La famille de Langalerie

La famille Géraud de Langalerie possédait ce domaine au début du 17ème siècle. En 1614, un acte de notaire qualifie François Géraud de Langalerie d’écuyer. Le titre d’écuyer nous renvoie au moyen âge et, même si les Langalerie vivaient alors noblement, d’où venaient leur famille ? Je n’ai pas trouvé de document antérieur à 1614 apportant une réponse. 

A la fin du 16ème siècle et surtout au début du 17ème, la grande bourgeoisie foyenne fut attirée vers la noblesse. Le mariage ou l’achat de terres nobles réalisèrent cette fusion. Jacques Géraud de Langalerie figure dans un acte de 1620 sous la désignation de « Maistre », comme avocat en la souveraine cour de parlement de Bordeaux. Un acte de 1627 le qualifie d’écuyer et de seigneur « dudict lieu noble de Langalerie », ce qui donne à penser qu’à une époque indéterminée, un Géraud a acheté le lieu noble de Langalerie, ou a épousé son héritière. Nous ne savons pas si ce fut le cas des Langalerie, comme nous ignorons qui fut seigneur de cette terre avant eux. 

A cette époque, comme d’autres nobles du pays foyen, les Langalerie possédèrent des maisons à Sainte-Foy. En 1621, maître Isaac de Langalerie possède à Ste-Foy une maison de 3 plaidures et 11 cannes, et « le vieux monsieur de Langalerie, une maison et jardin, 1,5 p plaidure. J’ignore s’il s’agit de la demeure située en bas de la rue Victor Hugo, près dela Rivière, et qui abrite aujourd’hui l’école Langalerie. 

Malgré une longue recherche dans les registres de notaires foyens du début du 17ème siècle, j’ai trouvé bien peu d’actes passés par les Langalerie. Peut-être utilisaient-ils les services d’un notaire dont les archives ont disparu. Un document exceptionnel du 2 août 1620 porte la signature « de Languallerie ». 

A Saint-Quentin de Caplong, les Langalerie possèdèrent au moins une métairie tenue par Guilhem Tailhade, du village de Tailhade et un moulin. Peut-être se livrèrent-ils à des transactions sur le blé et les fèves, comme de grands bourgeois foyens ou des nobles de la juridiction, mais je n’en ai pas trouvé de trace. Par contre, le 15 août 1620, Jean Géraud de Langalerie vendit une jument à François Arnol, bourgeois et marchand de Sainte-Foy, pour la somme de 75 livres, payable dans un an. Ce devait être un animal exceptionnel vu son prix, près de 30 % du prix habituel. 

Le 16 octobre 1667, l’intendant de Guyenne prit une ordonnance portant que Jean-Jacques Géraud, écuyer, sieur de Langalerie, serait compris au nombre des nobles, ce qui signifie qu’il était exempt du paiement de la capitation et de la taille. En 1714, Géraud de Langalerie rendit hommage pour sa maison noble.  

Deux actes du 18ème siècle donnent toujours le titre d’écuyer aux Langalerie : 

1764, nomination par l’assemblée des principaux habitants de Ste-Foy de six commissaires chargés de l’examen et révision des comptes du sieur Duval. Parmi eux, M. de Géraud de Langalerie, écuyer. 

Le 18 mars 1768, M. de Langalerie père, écuyer, est élu conseiller de la ville avec trois autres personnes. 

Et un acte de 1769 évoque les droits féodaux possédés par les Langalerie. Le 26 janvier 1769, Jean Beauduc habitant du village du Roc, paroisse de Margeuron, vend à Jean Aubrél, brassier et à Jean Sablons fils ainé de Pierre aussi brassier habitant Jean Aubré du village des Burgné paroisse de St Quentin et ledit Sablon du bourg des Lèves, tous les biens fonds et bâtiments que le dit vendeur possède dans la paroisse de St Quentin et village des Mauberts, mouvant en fief du roi et de monsieur de Langalerie. Malheureusement, ce document ne suffit pas pour localiser avec précision la seigneurie de Langalerie. 

Le 6 juillet 1796 marqua la fin de la présence des Langalerie dans leur seigneurie. Ce jour-là (18 messidor an IV), le château et  le « domaine » de Langalerie ainsi que les maisons de Sainte-Foy furent adjugés comme biens nationaux à Jean Coste, demeuranr 45 rue Saint-James à Bordeaux, pour la somme de 196 252 livres. Le domaine s’étendait sur 307 journaux, ce qui fait à peu près 132 hectares. 

Les armes de cette famille sont « d’azur à trois fleurs de lis d’or et une bande d’argent brochant sur le tout ».

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 Le château de Langalerie 

Le château de Langalerie se trouve dans la commune de Saint-Quentin de Caplong, dans un domaine important. 

Après Coste, un membre de la famille Dupuy, de Sainte-Foy, acheta le château qui devint propriété de M. Planteau, ancien banquier à Sainte-Foy, vers 1870. 

Vers 1860, un nouveau bâtiment remplaça l’ancien château. Depuis des siècles, la riche bourgeoisie foyenne avait acheté de vastes propriétés autour de Sainte-Foy. Ce mouvement prit de l’ampleur dans la seconde moitié du 19ème siècle, et sous l’impulsion de ces bourgeois, beaucoup de propriétaires terriens, nobles ou non, firent rebâtir ou modifier leurs demeures ancestrales. 

Voici une gravure du château publiée en 1874 :

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Vers 1908, l’éditeur libournais Henry Guillier choisit un angle analogue pour photographier le château et en tirer une carte postale :

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Que reste-t-il des anciennes bâtisses ? Peut-être une cave située dans les communs. Dans cette cave, une porte condamnée donna naissance à une légende : un souterrain partirait du château pour rejoindre l’église de Saint-Quentin de Caplong. La vox populi cite d’autres souterrains analogues en pays foyen, par exemple, celui qui mène du château de Picon à l’église d’Eynesse. Personne n’a jamais parcouru ces souterrains mais on en parle toujours de la même façon : ils mènent tous du château à l’église et jamais de l’église au château. Il fat chercher l’une des clés de ces souterrains mythiques dans la conception que le populaire a des relations entre les membres de deux états : la noblesse, avec ses châteaux, et le clergé avec ses églises. 

Avec ce thème, nous abordons l’histoire des mentalités et seul un examen architectural du château, des bâtiments agricoles et des communs donnerait des informations sur d’éventuelles parties anciennes. Dom Réginald Biron signale la « Maison noble de Langalerie, XVIIIe siècle », sans précision ni référence. 

La garenne du château fut renommée. « Le château de Langalerie est placé au sommet d’un coteau d’où l’on jouit d’un panorama magnifique ; il est entouré d’ombrages remarquables, d’une garenne avec allées, ronds-points et avenues tracées, dit-on, sur les plans de Le Nôtre. Cette garenne est à coup sûr une des plus belles du département et certainement la plus remarquable à cause de son tracé ».   

Un plan des années 1870 donne le tracé de la garenne à cette époque :

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Vers 1908, Guillier publia une carte postale représentant la « charmille » de Langalerie. Elle représente une allée large, très longue et bordée par un fossé.

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Dans sa présentation de la garenne, Féret resta prudent en indiquant qu’elle fut « tracée sur les plans de Le Nôtre », et il est possible qu’un ancien propriétaire de Langalerie se soit inspiré des réalisations ou d’un ouvrage du fameux jardinier de Louis XIV. Mais à quelle époque ? La photo prise par Guillier présente des arbres loin d’être centenaires. Cependant, les Géraud, qui possédèrent Langalerie sous l’ancien régime, au moins depuis le début du 17ème siècle, portaient le nom de deux de leurs terres nobles : la Garenne et Langalerie. Ont-ils pris le nom de la fameuse garenne ? 

En 1876, Langalerie ne produisait pas de blé, mais 70 hectolitres de vin rouge et 50 de vin blanc, ce qui en faisait le plus gros producteur de vin de la commune. 

« Le domaine de Langalerie comprend 100 hectaresdont 50 sont consacrés à la vigne. Les vignes blanches, plantées sur des coteaux sablo-argileux (terres bouvées), à sous-sol gras, sont exclusivement composées, par tiers, de sémillon, sauvignon et muscade. Ces vins blancs, récoltés avec les plus grands soins, se distinguent par beaucoup de corps, de finesse et de liqueur ; ils sont classés au rang des meilleurs vins blancs du canton. 

Les vignes rouges, sur des coteaux argilo-calcaires, sont complantées par tiers en malbec, merlot et cabernets. Toutes les nouvelles plantations sont faites avec le cabernet-sauvignon et le gros cabernet qui formeront bientôt la moitié de l’encépagement. Les vins rouges de ce crû, corsés, colorés et assez fins, forment d’excellents vins d’ordinaire ». 

Malgré la crise du phylloxéra qui dévasta les vignes du pays foyen de 1873 à 1877, le château maintînt sa production. En 1908, les héritiers Planteau faisaient 80 tonneaux de vin rouge et 50 de vin blanc. Langalerie était toujours le premier producteur de la commune. Par contre, en 1949, la famille Planteau étant toujours propriétaire, la production avait chuté : 40 tonneaux de vin rouge et 50 de blanc, et Langalerie restait premier producteur de la commune.        

 

Propriétaires de Langalerie  

… début du 16ème siècle – 1796 : famille de Langalerie. 

1796 - ? : Coste, de Bordeaux. 

Puis : Dupuy, de Sainte-Foy. 

Vers 1870 : Planteau, ancien banquier à Ste-Foy. 1904, 1909 : héritiers Planteau. 1917 : Planteau. 1947 : Planteau. 1954 : Planteau. 

… 1958-1959 : Souyris. 

1974 : M. de Maillé. 

En cinq siècles, six familles se sont succédé dans ce domaine. 

En conclusion,

signalons quelques manques dans cette brève note : 

- Les propriétaires de la seigneurie de Langalerie avant les Géraud de Langalerie ? 

- La généalogie de la famille de Langalerie. 

- Etendue et nature des parcelles du domaine, liste précise des propriétaires successifs, leur politique d’achat (ou de vente) au 19ème siècle, d’après le plan napoléonien et les cadastres anciens.

Je n'ai pas mis les notes donnant les sources. Elles figureront dans une publication imprimée.

Jean Vircoulon