Madame Bourdin m'a parlé de la vieille ville de Montravel. Je lui ai promis de faire un petit article sur ce sujet, le voici.

Montravel, la vieille ville huguenote qui dominait la vallée, sur les côteaux de la rive droite de la Dordogne, c'est aujourd'hui des prés, des vignes, des labours . Que reste-t-il de la vieille ville entourée de murailles ?

En arrivant sur le plateau, le route passe par un brusque raidillon. Il marque l'emplacement des anciens remparts.

Vous tournerez à gauche, et vous verrez un puits, dans les prés. Il se trouvait jadis sur la place de la ville.

Vous ne verrez plus cet énorme pan des vieilles fortifications, il a été récemment abattu. "Ben oui, vous dira-t-on, il n'était pas classé monument historique".

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Sur ce plateau, se trouvait une vieille ville, avec l'église, le cimetière, la place, le château, le présidial et bien sûr, les maisons et les habitants. La ville embrassa la réforme et, bien protégée par ses murailles garnies de tours, elle devint une place-forte protestante.

On en conserve un plan, qui fut établi au milieu du 18e siècle :

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En 1622, les troupes de Louis XIII assiégèrent la ville et s'en emparèrent.

Ouvrons le livre de raison d'Arnaud Vidal, fils de Marguerite de Nogaret, il donne un récit de la prise et de la destruction de Montravel. Arnaud Vidal habitait en plaine ; c'est le témoignage d'un contemporain et d'un voisin.

Le 22 février 1622, le lieu de Montravel fut attaqué du côté du couchant par un régiment de l'armée conduite par monsieur le duc d'Elboeuf et le mesme jour, toutes les maisons du faux-bourg furent bruslées sauf celle de Antoyne Rochier.

Le lendemain 23 du dict moys, le dict lieu pris sans estre defendu, huict jours après avoir esté assiégé, et, le 8e jour, le rempart, au devant de la forteresse fust pris d'assaut et assez défendu, où il fust tué ung grand nombre de soldatz et plusieurs femmes qui defendoyent la bresche.

La nuyt, la place fut emportée, toutes les femmes et filles furent viollées ensembles, les petits enfants tenant à la mamelle jettés touts vifs dans le puys, les soldats blessés poignardés, et après, bruslés, cruauté grande. Est à remarquer que une femme thua sur elle un soldat des assiegans sur elle, comme il la vouloyt violler, et fust aussitot thuée par d'autres soldatz.

Il faut croire que toutes sortes de cruautés furent exercées, car les soldatz qui se rendyrent furent pendus en nombre de trente ou quarante, et plusieurs autres poignardés, entre autres un lacay (?) qui estant pendu, sa corde se rompit, fut poignardé.

Vray est que il y eut heurt quelques uns pris à renson.

Après tout cela, toutes les maisons du dict lieu furent bruslées et les murs de la place abatus, comme fut la plus grande partie des tours.

L'histoire seroyt trop longue a résiter sy on vouloyt dire le tout. Sesy servira de mémoire tant seulement. Et sera remarqué que a cette petite bicoque fust tyré troys cent soixante troys coups de canon...

Aussitôt, Pierre Ramée, à Paris, et d'autres, imprimèrent une relation de cet événement. Le titre mentionne la quantité desdits rebelles tués, pendus et exécutés. Voici la dernière phrase de cette plaquette : Il est à croire que cette défaite a grandement allarmé le marquis de la Force, et a fait resserrer les cornes aux rebelles de Sainte-Foy.

Il est vrai que lorsque les troupes de Louis XIII mirent le siège devant Sainte-Foy, la ville se rendit aussitôt sans condition.

Un jour, j'avais lu que les derniers défenseurs de Montravel s'étaient enfermés dans la tour qui abritaient la poudrière. En désespoir de cause, ils avaient tous trouvé la mort en faisant sauter la poudrière. La réalité est prosaïque : les derniers défenseurs se réfugièrent dans une tour et finirent par se rendre. Leurs chefs furent faits prisonniers et relâchés contre une rançons. Les autres furent pendus ou passés au fil de l'épée.

Jacques Caumont de Nompar, duc de la Force, le note rapidement dans ses mémoires : ils se retirèrent dans une vieille tour qui leur servit seulement à faire leur capitulation...

Cet extrait d'une gravure de l'époque montre les misères de la guerre :

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A droite du buisson, deux pendus se balancent ; les corbeaux viennent manger. A gauche, le corps d'un supplicié pourrit sur une roue. En dessous de la roue, deux spadassins tuent un homme à coups d'épées. Dans une trouée, au centre du buisson, un type est en train de poser culotte...