Regardez les façades de la rue Victor Hugo et de la rue de la République : façades en pierres de taille, souvent, les fenêtres ont des balcons avec des rembardes en fonte aux motifs géométriques et floraux, le linteau des fenêtres décoré, des caissons de diverses formes entre les fenêtres et la façade qui dépasse le toit et présente une corniche tarabiscotée ou décorée d'une frise.

Ces façades ont été édifiées entre 1870 et 1910. Des constructions spectaculaires marquent ces dates : en 1869, le clocher de l'église est rebâti, le nouvel hôtel de ville est édifié et les couverts qui surplombaient la Grand'Rue sont supprimés. En 1907, l'abattoir établi sur les Quinconces fait place au groupe scolaire et à l'imposant logement des instituteurs. Notons que c'est pendant cette période, en 1874 que le pont du chemin de fer fut lancé sur la Dordogne, faisant de la vielle bastide une station ferroviaire ; et en 1894, le vieux pont suspendu - le pont en fil de fer, comme on disait alors, fut presque entièrement refait.

En une quarantaine d'années, une vie d'homme, de multiples demeures anciennes de la bastide fut détruites et remplacées par des façades au goût du jour.

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La rénovation partit des deux rues commerçantes et se poursuivit dans les rues adjacentes : rue Alsace-Lorraine, rue Pasteur, etc... Certes, des maisons à colombages, édifiées à partir de la fin du 15ème siècle et de belles demeures en pierre de taille construites au 18ème siècle subsistèrent ici et là. Mais en une quarantaine d'années, plus de 200 façades furent rebâties. Certaines sont très spectaculaires : l'ancienne BNP et la maison Gilliéron, rue de la République.

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Notons que parfois, on se contenta de refaire la façade seule ; mais souvent, la vieille maison à colombages fut abattue et entièrement refaire. J'ignore le nombre de façades et de maisons refaites, années après années. En moyenne, 5 maisons au moins furent refaites, chaque année, pendant 40 ans. J'ignore ce que vaut cette moyenne. Les chantiers s'ouvraient ici et là et cette activité manouvrière intense fut entretenue par une multitude de propriétaires privés. Les foyens de l'époque assistèrent à un mouvement d'urbanisation exceptionnel dans l'histoire de la bastide.

Le premier avait été l'édification de la bastide dans les années 1255, et le second, la recontruction qui suivit la fin de la guerre de Cent Ans, à la fin du 15ème siècle.

La mode et le goût architectural du jour ne suffisent pas à expliquer la vague de reconstruction qui s'étendit dans Ste-Foy à la fin du 19ème siècle. Certes, elle exprime la richesse de nombreux foyens et une puissance financière globale que la crise du phylloxéra, dans les années 1870, et la quasi disparition des vignobles des environs n'entama pas.

Pendant ces 40 ans, Ste-Foy connut des mutations sociales et économiques qu'il s'agirait de définir et dont n'apparaissent pour le moment que deux caractères : un dynamisme sans cesse renouvelé et le rôle majeur de l'initiative individuelle.

La Première Guerre Mondiale mit fin à ce dynamisme et l'initiative individuelle commença à s'étioler à partir des années 1970. Il reste ces alignements de façades plus que centenaires.

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La Grand'Rue, fin des années 1860

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La Grand'Rue, années 1860

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Le haut de la rue Perrine (rue Victor Hugo) vers 1880

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