so dim 16 oct 18

Sud-Ouest, dimanche 16 septembre 2018. Titre de la une : "pourquoi fait-on moins de bébés ?". jadis, un premier ministre, Michel Debré, conseilla de faire des enfants sur une grande échelle. Notre homme défendait une politique nataliste traditionnelle dans une France qui éclata de rire, rares étant les équilibristes.

Pages 12 et 13 : "Société linnéenne : 200 ans de naturalisme". Ce qui veut dire que la société linnéenne de Bordeaux fête ses 200 ans. Elle s'occupe de géologie, préhistoire, botanique, mycologie, entomologie et zoologie. C'est la plus ancienne société savante de cette nature en France.

Elle eut une grande influence sur des chercheurs locaux : Dublange, Conil, Morin et Cayre en particulier. Philippe Henriot, le ministre de l'information du maréchal Pétain, fut aussi un remarquable entomologue et publia des articles dans la Revue linnéenne de Bordeaux. Il habitait le chateau de Picon à Eynesse, où il conservait ses collections d'insectes. Après la mort de sa veuve, elles furent données par ses héritiers à un musée. Sa fille Marguerite (Mimi...) m'avait dit qu'il s'agissait d'un musée allemand, en France, aucun musée n'ayant voulu recevoir des insectes collectés par Philippe Henriot. 

L'article cite Renaud Paulian et Jean-Baptiste Aymen. J'ai connu le recteur Paulian, spécialiste des scarabées, savant et notable. Longtemps, il habita à Port-Ste-Foy.

Jean-Baptiste Aymen fut médecin à Castillon au 18e siècle. Il en fut aussi le maire. Ce physiocrate entretint une correspondance avec de nombreux savants dont le naturaliste suédois Linné. Aymen, un personnage étonnant. Il tenta d'améliorer la rentabilité des productions agricoles et dans ses propriétés, il fit des expériences. Il avait constitué un herbier qui fit l'admiration de ses contemporains. Un jour, il profita de ses relations pour faire venir un tout petit baobab d'Afrique. Je ne sais toujours pas comment on peut mettre un tout petit baobab dans un herbier entre deux pages de papier pelure. J'avais fait l'inventaire de sa bibliothèque. Il y avait beaucoup d'ouvrages de médecine, parfois anciens. 

Il y a quelques lunes, Patrick Dauphin enseigna les sciences nat' au lycée de Ste-Foy. J'appris un jour qu'il fut le plus jeune agrégé de France dans cette matière. Puis, il quitta Ste-Foy pour Bordeaux, il présida la société linnéenne. Il participe toujours à ses activités.  

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Passons à la maquette d'un temple maçonnique idéal, exposée dans les locaux de la loge maçonnique foyenne.

 Avant de la décrire, je l'ai comparée au tapis de loge du 18ème siècle. Le tapis présente plus d'outils du maçon que la maquette. Je vois deux autres différences : les pointes du croissant de lune dans des directions opposées. Et aussi, l'absence de pierre brute tout devant, à gauche, alors qu'à droite se trouve la pierre taillée, comme sur le tableau. 

Maintenant, comment décrire la maquette, comment transformer cet objet en mots ? J'ai essayé de le faire en utilisant des termes appropriés. Google a frôlé la surchauffe parce qu'on y trouve tout. Je tape le nom de ce que je vois, j'ajoute "en franc-maçonnerie" et ça marche. Exemple : carrelage en franc-maçonnerie = pavé mosaïque. Des textes vous entraînent dans le symbolisme maçonnique. 

Quel est l'intérêt de transformer en mots cette maquette ? Ou si vous préferez, pourquoi la décrire ? Je la regarde, je l'apprécie, les expressions ne manquent pas. On peut la couver des yeux, etc. et pourqoi ne pas la juger (à quel titre demandera-t-on en se rappelant le conseil d'Apelle de Cos : "cordonnier, pas plus haut que la sandale").

La décrivant, je transforme un premier contact visuel, sensitif et pourquoi pas affectif en mots, supports d'idées, de concepts, de sentiments mémorisés. En même temps que se fait la conceptualisation, l'image de la maquette se conserve et s'enrichit. Chacun de nous suivra ces arcanes à sa façon. L'un intègre la maquette à ses notes de faculté, l'autre l'enrobe de souvenirs affectifs, tout arrive en son temps avec plus ou moins de force.

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J'aime que la pierre brute manque à la maquette. Y a-t-elle d'ailleurs jamais été ? Probablement, ou alors, le maquettiste, sentant sa mort venir aura voulu exprimer la plénitude de son être en ne posant que la pierre taillée. BIen prétentieux, comme démarche. Je demanderai à revoir cette maquette.

Il faut que j'en finisse avec elle. J'ai revu cette photo. Le temple idéal est sur une esplanade à trois degrés. Nouvelles recherches sur le net... Je suis dans le bleu... Passionnant, et conclusion provisoire : il ne pouvait pas ne pas y avoir de pierre brute.

Laissons l'empathie, n'allons pas relire Bachelard sur notre façon de créer des images (je pense à "La poétique de l'espace"). Je retiens le passage de la pierre brute à la pierre taillée, les allers-retours incessants entre une connaissance exotérique et un savoir ésotérique, entre l'appréhension sensitive et corrélative de ce que nous percevons et son organisation logique et déductive.

Je crois que chacun fonctionne ainsi, avec plus ou moins de pertinence, d'équilibre et de justesse, en toute lucidité ou pas. Les historiens, les artisans, les intellectuels, tous. On en tirera un canevas pour comprendre l'autre, si l'on veut. 

Ouargph ! Avec tout ça, je n'ai pas décrit la maquette...

Ronsard écrivait : "J'ai l'esprit tout ennuyé / D'avoir trop étudié / Les Phénomènes d'Arate. / Il est temps que je m'ébatte". Je suis ce conseil en vous parlant d'Elie Faure et de Juliette Gréco. 

Elie Faure adorait les femmes, m'avait dit un jour son fils Jean-Pierre. Il me racontait l'histoire de ce texte superbe de son père, "J'étais là, telle chose m'advint".

Dès sa création, en 1932, Elie Faure avait adhéré à "L'association des artistes et écrivains révolutionnaires". Est-ce dans ce cadre que Maxime Gorki avait proposé à une pléiade d'écrivains de décrire leur journée du 15 septembre suivant ? -la date précise m'échappe et je n'en sais rien parce que j'ai oublié.

Elie Faure répondit à la demande de Gorki et rédigea ce texte admirable. Prenant pour titre un vers de Jean de la Fontaine, il décrit sa journée de toubib, amputation d'un sein, visites à son dispensaire, etc. En fin de journée, il entre dans une parfumerie, à Paris, et y achète un blaireau. 

Jean-Pierre Faure m'avait dit que son père avait offert la boutique en question à sa maîtresse qui était la maman de Juliette Gréco. La petite Juliette raconta dans un livre de souvenirs que, dans sa prime enfance, Elie Faure la faisait sauter sur ses genoux. Tapez ces deux noms dans google, "Elie Faure Juliette Gréco" et vous verrez que la chanteuse n'a jamais oublié oncle Elie (Lili était le surnom que ses intimes donnérent à Elie Faure sa vie durant).

Dans vos recherches sur le net, peut-être rencontrerez-vous Hélène Duc. Je vous parlerai un jour de cette grande actrice originaire de Bergerac. Elle tint un rôle considérable dans la vie de Juliette Gréco.