le savant en butte à l'Eglise catholique

Paul Broca localisa le langage dans la 3ème circonvolution frontale gauche du cerveau. On connaît les circonstances de cette découverte : un certain Leborgne, pensionnaire de Bicêtre, avait perdu la parole depuis longtemps. Il comprenait ce qu'on lui disait et répondait par des signes ponctués par la même interjection, tan, tan. Quand il se mettait en colère il ajoutait toujours le même juron, sacré nom de Dieu. Sinon, il ne pouvait dire que tan. On l'avait surnommé "le père Tan" et c'est sous ce sobriquet qu'il est resté célèbre dans l'histoire de la médecine.

Le père Tan était devenu hémiplégique. En avril 1861, son état de santé s'aggrava. Il fut transporté dans le service de Paul Broca où il mourut le 17 avril.

Paul Borca disséqua le cerveau et constata que la fameuse circonvolution présentait une importante lésion. Il multuplia des observations analogues et conclut que le langage articulé avait son origine dans cette fameuse circonvolution.

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Broca allait à l'encontre de diverses théories, en particulier celles que Gall et d'autres phrénologues avaient élaborées jadis. Francis Schiller détaillait ces différents scientifiques dans l'ouvrage qu'il publia en 1978, traduit en Français sous le titre "Paul Broca, explorateur du cerveau" et publié en 1990 par les Editions Odile Jacob. En une décennies, la découverte de Broca s'imposa à tous, ou presque.

Les scientifiques vérifièrent et validèrent sa découverte, mais l'Eglise catholique lui opposa la Bible et la nia : Dieu n'avait-il pas insufflé à l'Homme son âme, entité globale et immortelle ? Il était donc impossible de fragmenter ce reste du souffle divin pour isoler un de ses aspects, le langage et lui attribuer une localisation précise dans le cerveau. La découverte de Broca renversait un dogme de l'Eglise catholique.

Les revues catholiques, alors nombreuses en France, attaquèrent le savant et, avec de multiples arguments et de nombreuses citations de théologiens, entreprirent d'anéantir sa découverte. Le Correspondant, la Controverse, la Revue Scientifique de Louvain et tant d'autres lancèrent des polémiques farouches contre Broca.

Le savant continua de multiplier les observations, de dresser des statistiques, de former des élèves, de publier ses travaux et les clameurs finirent par cesser. 

Dans son numéro 74 du 16 juillet 1902, une revue catholique, Les Veillées des Chaumières publia un article consacré à Broca et signé pas Georges de Beauplan. Broca était mort depuis 22 ans, en 1880.

L'article présente longuement les recherches préhistoriques de Broca et mentionne "ses fouilles à travers les cavernes antédiluviennes". Ensuite, il évoque "ses remarquables études sur le cerveau".

La polémique avait laissé des traces et maladroitement, Beauplan rendit à Dieu ce qui était à Dieu et à la science ce qui lui appartenaot : "L'anthropologie est, vous le savez, l'histoire du type humain lequel, habitacle d'une âme qui n'a point changé puisqu'elle fut, de tout temps, un souffle de Dieu, se modifie, cependant, à travers les conditions climatériques qui, depuis l'ère quaternaire, se sont succédées à la surface du globe. Cette morphologie ou histoire des formes à travers les influences de la nature, est purement une science documentaire, n'atteignant en rien et ne prétendant point attaquer la vérité immuable en ce qui touche l'origine et la destinée de l'âme".

Beauplan ne s'en tira pas sans mal : l'adjectif "climatérique" qualifie une étape critique dans la vie d'un individu et n'a rien à voir avec le climat. Il lui suffisait d'ouvrir le Littré pour le constater. Parler des "conditions climatériques qui, depuis l'ère quaternaire, se sont succédées à la surface du globe" ne veut rien dire.

Cependant, l'essentiel est dit et, pour reprendre les termes de Beauplan : l'âme, ce souffle de Dieu, échappe aux observations de la science dont le rôle est de se documenter sur le type humain, habitacle de l'âme.  

On n'était plus au temps de Galilée mais l'Eglise catholique défendait toujours avec autant d'ardeur sa vision anthropocentrisque de la création.

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