Jean Oscar Pauvert de la Chapelle est né à Sainte-Foy le 6 novembre 1829. Il s'inscrit à la faculté de théologie protestante de Strasbourg avant de s'adonner à sa passion : le monde antique. En 1852, il part pour Rome. Il devient l'un des grands collectionneurs qui marquent l'histoire de la recherche archéologique en Italie, au 19ème siècle.

Voici sa photo, dans un vieil album ayant appartenu à une famille foyenne. Elle est prise par Mariannecci, photographe à Rome, et porte la date du 4 juillet 1864.

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En 1899, Oscar Pauvert de la Chapelle donne au cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale une collection de 167 pièces gravées antiques : "Cette collestion formée en grande partie à Rome, se compose de cylindres assyriens, héthéens, de cachets conoïdes, de scarabées et de cachets grecs et romains". Ce don fait sensation : "Par son généreux désintéressement, M. Pauvert de la Chapelle s'est conquis une place distinguée parmi les mécènes de notre temps".

A cette époque, Oscar Pauvert de la Chapelle réside à Sienne, mais sa collection est déposée chez son cousin, André Pauvert de la Chapelle qui réside à Oenanthie, dans la commune de Saint-André et Appelles.

Voici un document exceptionnel, le texte de la lettre de donation. Cette lettre résume 40 ans de passion, d'études et de compétence.  

"Sienne, 2 avril 1899.

Monsieur,

La lettre que M. Babelon voulut bien m'adresser et celle que vous avez eu la bonté de m'écrire m'honorent beaucoup plus que je ne le mérite. Je ne puiis trop vous remercier, Monsieur, de votre bienveillance.

Il est certain que depuis la fin de 1869, époque à laquelle je commençais à m'occuper sérieusement de glyptique (je ne possédais alors que le discobole fragmenté, que j'ai longtemps porté au doigt), il est positif que dès lors j'eus constamment la pensée de laisser au Cabinet de France tout ce qu'il me serait donné de recueillir avec mes faibles ressources. Il me semblait qu'un homme ne doit pas traverser ce monde sans s'efforcer d'y laisser quelque trace de son passage, quand même cette trace serait aussi légère et peu durable que le sillage d'une barque sur la mer.

Vous verrez fort bien, quand vous ouvrirez la boite que M. Babelon ira prendre à Sainte-Foy la Grande, que, chaque fois que je repartais pour l'Italie, en amballant les pierres à la hâte et toujours d'une façon peu convenable, je confirmais le legs que j'avais fait dans mon testament en faveur du Cabinet de France. Longtemps, la collection me suivit en Italie ; mais, tenant compte de ce qui m'arriva un jour à Ventimiglia, redoutant les voleurs et aussi l'édit Pacca, depuis un certain nombre d'années, je laissais mon bagage artistique à la maison, me contentant du souvenir et de quelques empreintes.

La collection dont je fais don à la Bibliothèque Nationale est sans doute intéressante, mais c'est, comme je l'ai dit à M. Babelon, une collection d'étude, non de luxe ; ce qui signifie qu'elle ne saurait intéresser vivement, que les personnes qui, aimant l'art réellement, ne dédaignent point les fragments, les pierres fragmentées, et comprennent bien que la glyptique, au lieu de ne tenir qu'une place secondaire dans le développement artistique de l'antiquité, marche de pair, au contraire, avec la sculpture, dont elle n'est point l'esclave, comme le pensait un jour le comte Tyszkiewicz, et offre des ressources qu'il est presque impossible de trouver aussi complètes dans les autres branches de l'art. Parfois elle reproduit des statues, des bas-reliefs célèbres ; mais aussi ancienne que la sculpture, créatrice, indépendante, comme le fut la mosaïque chrétienne à partir du IVème siècle et durant le moyen âge, elle était non seulement utile, mais nécessaire aux peuples de l'antiquité ainsi que nous pouvons nous en convaincre en donnant un coup d'oeil aux antiquités chaldéennes, assyriennes, et en lisant Plaute, Térence, Aristophane et d'autres classiques. Il est fâcheux que la plupart des artistes, et même bon nombre d'archéologues, la laissent de côté.

Veuillez, Monsieur, ne point exagérer l'importance de la collection. Je l'aime, vous l'aimerez aussi ; mais elle est modeste. Ce n'est pas la collection d'un Crésus, mais uniquement celle qu'a pu faire, pendant près de quarante ans, en s'occupant de sculpture, de peinture, de vases peints, en lisant quelques classiques et aussi beaucoup la Dicine Comédie, un petit propriétaire de l'ancien Agenais qui fait maintenant partie du département de la Gironde. M. Babelon vous montrera quatre empreintes que je lui ai adressées. Je voudrais pouvoir vous en adresser d'autres dans ce moment. Le n° 88, pierre attique trouvée à Rome, est une fleur, comme le disait souvent le comte Tyszkiewicz. Il aimait passionnément le n° 87. M. Perry Warren ferait une folie pour avoir le n° 43. Quand vous verrez le n° 91, vous bondirez de joie ; cette pierre me fut apportée d'Athènes. Vous oublierez qu'elle est fragmentée et vous penserez à notre superbe Vénus de Milo. Vous direz même que cette admirable tête est plus belle que celle de la Vénus. Demandez aux plus riches collections étrangères un profil semblable, elles ne pourront vous le montrer.

Je vous recommande beaucouip les pierres microscopiques qui sont presque toutes des merveilles. Veillez à ce qu'il n'arrive rien de fâcheux au camée de Diodotos. Diodotos se servit pour faire son camée de quelque ancien scarabéoïde.

Quand vous ouvrirez les boites, examinez avec soin tous les morceaux de papier, même les plus petits, afin qu'il ne vous arrive pas ce qui arriva à Abati, qui jeta, par mégarde, son Promethée par la fenêtre. J'ai envoyé à M. Babelon une empreinte de Prométhée faite avant l'accident. 

Quelques pierres ont été collées soigneusement pas l'habile Martinetti. On peut s'en servir pour cacheter mais il ne faut pas être imprudent : n° 80, n° 65, n° 76, dont un imbécile avait fait une breloque, n° 145, camée fragment. La toute petite piere n° 151 ne peut représenter que la fondation du Capitole, quoi qu'en ait dit M. Helbig. Elle est importante. Veillez à ce qu'elle ne s'égare pas. 

Mais je ne veux pas fatiguer davantage un homme qui ne doit pas manquer d'occupations et lui faire perdre un temps précieux"...  

Il est alors nommé chevalier de la Légion d'Honneur.

Oscar Pauvert de la Chapelle meurt en 1905. Plusieurs périodiques français, dont l'Illustration, lui rendent hommage.

A Sainte-Foy, il attira l'attention de la petite noblesse protestante foyenne sur les découvertes archéologiques que l'on faisaient en Italie, dans la seconde moitié du 19ème siècle. On se mit à collectionner les photographies de monuments antiques et de sculptures romaines.

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Le "Toro Farnèse", photographie, 190x228 mm

Cependant, en pays foyen, on garda de lui l'image d'un original : n'avait-il pas dérogé à son statut de rentier local en fuyant le pays foyen pour s'installer à Rome, puis à Sienne, et en consacrant sa vie à collectionner des antiquités ?

Voici une photo prise à la fin de sa vie par Lombardi, à Sienne :

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 Je conserve quelques ouvrages provenant de sa bibliothèque.

Il existe un médaillon le représentant, toujours de profil, fait par le sculpteur Kope. Ce médaillon fut exposé au salon de 1885. J'ajouterai un jour une photo d'époque de ce médaillon.