Le domaine et le château de Picon se trouvent sur les coteaux de la rive gauche de la Dordogne, dans la commune d'Eynesse.

Le terroir présente une particularité géologique peu commune, la présence d'un gravier dense en surface : une couche argileuse bourrée de grave, épaise d'une dizaine de mètres, recouvre cette partie de la colline. Elle date du pliocène qui désigne la fin de l'époque tertiaire.

En 1076 (en fait, dans les années 1100), le seigneur de Pineuilh donne un domaine aux bénédictions de Conques. Grimoard de Picon est un des témoins de la donation. En développant la culture du blé et de la vigne, les bénédictins donnent un essor économique remarquable à cette région. Quand à Grimoard de Picon, il a certainement créé ou au moins étendu le vignoble de Picon, il y a un millénaire.

Ce document et beaucoup d'autres permettent d'esquisser une histoire de Picon jusqu'à nos jours, ce qui est exceptionnel. Retenons quelques éléments marquants.

Les caractères de la seigneurie ressortent de plusieurs "dénombrements" du 17ème siècle - le dénombrement contient la description précise de chacun de ses éléments immobiliers.

Le domaine comprent de nombreuses parcelles dispersées dans la paroisse d'Eynesse et dans d'autres paroisses parfois éloignées. Le seigneur de Picon possède des terres ici et là, près des hameaux où demeurent les travailleurs, ce qui illustre un caractère de l'ancien régime : jusqu'à la Révolution française, les gens habitent, travaillent et prennent leur plaisir au même endroit.

La superficie de la seigneurie avoisine les cent hectares. Au fil des siècles, il semble qu'elle varie peu.

Le seigneur possède aussi des droits sur la Dordogne qui coule en bas de son château : le droit de pêche et la possession d'un ou de plusieurs moulins à bateaux. Des métiers liés au fleuve complètent les activités agricoles : meunerie, activités portuaires au Pont de la Beauze, réparation de gabarres au Chantier, près du Pont de la Beauze.

Enfin, le domaine n'est pas géré par le seigneur mais par un homme de confiance. Ce caractère subsiste jusqu'au milieu du 20ème siècle.

Les documents donnent peu d'informations sur les productions du domaine et les revenus qu'il procure.

Voici un élément qui marque cette piste de recherche : le 12 août 1272, R. de Gavaudun, épouse du seigneur de Picon, fait son testament. Disposant de ses biens, elle les décrit précisément. On constate qu'elle est extrêmement riche et qu'elle a noué des contacts très loin : plusieurs légataires résident près de Montpellier.

Au début de la Révolution française, Jean-Louis de Hautefort de Vandre, seigneur de Picon, vend sa seigneurie de Picon à un notaire foyen, Pierre-Hyacinthe Paris.

Paris et ses descendants ont à coeur de préserver l'intégrité du domaine : au 19ème siècle, chaque génération n'a qu'un enfant, ce qui évite les morcellements successifs du patrimoine. A chaque génération, nait une petite fille. Les alliances se feront en considérant le milieu social, c'est-à-dire l'éducation, la notabilité et le patrimoine du futur époux. Ses compétences de gestionnaire, s'il en a, ne sont pas prises en compte : un régisseur s'occupe du domaine.

Au début des années 1870, Picon maintient une production traditionnelle : 125 hectolitres de blé, 50 hectolitres de vin rouge et 20 hectolitres de vin blanc. Ces volumes en font le principal producteur viticole d'Eynesse. Les vins blancs, faits avec 3/4 de cépages fins et 1/4 d'enrageat, sont estimés.

A la fin des années 1870, le phylloxéra détruit la quasi-totalité des vignobles et ébranle ce système d'exploitation incapable d'apporter des réponses à la crise. Le manque à gagner et le coût de la replantation ne laissent pas assez de ressources pour adopter des méthodes de viticulture et de vinification à l'avant-garde du modernisme de l'époque. La transmission du domaine saute une génération. A la fin du 19ème siècle, pour mieux réaliser les investissements nécessaires, Mme Bourson lègue Picon à sa petite-fille, Marie-Jeanne Heliot.

Pourtant, en pays foyen, c'est pendant la catastrophe provoquée par le phylloxéra que le baron de Gargan rénove les méthodes de gestion, de viticulture et de vente. Cet industriel lorrain vend des produits phytosanitaires. Il achète des vignes aux Lèves. Dans son vignoble, il utilise un matériel agricole à la pointe du progrès. Il spécialise chaque employé. Il est le premier viticulteur du pays foyen à implanter un réseau de vente considérable : agences à Libourne et Paris, envois de barriques par train vers diverses régions de France, vers l'Algérie, l'Europe de l'ouest et jusqu'en Russie. De cep en verre, il veut que tout soit parfait. En 1892, de Gargan exprime ses principes dans cette formule : "Je cherche à ce que l'intelligence se révèle dans chaque carrasson, c'est vous dire que rien ne nous est indifférent, tout a son but".

A l'époque, aucun exploitant viticole du pays foyen ne s'engage dans cette voie. Ils n'en ont pas les moyens financiers et ils continuent d'appliquer les méthodes ancestrales qui, selon eux, ont fait leurs preuves.

C'est le cas de Picon qui s'ouvre au modernisme un siècle plus tard, dans les années 1970.

Métamorphose époustouflante : la tradition s'épanouit comme l'arôme d'un bon vin pour le plus grand plaisir des dégustateurs et des consommateurs. La riche expérience de la vigne, la connaissance parfaite des méthodes de travail et du bon moment pour intervenir, la maîtrise ancestrale de chaque phase de la vinification, jusqu'à la mise en bouteilles, et la qualité des relations avec les clients profitant des techniques les plus perfectionnées.

Riche de son expérience millénaire, le château de Picon s'est installé avec bonheur dans notre époque. Le secret de ses vins est qu'il y a tant de choses entre le terroir de Picon et le soleil.        

picon

Une classe du collège catholique de Sainte-Foy à Picon, vers 1910.

A gauche sur la photo, près de Mme Héliot, le jeune professeur d'anglais du collège, Philippe Henriot.