à Sainte-Foy, riches et pauvres vivaient ensemble à longueur d'année et donc pendant les fêtes. On appliquait le principe de jadis : "Le fort porte le faible". Chacun profitait de l'autre au mieux de ses intérêts et de sa force.

La fête du Puits des Amours attirait donc des habitants des divers quartiers de notre petite ville. On aimait à s'amuser. Et puis, une vieille foyenne qui habitait en haut de la rue Victor Hugo, c'est-à-dire vers la place Broca, me disait : "J'allais à la fête du Puits-des-Amours parce que, tu comprends, mes parents ne venaient pas, alors, les garçons pouvaient m'embrasser sans que mes parent le voient".

La fête comportait un bal. Je ne sais pas s'il y avait d'autres attractions. Il y avait probablement un repas de quartier : tous ces gens sont photographiés devant une tente qui devait abriter le repas et le bal. J'ignore à quelle époque de l'année se déroulait cette fête.

Le quartier de la Gare a maintenu sa fête jusque dans les années 1970 grâce au dévouement du cafetier, M. Pasquon, du chef de gare, M. Barrière, de leurs épouses et des habitants du quartier. Il y avait les manèges, le bal et les repas. Et puis, comme dans les autres quartiers, la fête de la Gare cessa.

J'ai regardé avec vous cette photographie. J'ai noté ce qui reste flou. Il reste à trouver des témoins de ces fêtes pour en savoir plus. Je vous tiendrai au courant de mes recherches. Je n'ai pas eu besoin de chercher, Jean-Pierre Puissant m'a indiqué que son frère figure sur la photo. J'irai le voir et il m'en dira plus !

Dans la Petite Gironde du 2 avril 1938 :

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Paul Martin me communique des photos prises lors de cette fête :

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Paul a joint un autre tirage de la première photo :

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