J'ai assisté hier soir à une réunion d'information sur la 13ème rencontre des Sainte-Foy de France qui aura lieu dans notre ville les 19, 20 et 21 août prochains.

Ces rencontres sont désignées par le nom de "Fidésiades".

D'où vient ce mot "Fidésiade" ? Dans les années 1960, Jean Corriger façonna le néologisme "Fidésie" pour désigner la zone d'attraction du pays foyen et tenta de le lancer. "Fidésie" figure dans son ouvrage posthume, "Sainte-Foy-la-Grande, son histoire", publié en 1976.

Ce fut un échec, personne ne reprit ce mot... sauf récemment, pour ajouter un barbarisme au néologisme : "Fidésiade" a été fabriqué à partir de Fidésie.

Bachelard s'amuserait de ce mot "Fidésiades" qui avançant doublement masqué camoufle sa belle étymologie latine pour prendre les sens que lui donne une pratique neuve.

Je le regrette parce que l'étymologie de "Fides" est riche de valeurs qui n'apparaissent plus dans le mot "Fidésiades". Fides, le mot latin, c'est la fidélité, l'honnêteté, la probité, le dévouement, la conscience, la droiture, le devoir.

Les initiateurs de cette association sont passés à côté de cette richesse.

Auguste Bouillet et Louis Servières écrivent dans le monumental ouvrage qu'ils consacrent à "Sainte-Foy, Vierge et Martyre" : "Son nom fut un présage, une prophétie des vertus et de la mission future de cette enfant qui devait être, durant sa courte vie, le champion de sa foi chrétienne dans sa ville natale et, après sa mort glorieuse, le soutien de sa religion dans plusieurs contrées".

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Le martyr de sainte Foy exprime la condamnation et le rejet total de toutes les valeurs qu'exprime son nom. L'extraordinaire puissance symbolique de cet épisode fait de sa vérité historique une question négligeable : avec la mort de la sainte, la fidélité, l'honnêteté, la probité, le dévouement, la conscience, la droiture et le devoir disparaissaient de facto.

Ces valeurs, qui ne sont pas l'apanage des partisans de la jeune martyre, ne réapparaissent pas dans le néologisme barbare "Fidésiades".

Ainsi, "Fidésiades", nom aux racines tranchées, appelle une devise comprenant le mot "Fidélité".

17 communes de France se sont groupées dans ces Fidésiades. Les paroisses et les églises consacrées à la jeune vierge sont bien plus nombreuses. Auguste Bouillet et Louis Servières en donnent la liste. Elles sont situées en France, Allemagne, Angleterre et colonies anglaises, Belgique, Espagne, Italie et Suisse.

Les églises les plus anciennes furent administrées par les bénédictins de Conques à partir du 12ème siècle, dans le cadre de la réforme grégorienne. C'est le cas de Sainte-Foy la Grande.

Pour la France, la liste comprend des dizaines de paroisses. Moins d'une vingtaine conservèrent le nom de la sainte lorsque la Révolution française les transforma en communes.   

Quelques os de la jeune martyre sont conservés dans l'église de Sainte-Foy la Grande. Lisons nos deux auteurs :

"Sur le désir de l'archevêque de Sainte-Foy, l'abbé de Langalerie, qui mourut archevêque d'Auch, le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, donna, le 4 octobre 1851, sainte Foy comme patronne secondaire à la nouvelle église, dont la sainte Vierge est la patrone principale.

Lors de sa consécration, le 28 septembre de la même année, une partie des reliques de la vierge d'Agen avait été mise dans la pierre sacrée du maître-autel, avec des reliques de plusieurs autres saints. Une relique plus considérable est conservée dans un magnifique reliquaire. On la porte processionnellement tous les ans à travers les rues de la ville au jour de la fête de Sainte-Foy. Nous empruntons au registre de l'église les lignes suivantes :

"Le 12 octobre mil huit cent soixante-dix neuf est une date mémorable pour la paroisse de Sainte-Foy la Grande. S. G. Mgr l'&rchevêque de Rodez avait bien voulu donner à Mgr de Langalerie, pour la paroisse de Sainte-Foy, une relique insigne de la sainte patrone de la ville. La réception de ce précieux trésor a été un événement religieux et l'occasion d'une splendide fête... Après les vêpres, la procession s'est déroulée à travers des rues magnifiquement décorées... Le soir, la ville entière était illuminée. C'est l'avis unanime que, de mémoire d'homme, on n'avait jamais vu pareille fête à Sainte-Foy".

Voici une photo de la Grand' Rue prise ce 12 octobre 1879 au niveau de l'actuel Office de Tourisme :

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Vous verrez une autre photo prise le même jour et presque au même endroit dans cet album :

  • Les catholiques du pays foyen.

    Les catholiques du pays foyen.

  • Revenons au projet de Fidésiades. Voici le programme

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    et un formulaire à reproduire et à remettre à la mairie de Sainte-Foy si vous êtes intéressé :

    formulaire

    Je relis ce post écrit au fil de la pensée et de ma documentation. Des fautes de frappe et d'orthographes à corriger. Peut-être en reste-t-il.

    Hier soir, pendant la réunion d'information sur les Fidésiades, l'implication des Foyens dans ces manifestation fut débattue. Comment impliquer nos concitoyens ? Un feu d'artifice, un toro de fuego ?

    Le sens étymologique de Fides, la fidélité, donne une réponse : planter un Arbre de la Fidélité. Depuis 1945, Sainte-Foy a son Arbre de la Libération, il y aura un Arbre de la Fidélité et ce sera un tilleul : cet arbre, dont les feuilles ont la forme d'un coeur, est le symbole de la fidélité. Et puis, l'été, ses fleurs embaument.

    J'imagine que les communes foyennes invitées offriront l'arbre à leur hôte local. Les anciens prépareront le trou et mettront l'arbre en terre.

    Un tilleul peut vivre un demi-millénaire. Il sera sage de prévoir une petite plaque portant l'inscription : "Arbre de la Fidélité offert par les 17 Sainte-Foy de France à notre commune le 20 août 2011". Parce que l'arbre sera toujours là quand nous aurons disparu depuis longtemps. Qui sait où se trouve l'Arbre de la Libération, qui sait où fut planté l'Arbre de la Liberté, en 1789, à Port-Sainte-Foy ? Il a été remplacé chaque fois qu'il a gelé, mais, depuis plus de deux siècles, un Arbre de la Liberté se dresse au même endroit, au Port.

    Avec l'arbre que l'on plante, qu'une communauté met en terre, se dégagent des images profondes de la vie qui s'ancre dans un terroir pour y trouver tous les sucs et le confort dont elle a besoin. Ce sont des sentiments et des rêveries que l'on n'exprime pas, sur le moment, mais qui marquent les liens communs.

    Les discours officiels ne sont donc pas de mise : ils risquent réduire et lisser les émotions personnelles. Par contre, un pot, offert près de l'Arbre de la Fidélité, permet ces échanges de personne à personne, qui sont l'essence de toute communauté.   

    A chaque Fidésiade, les communes invitées offriront un tilleul à celle qui les reçoit. L'Arbre de la Fidélité sera un lien - et un rite - supplémentaire entre les Sainte-Foy de France.

    Je redonnerai cette idée en réunion. J'espère qu'elle sera retenue.