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La photo mesure 16x22 cm. Au dos : "Lycée Laon, 1945-1946, prof Maths 3e".

Il s'agit d'une classe de 3ème, 38 élèves autour de leur jeune professeur de mathématiques. La photo a été prise probablement dans l'hiver 1945 : c'est le début tardif, certes, de l'année scolaire : beaucoup d'élèves se protègent du froid avec une écharpe de laine, on imagine volontiers les gros pull-overs sous les vestes et les manteaux, et remarquons les branches nues des arbres. Au premier rang, un élève protège ses avants-bras du froid avec d'épais manchons en laine.

C'est l'hiver, peut-être en novembre ou décembre 1945.  

Presque tous ces jeunes gens sourient sauf celui du premier rang à droite sur la photo. Il est sérieux, presque triste, pourquoi ? La fin de la guerre apporte un soulagement que l'on veut croire général. Aucun ne risquera sa vie sur un champ de bataille, du moins le croit-on encore, cette guerre affreuse, dit-on, trop affreuse, sera évidemment la "der des ders". Sourient-ils à un avenir qu'ils rêvent serein ?

J'ignore en quoi les années de guerre et de l'occupation nazie ont pu marquer ces jeunes et leurs familles, les pères absents, tués à la guerre, prisonniers, déportés, ou ayant échappé à ce maelström en restant à Laon, dans quelles conditions, attentistes, pétainistes, collaborateurs, résistants, j'ignore qui fut visé par les lois répressives de Vichy et les difficultés de la vie quotidienne, j'ignore le sort des épouses, des familles, l'épuration. Je constate seulement que presque tous ces élèves expriment un sentiment de sérénité joyeuse.

La guerre est finie, et les difficulté d'approvisionnement subsistent. Jusqu'en 1949, beaucoup de produits de nécessité ne pouvaient s'acheter qu'avec des tickets de rationnement. Les tenues vestimentaires en témoignent : près de dix blousons en feutre ressemblent à des vestes militaires. Regardez les chaussures du jeune professeur de mathèmatiques, assis au milieu du premier rang : fabrication de guerre, avec sa semelle en bois épais, à bout carré. Il semble que deux élèves du premier rang portent aussi des chaussures à semelles de bois. Et celui qui a des bottes ? Avec une semelle de bois ? Je vous laisse vérifier.

La mode dure, et la nécessité fait loi. Plusieurs élèves portent ces pantalons "de golf" qui furent aussi appréciés que portés depuis le milieu des années 1920. Ils sont larges et concortables... et parfois beaucoup trop longs - voyez les deux élèves assis au premier rang, à droite. Je pense que ces vêtements étaient ceux de leurs pères, d'autant que les tenues sont hétéroclites. Le jeune professeur est peut-être le seul dont le pantalon et la veste ont été taillés dans le même tissu.

Je repère trois vestons au second rang, un croisé et deux droit. La forme des cols donnerait une chronologie à un historien du vêtement. J'admire le veston droit du jeune à lunettes, avec les longues pointes du rabas et la taille ceintrée. Veste de smoking ? ayant été portée par son père ?

Je note un dernier point. La semelle des chaussures est très relevée sous les orteils, comme le prescrivait un usage pérenne. Depuis quand ? Aujourd'hui, toutes les chaussures à notre disposition sont sur semelles plates, ce qui implique un contact au sol et une façon de marcher différents.

La photo ci-dessous représente trois formes en bois pour chaussures de femme. Elles furent utilisées par M. Loutrain, cordonnier à Sainte-Foy dans les petites années 1900, près du marché aux cochons, boulevard du commandant Jouhaneau-Lareignère, comme on disait alors. La même partie de la semelle est très relevée.    

En conclusion : j'ai montré cette photo à des amis. 45-46, il doit y avoir des gens photographiés encore en vie. Aidez-moi à prendre contact avec eux !

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