Lundi 13 août 2012, Sud-Ouest publie un article sur le centenaire de l’école maternelle de Sainte-Foy : « Plusieurs associations foyennes (Musée du Pays Foyen, Association des œuvres laïques…) ont remarqué que l’école maternelle fêtait cette année son centenaire ».

Centenaire, non. Cent trente ans, oui : l’école maternelle existe sous cette dénomination depuis le 28 juillet 1882, c’est ce qu’indique le registre de délibération de la municipalité foyenne de l’époque. Cette dénomination supplantait celle de « salle d’Asile », cette dernière structure ayant elle-même remplacé le système des bonnes d’enfants qui existait à Sainte-Foy au moins depuis 1819. En remontant aux origines lointaines de l’école maternelle, on approche de son bicentenaire. Mais de son centenaire, en aucun cas.

Voici quelques notes sur l’histoire de cette école, suivant un plan chronologique parfois imprécis, par manque de documents :

1 - Bonnes d'enfants  (Avant 1819 - 1857...). 

2 - Puis, salle d'Asile  (...1842 -1882). 

3 - Puis, Ecole Maternelle  (1882- à nos jours). 

La loi du 5 mars 1833 prévoit et organise l'accueil des petits enfants et le démarrage de leur éducation dans le cadre de la salle d'asile : « elles formeraient le premier degré de l'enseignement élémentaire que, par cette raison, on pourrait appeler plus justement petites écoles ou écoles de l'enfance ». 

Déjà, un texte du 28 octobre 1829 définissait le passage du gardiennage par les « bonnes d’enfants » aux salles d’asile. 

Depuis deux siècles environ, l’histoire de l’école maternelle de Sainte-Foy est celle de la transition d’initiatives privées à une gestion par la commune, puis, à la gestion par l’état. 

1 - Bonnes d'enfants  (Avant 1819 - 1857...). 

Nous saisissons les origines lointaines de notre actuelle Ecole Maternelle "Pauline Kergomard" en 1819, lorsqu'il s'agit de savoir si des gardiennes d'enfants devaient ou non être assimilées à des institutrices. 

A Sainte-Foy, ces bonnes d'enfants semblent apparaître avec la Restauration et peut-être s'inscrivaient-elles dans une tradition plus ancienne de gardiennage de jeunes enfants. En 1819, cette activité n'est régie par aucun texte de loi, et dépend uniquement d'une volonté et d'une gestion privées : elle n'a aucun caractère obligatoire. 

Revenons au statut qu'il convenait alors d'attribuer à ces bonnes d'enfants.

Il est indispensable de citer in-extenso la lettre que le sous-préfet de Libourne adressa sur ce sujet au maire de Sainte-Foy : elle donne à penser qu'il s'agissait de maîtresses de pension, et donc d'une structure minimum, qui échappait encore au cadre légal définissant, dès 1816, la profession d'instituteur.

Pour le sous-préfet, il paraît évident que ces personnes qui s'occupent de garder des enfants ne sont pas assimilables à des institutrices. 

Voici ce texte, en date du 30 novembre 1819 (AM Ste-Foy, R 1 (2), pièce 2) : 

            Monsieur le Maire, vous m'informez par votre lettre du 27 du courant qu'il existe dans votre commune deux personnes qui s'occupent de garder des enfans de l'âge de 2,3 et 4 ans auxquels elles donnent les premiers soins, et qui sont ensuite retirés pour être confiés aux instituteurs ou institutrices, et vous me demandez si les deux personnes dont il s'agit sont soumises à l'examen qui doit avoir lieu à Libourne le 21 du courant pour les institutrices primaires de votre canton.

            C'est à vous, Monsieur le Maire, surveillant né des écoles de votre commune, à examiner si en effet ces deux personnes doivent être plutôt considérées comme bonnes d'enfans que comme institutrices, et dans ce cas, à ne pas les assujettir à des déplacements onéreux et sans utilité...

            Vous savez sans doute que l'examen ne concerne que les institutrices primaires, et qu'il n'est point encore question des maîtresses de pension. 

Nous n'en savons pas plus sur ces bonnes d'enfants, mais nous pouvons penser qu'elles assuraient autre chose qu'un simple gardiennage pour qu'on ait jugé nécessaire de vérifier si elles exerçaient une activité d'institutrice : elles assuraient alors une double fonction d'hospitalité et d'éducation, mâtinée parfois de charité. 

Dans ce cadre mal connu du gardiennage d'enfants, donnons l'exemple de la dame MARIN, que cite une lettre émanant du Comité d'Instruction primaire de Castillon en date du 10 juillet 1832 : « Elle n'a ni brevet ni autorisation, mais a toujours été considérée comme sérieuse et n'enseignant que l'alphabet ». 

L'état nominatif des habitants de Sainte-Foy en 1836 cite cette dame Marie Pénicaud, veuve Marin, institutrice, âgée de 76 ans. Elle est décédée le 23 janvier 1842. Le registre porte qu'elle était ancienne institutrice, et veuve de Emeric Marin, ancien colonel.

2- Salle d'asile  (1842 - 1882). 

La commune semble avoir ignoré pendant quelques années la circulaire du 5 mars 1833 concernant les salles d'asile, circulaire qui établit les mérites de ces institutions et signale une brochure, « Instructions élémentaires pour la formation et la tenue des salles d'asile de l'enfance ».

« Vous pourrez, je crois, écrit son auteur, y puiser d'utiles indications, tant sur les dépenses et les travaux matériels que nécessitent de semblables établissements, que sur les règles qu'il conviendrait d'observer, après leur mise en activité, sous le rapport, non seulement des soins physiques, mais encore et particulièrement sous le rapport de l'instruction morale et intellectuelle à donner à l'enfant ; car il ne peut être que fort utile de commencer l'instruction dès l'âge le plus tendre : et tel semble devoir être le but principal des salles d'asile, qui formeraient le premier degré de l'enseignement élémentaire, et que par cette raison, on pourrait appeler plus justement petites écoles ou écoles de l'enfance ».

De même façon, la commune ignore la circulaire adressée par Guizot aux préfets le 27 avril 1834, relative aux obligations imposées aux communes en ce qui concerne l'instruction primaire : « Vous appellerez l'attention des conseils municipaux des villes et des principales communes sur l'utilité des salles d'asile et des classes d'adultes, et vous les inviterez à voter les fonds nécessaires pour l'organisation et l'entretien de ces établissements »...

Ernest Fouinet décrit une salle d’asile dans un récit que publièrent Alfred Mame et compagnie, imprimeurs-libraires à Tours, en 1846, La salle d'asile au bord de la mer (p. 54) :

Asile ! c'est un doux mot qui respire le calme, la piété, la paix. Asile ! C’est un lieu sacré, inaccessible aux violences, un temple ! Quel nom mieux choisi pouvait être donné à ces écoles du premier âge ? Humbles sanctuaires de l'amour maternel, là les enfants trouvent les soins que ne peuvent leur donner leurs parents, occupés du matin au soir des travaux qui les font vivre. Refuge contre l'oisiveté, l'Asile offre à ces petits êtres, au milieu de tranquilles amusements, de riantes leçons qu'ils prennent en chantant en chœur. C'est dans des mélodies pleines de simplicité et de charme qu'ils apprennent la religion : des chansons gracieuses et naïves gravent dans leur mémoire de salutaires préceptes de conduite envers la société, c'est-à-dire envers les hommes et eux-mêmes. L'Asile ressemble à un nid bien recueilli, bien caché, enveloppé de caressantes ailes, sous lesquelles gazouille l'incessant murmure d'une grande couvée. Honneur à notre siècle ! Complétant l'oeuvre de charité qui, en d'autres temps, assura un refuge aux enfants-trouvés abandonnés, il a offert un abri à ces enfants pauvres, à ces demi-orphelins que le travail sépare pendant douze heures de leurs mères, et qu'une mère commune attend à la salle d'asile.

A Sainte-Foy, en 1842, se pose la question de transformer le gardiennage privé des enfants en salle d'asile financée par la commune. Le 7 septembre 1842, Jean Reclus, l'Inspecteur des Ecoles de la Gironde, écrit au maire de Sainte-Foy : Je n'ai pas oublié ma cité adoptive et les amis qui l'habitent. Aujourd'hui même j'ai remis à M. le Préfet un mémoire sur les salles d'asile, et j'ai demandé pour Sainte-Foy une somme de frs 300 pour être employée à ce service.

Mais il faut que le conseil municipal se détermine pour permettre à Reclus d’agir. Le projet de délibération du conseil municipal apporte de précieux renseignements sur ces salles d'asiles (AM Ste-Foy, R 1 (2), pièce 4) :

Ces établissements réunissent de grands avantages, savoir celui de l'instruction et de l'éducation et des soins donnés à de tous jeunes enfants et la liberté laissée à leurs parents d'utiliser la journée au profit de leur famille tout entière. Le conseil ajoute qu'il considère des petites écoles comme de puissans auxiliaires aux travaux agrestes. Il connaît la sympathie du gouvernement pour les salles d'asile et le concours qu'il promet aux localités qui entrent dans les vues de véritables progrès ; il sait également que le département vient en aide aux communes qui forment des salles d'asile et qu'une allocation leur est assurée. Il propose en conséquence de décider qu'une salle d'asile pour les enfants des deux sexes sera établie à Sainte-Foy. Le conseil municipal affectera à cette petite école une salle, etc... La dépense d'appropriation ou de réparation et d'ameublement s'étant élevée à -un blanc- et devant encore d'élever à - un blanc- le conseil municipal priera m. le préfet et m. le ministre de l'instruction publique, par l'intermédiaire de M. le Sous-Préfet et de l'Inspecteur des écoles de faire accorder à la ville de Sainte-Foy une somme de -un blanc- dans le plus bref délai possible, afin que le conseil municipal puisse faire jouir la population laborieuse de cette petite ville du bienfait de cet établissement avant la fin de l'année.

Ce n’est qu’un projet non chiffré, mais il exprime clairement l'intérêt que le conseil municipal porte à la salle d'asile, et son souci d'installer une salle d'asile conforme à la loi. Pourtant, en 1842, la salle d'asile n'est toujours pas installée, et le conseil municipal, pourtant demandeur, refuse d'apporter son concours à l'ouverture d'une salle d'asile si le préfet ne lui accorde pas une subvention de 1500 fr. Le 13 décembre 1842, le sous-préfet de Libourne écrit au maire de Sainte-Foy (AM Ste-Foy, R 1 (2), pièce 5) :

J'ai fait connaître à M. le Préfet, d'après votre lettre du 8 du courant, le refus de votre conseil municipal de voter le concours de la commune pour l'établissement d'une salle d'asile, dont il reconnait l'utilité, s'il ne lui est pas permis de compter sur une subvention de 1500 fr. pour une dépense totale de 2500 fr.

M. le Préfet me fait observer que votre commune ne saurait obtenir un secours aussi considérable; qu'elle peut tout au plus espérer une subvention du 1/4 ou du 1/3 au plus de la dépense, soit 800 fr. qu'il sollicitera sur les fonds de l'Etat l'allocation nécessaire pour compléter ce secours, mais qu'il faut que l'affaire soit régulièrement instruite.

Ce magistrat ajoute que l'importance des revenus de la commune lui permet de pourvoir à l'entretien de la salle d'asile, et ce au moyen d'économies sur divers services largement assurés au budget de 1842, sans recourir à des centimes additionnels; que peut-être même ne lui serait-il pas impossible de faire face aux dépenses de premier établissement sans s'imposer aucun sacrifice. Qu'enfin le conseil municipal a réservé dans le budget supplémentaire une somme de 918 fr 31 c. pour dépenses non prévues, et que cette somme pourrait être affectée à une salle d'asile.

Toute fois, M. le Préfet m'adresse, et je transmets à M. le receveur particulier pour revenir au receveur municipal de Sainte-Foy, un mandat de paiement du secours accordé sur les fonds du département, montant à 250 fr. En conséquence il vous est ouvert au budget courant un crédit additionnel en recette et en dépense de ladite somme, pour recevoir la destination dont il s'agit.

Je vous prie de vouloir bien donner à cette affaire le complément d'instruction dont elle est susceptible...

Ces courriers n'eurent pas d'effet puisque dans sa délibération du 3 décembre 1853, la commission administrative de l'hospice de Sainte-Foy délibère sur la création d'une salle d'asile dans les locaux de l'hôpital. Monsieur le Président prend la parole et dit : j'ai communiqué au Conseil municipal, votre délibération en date du 12 juillet dernier, approuvant les plans et devis, s'élevant à la somme de fr 6360 par la création d'une salle d'asile à l'hôpital.

Le Conseil municipal s'est montré favorable à vos projets et je viens aujourd'hui vous inviter à prendre une délibération au sujet des voies et moyens.

Il ne peut s'élever aucun doute au sujet de l'opportunité d'une salle d'asile; cet établissement est demandé par l'autorité supérieure, et est indispensable dans la ville. Mais messieurs il est impossible à l'administration de l'hôpital de faire face aux dépenses nécessitées par ces travaux au moyen de ses seules ressources...

Nous ne pouvons donc couvrir les dépenses nécessités par la création d'une salle d'asile, qu'au moyen de secours accordés soit par la ville, soit par le département et l'Etat.

La Commission après en avoir délibéré,

Considérant l'urgence de la création d'une salle d'asile,

Décide à l'unanimité qu'une subvention de fr 6360 pour la création d'une salle d'asile à l'hôpital sera sollicitée de la bienveillance du Conseil municipal du département et de l'Etat.  

Le 8 décembre suivant, le sous-préfet de Libourne désigne M. Ducoup agent d'affaires à Sainte-Foy pour procéder à l'expertise de l'emplacement dépendant de l'hôpital, sur lequel est projetée la construction d'une salle d'asile.

La solution de ces questions budgétaires est trouvée en 1857, et la salle d'asile est installée dans les locaux de l'hôpital de la ville (ancien LEP transformé en résidence Ferbeyre).

Le 3 décembre 1857, le conseil d’administration de l’hospice de Sainte-Foy délibère :

J’ai communiqué au Conseil municipal, votre délibération en date du 12 juillet dernier approuvant les plans et devis, s’élevant à la somme de fr 6360, par la création d’une salle d’asile à l’hôpital.

Le conseil municipal s’est montré favorable à vos projets et je viens aujourd’hui vous inviter à prendre une délibération au sujet des voies et moyens.

Il ne peut s’élever aucun doute au sujet de l’opportunité d’une salle d’asile ; cet établissement est demandé par l’autorité supérieure, et est indispensable dans la ville. Mais, Messieurs, il est impossible à l’administration de l’hôpital de faire face aux dépenses nécessitées par ces travaux au moyen de ses seules ressources.

En effet les revenbuis de l’hôpital ne s’élèvent qu’à la somme de 2137 fr 40 tandis que les dépenses sont de 5947 fr 40, déficit 3810 fr.

Ce déficit n’est couvert qu’au moyen de secours accordés par la commune et des ressources des classes.

La commission, après en avoir délibéré,

Considérant l’urgence qu’une subvention de 6360 fr pour la création d’une salle d’asile à l’hôpital sera sollicitée de la bienveillance du conseil municipal, du département et de l’état (AM Ste-Foy, R 1 (2), pièce non numérotée).

Le 8 décembre 1857, le sous-préfet de Bergerac écrit au maire de Ste-Foy :

J’ai l’honneur de vous informer que je désigne M. Ducoup agent d’affaires à Ste-Foy, pour procéder à l’expertise de l’emplacement dépendant de l’hôpital, sur lequel est projeté la construction d’une salle d’asile (AM Ste-Foy, R 1 (2), pièce 6).

Par la suite, en juillet 1859, le ministre de l'instruction publique accorde 2000 pour appropriation de la salle d'asile annexée à l'hôpital (AM Ste-Foy, R 1 (6), pièce 55).

Le 27 mai 1864, le préfet accorde un secours de 734 fr à la salle d'asile (AD Gde, 8 T 12).

3 - Ecole maternelle (1882 - A nos jours).

Comment cette salle d'asile laisse-t-elle la place à l'école maternelle ? Nous l'ignorons. Les Archives municipales contiennent un document important qui, marque la naissance officielle de cette école(R 1 (2), pièce 15) ; il s'agit d'une lettre du sous-préfet de Libourne au Maire de Sainte-Foy :

J'ai l'honneur de vous informer que par décision du 28 novembre 1882, M. le Ministre de l'Instruction Publique a approuvé la délibération du Conseil départemental en date du 28 juillet dernier relative à la reconnaissance comme établissement public de l'école maternelle de Sainte Foy la Grande. 

La dépense sera prélevée sur les ressources énumérées aux articles 2, 3, 4 et 5 de la loi du 16 juin 1881.

Les budgets des années 1883 et 1884 continuent de porter cet établissement sous son ancien nom de salle d'asile bien que le premier décret relatif à l'enseignement, au personnel et à l'inspection des écoles maternelles ait été signé le 2 août 1881.

Nous ne connaissons pas les débuts de l’école maternelle foyenne. Elle est certes publique, obligatoire et gratuite.

Le décret stipule que l'enseignement comprend les premiers principes d'éducation morale; des connaissances sur les objets usuels; les premiers éléments du dessin, de l'écriture et de la lecture; des exercices de langage; des notions d'histoire naturelle et de géographie; des récits à la portée des enfants ; des exercices manuels; le chant et des mouvements gymnastiques gradués.