en pays foyen, aura lieu le vendredi 5 juillet à partir de 18 h.

Les plus anciennes chartes concernant le christianisme dans la moyenne vallée de la Dordogne datent de la fin du 11ème siècle. De nombreuses chartes attestent de la remise en ordre effectuée par les moines qu’envoient leurs couvents parfois très éloignés : Conques, Uzerche, La Réole, Paunat, Saint-Florent de Saumur, Saintes, etc. Moines et moniales se font restituer les églises, des droits et des biens qui en dépendaient, par les seigneurs qui les avaient usurpés.

A ces restitutions s’ajoutent de nombreux dons. Ainsi, le seigneur de Pineuilh donne aux moines de Conques une vaste terre, le manse du Véneyrol, sur lequel s’élève plus tard la bastide de Sainte-Foy, vers 1255. De façon générale, les dons sont de toutes sortes : des bois, des maisons, des rentes, et même, parfois, un serf.

Sous l’impulsion du clergé, cette région connaît un essor économique certain, même s’il est impossible d’en préciser l’ampleur. Les moines de Saint-Florent de Saumur apportent la vigne et leurs méthodes de vinification à Montcaret, d’autres lancent des moulins à bateaux sur la Dordogne, à Eynesse et Gardonne, signe d’une augmentation de la production de blé ; quand aux moniales de Saintes, elles font commerce du sel entre leurs marais des rivages atlantiques et leur couvent Saint-Sylvain de la Monzie.

Jusqu’à nos jours, ce millénaire de christianisme est marqué par deux longues éclipses terribles et par deux chocs brefs et graves.

- De 1400 à 1453, dernières décennies de la Guerre de Cent Ans, cette région est ruinée en grande partie par des bandes de soldats et de brigands. Les paroisses souffrent. Les hameaux et les églises ont été détruits. Les paroissiens et leurs desservants ont été tués, sont morts de famine ou d’épidémie ou ont fui. Dans les années 1400, les revenus procurés par la dîme s’effondrent avant de disparaître. Après la bataille de Castillon et la victoire des armées françaises, en juillet 1453, l’administration royale française fait un état des lieux. Sainte-Foy a été détruite aux deux tiers, Ligueux, Caplong, les Lèves et d’autres paroisses sont « herma et deserta ». Beaucoup de terres, abandonnées depuis longtemps, sont revenues en friche, les titres de propriété ont souvent disparu et nul ne peut dire à qui elles appartinrent. Il faut relever le pays foyen et l’Entre-deux-Mers de leurs ruines. Il faut repeupler, rebâtir les hameaux et les églises, et installer des desservants. L’effort est global, considérable et il porte rapidement ses fruits. A partir de 1470, des curés sont en mesure de percevoir de nouveau la dîme, c’est le cas à Thoumeyragues.

- La Réforme commence à s’ancrer à Sainte-Foy et dans ses environs à partir de 1542. En 1561, les protestants détruisent la plupart des églises de l’archiprêtré de Sainte-Foy, en tout ou en partie. Des prêtres sont tués, d’autres s’enfuient, et la structure ecclésiale cesse d’exister et de fonctionner pendant plus de 60 ans. Contrairement à la crise qui a sévi pendant la première moitié du 15ème siècle, seul le clergé local et les structures ecclésiales subissent ce choc. Des titres anciens sont brûlés, des possessions usurpées et surtout, pendant longtemps, la dîme n’est plus versée. Traditionnellement, elle se payait au 11ème des récoltes de blé, de vin, elle était due sur tous les légumes, les animaux domestiques consommables, le chanvre, le lin et le foin. Des bourgeois foyens, à la fois marchands et propriétaires d’exploitations agricoles aux environs de la bastide, en profitent pour agrandir leurs domaines. C’est l’origine de la richesse que des familles protestantes conforteront et maintiendront jusqu’au début du 20ème siècle.

A partir des années 1630, des desservants reprennent en main les paroisses et accomplissent un immense travail : la présence sacerdotale, le retapage de leur église, le rétablissement des anciens droits, la récupération des biens usurpés, le rétablissement des anciens droits et en particulier, la perception de la dime. C’est un travail de longue haleine que mènent les curés : dans des paroisses « infestées par l’hérésie de Calvin », ils sont en butte à la « mauvaise foi » des protestants. Le curé de Pineuilh et Sainte-Foy n’obtint le rétablissement de la dîme qu’après plusieurs procès. Beaucoup d’églises sont retapés provisoirement, comme celles de Sainte-Foy et de Fougueyrolles. Certaines ne sont restaurées qu’à la fin du 17ème siècle, après la Révocation de l’Edit de Nantes (1685). D’autres ne font l’objet de travaux définitifs qu’à la fin du 18ème siècle. Cependant, en 1730, beaucoup de paroisses se dotent d’une maison curiale.

- La Révolution française anéantit ces efforts : suppression momentanée des messes, mise sous séquestre des biens d’églises (terres, vignes, maisons et presbytères) qui sont vendus comme biens nationaux, et suppression définitive de la dime.

Après le Concordat de 1801, les paroisses retrouvent leurs activités, mais pas leurs droits anciens, ni les possessions dont elles avaient été dépourvues, ni la perception de la dime. Une fois de plus, il faut tout reprendre et réorganiser : commence le 19ème siècle caractérisé par une multitude d’activités :

- Constructions et entretien d’écoles à Sainte-Foy et dans la plupart des paroisses de l’archiprêtré.

- Acquisition de presbytères.

- Construction et ouverture d’un collège à Sainte-Foy. Dans la seconde moitié du 19ème siècle, Ste-Foy et Bordeaux sont les deux seules villes de la Gironde disposant de deux collèges.

- Création d’institutions caritatives : l’asile Saint-Joseph pour vieillards et l’orphelinat de Port-Sainte-Foy, l’orphelinat de Cadillac au Fleix.

- Prêche de missions d’évangélisation et d’apostolat dans cette contrée en partie protestante.

- Reprise des processions en ville et à la campagne.

Au début du 20ème siècle, l’Eglise de France subit deux coups sérieux qui la dépossèdent, une fois de plus, de nombreux bâtiments :

- La loi sur les congrégations (1er juillet 1901) prescrit entre autres choses que les membres d’une congrégation non autorisée sont interdits d’enseigner ou de diriger un établissement d’enseignement. Les religieux et les religieuses qui dirigent une école doivent choisir entre leur sacerdoce et leur fonction d’enseignant. Beaucoup refusent de renier leurs engagements et les établissements qu’ils dirigent sont saisis par l’Etat. Ce thème inspire l’abbé Léglise, curé à Gensac ; en 1911, il publie un roman, « L’Adjointe », sous le pseudonyme de Stanislas de Saint-Loup. Il raconte comment une jeune fille préserve une école catholique de campagne.

- La loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, votée le 9 décembre 1905, provoque une très vive émotion dans les paroisses à cause de l’obligation d’inventorier les biens mobiliers et immobiliers : les catholiques refusent d’être à nouveau spoliés. Ils s’opposent à l’entrée dans les églises des commissaires et des gendarmes venus procéder à l’inventaire. A Pineuilh, les forces de l’ordre débloquent la porte à coups de hache. A Margueron, les gendarmes à cheval sont requis. Aux Lèves, des paroissiens se barricadent dans l’église, et on multiplierait les exemples.

Seuls les édifices servant au culte sont laissés à la disposition des paroissiens. A Sainte-Foy, le collège catholique devient l’hôpital et l’école Anglade, l’école maternelle. A Eynesse, Saint-Nazaire, Caplong, Pineuilh, La Roquille, Saint-Philippe du Seignal, etc., les presbytères sont mis sous séquestre.

Ce rapide tableau de l’histoire du catholicisme dans l’archiprêtré de Sainte-Foy ne concerne qu’un de ses aspects : son implantation et la succession de crises et d’embellies qui altèrent ou développent la vie religieuse, divers droits et des biens immobiliers.

Des rites à la théologie, d’une perception du monde à une présence religieuse et morale dans le monde et dans la société, il y a beaucoup d’autres aspects à évoquer, sur ce millénaire de catholicisme en pays foyen.