Raymond Bernardine, tout le monde l'appelait L'Amiral à cause de son couvre-chef légendaire, une casquette de marin. A Sainte-Foy, sous les couverts, Il tenait le café auquel il avait donné son nom : "L'Amiral".

Je ne sais pas quand il est mort. Il y a une quarantaine d'années ? A l'époque, Sainte-Foy comptait beaucoup de personnages hauts en couleurs, dévoués et sympathiques. Il y en avait partout : dans le conseil municipal, dans le milieu professionnel (instituteurs et institutrices, patrons, employés), dans le milieu confessionnel, dans les associations sportives, caritatives, culturelles  et autres.

Ces personnages charismatiques marquaient des lieux emblématiques : les quais, les places avec la halle aux cochons et la place du marché à la volaille, les lieux de rencontre qui étaient nombreux, l'angle des couverts en face de l'église, église et temples, salles de réunion et bien entendu les cafés. Sans oublier la campagne proche, les terrains de sports et tout simplement votre quartier.

A propos d'Untel, on vous disait : "C'est une figure foyenne" ! On vous le disait - et on le dit encore - de Raymond Bernardine et de tant d'autres, on vous le disait avec autant de respect que d'affection et d'enthousiasme parce qu'ils faisaient du chemin de la vie une route enchantée. Aujourd'hui, il n'y a guère de figures foyennes.

Elles ont disparu sans être remplacées, sauf cas exceptionnels. Les liens sociaux se sont effilochés et si les endroits emblématiques ont gardé leur fonction, très souvent, il n'y apparaît que l'ombre de la vie exubérante de jadis.

 

bernardine

 

Avec Raymond Bernardine, L'Amiral fut un café mythique, le rendez-vous apprécié de la jeunesse foyenne. On y parlait de tout, on esquissait des images idéales du monde, on échangeait ces petits riens tellement importants pour des jeunes gens et des jeunes filles. Parfois, le perroquet de l'Amiral sifflait et avec sa voix métallique demandait : "t'as payé" ? Il s'appelait Jacquot, il marchait sur le comptoir, près de son maître, en plastronnant comme un soldat à la parade. On essayait de le faire chanter. Il entonnait un couplet leste. Sans le savoir, il avait relancé une joie que tout le monde partageait.   

Entretenir et renouveler l'enthousiame, partager  du bonheur : ce fut le rôle de ces personnages et la fonction des lieux emblématiques d'autrefois.