15 août, matinée superbe, je vais au vide-grenier de Lamothe-Montravel.

Je trouve des obus décorés. "Ils sont de 14-18, me dit Robert Rullier, ils les faisaient dans les tranchées, ils n'avaient qu'à se baisser pour trouver la matière première. Pendant qu'ils faisaient ces ciselures, ils ne pensaient pas aux horreurs de la guerre ; ça devait leur vider la tête".

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Les poilus décoraient des culots de munitions de tous calibres : 2,65 cm, 3,98, 11, 22, et surtout des obus de 75. Voici des munitions de petite taille :

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Ils transformaient ces engins de mort en souvenirs, en objets décoratifs et parfois, en chef d'oeuvre, comme pour conjurer leur pouvoir de nuisance.

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Les obus décorés allaient par paire. Les survivant les rapportaient chez eux. Ils les mettaient sur la cheminée. Leurs descendants continuent de les astiquer pour qu'ils brillent de mille feux.

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A Vinsobres, M. Jean Paille avait rapporté l'obus qui était tombé dans la tranchée, sans exploser, près de lui.

L'obus trônait sur une commode, près de la porte d'entrée. "J'ai survécu à ça, disait M. Paille, qu'est-ce qui pourrait m'atteindre" ? L'obus lui avait révélé mieux que sa chance, sa force.

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Après la guerre, autour de Longwy, les gens organisaient des pélerinages réguliers vers les tombes des soldats, les mémorials et les crucifix éparpillés dans la campagne. Les familles fleurissaient alors tous les monuments et les vases étaient des obus décorés.

Aucun villageois ne manquait la cérémonie et chaque famille apportait ses deux obus décorés.

L'obus décoré, garni de fleurs coupées, marquait le lien entre les vivants et les morts. 

Avec le métal qui leur tombait sous la main - et sur la gueule - les poilus faisaient aussi des ronds de serviette, des bracelets, des coupe-papier, des crucifix, des briquets, des bagues, etc...

Je n'ai pas trouvé d'information sur la réalisation des obus décorés. Dans l'album d'Alice Baraton, de Sainte-Foy, il y a cette carte postale que son père, Emile, lui avait envoyée le 27 octobre 1916, depuis le front :

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J'agrandis le texte :

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Emile Baraton est mort des suites de la guerre. Il n'y avait pas d'obus décorés chez lui. J'ignore s'il en avait rapportés...

Cette pratique est apparue dès le début de la guerre. La Petite Gironde du 10 décembre 1914 publie un article, " comment on devient orfèvre" :

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