Il ne provient ni d'un grenier oublié, ni d'un dépôt d'archives publiques. Il n'est pas rare puisqu'il a été imprimé à 2000 exemplaires. Il n'est pas ancien puisqu'il a été distribué dans tout Sainte-Foy en début de cette semaine.

C'est l'"addition au bulletin municipal n° 18", sous la signature de Robert Provain, maire et conseiller général.

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C'est bien un document historique exceptionnel.

L'Express du 20 novembre 2013 consacrait un article à notre commune, l'une des plus pauvres de France et des plus endettées par habitant. Cet hebdomadaire a utilisé quelques une des nombreuses informations et statistiques officielles que chacun consultera facilement sur le net. 

Chacun constate les problèmes qui se posent à notre commune, beaucoup en parlent. Il n'est plus possible de les nier ni de les cacher. Sauf dans cet additif : "Une campagne électorale n'est pas un concours de sinistrose qui abîme l'image de la ville".

Pour Robert Provain, se taire, s'autocensurer sont les seules attitudes convenant à un citoyen : parler finit par "abîmer l'image de la ville". Etrange conception de la démocratie.

L'image de la ville dépend en grande partie des élus. Ce sont eux qui abîment ou préservent "l'image de la ville" et surtout, la réalité, la vie, les projets. Mesdames et messieurs nos élus, qu'avez-vous fait de notre commune ?

Robert Provain nous joue une scène que nous connaissons par coeur parce qu'on nous l'a servie tant de fois : la commune qui s'est dévouée pour les autres. Cette fois, il change de ton, il adopte celui de la grosse colère, il ne veut pas laisser "salir, caricaturer, dénigrer par certaines personnes, l'ensemble des investissements réalisés au bénéfice des foyens et insulter les élus qui m'ont accompagné et soutenu en votant à l'unanimité tous les budgets. Insulter les élus, c'est insulter les 94 % des électeurs foyens qui ont voté pour ma liste "Républicaine et Laïque" en 2008. C'est INTOLERABLE".

J'ignore s'il tape du poing sur la table, mais cette attitude lui permet de regrouper autour de lui son équipe municipale, de marteler ses vérités et de taire ce qui lui convient.

Et ça commence très mal : les dénigreurs ne sont pas cités mais on comprend qu'ils sont une infime minorité, ils appartiennent aux 6% des électeurs foyens qui n'ont pas voté pour la liste de Robert Provain en 2008. Où avez-vous vu que 94 % des électeurs foyens ont voté pour la liste de Robert Provain en 2008 ? Ce chiffre est faux, grossièrement faux, et qu'un élu mente à son électorat, est-ce tolérable ?

Faut-il s'arrêter à cette étrange thèse du complot, des dénigreurs non cités ? Les régimes totalitaires utilisent et ont utilisé le complot comme élément régulateur. Ici, il a la même fonction.

"La Bastide de Sainte-Foy-la-Grande, d'une superficie de 46 ha, urbanisée à 94 % est la ville centre du Pays Foyen et regroupe l'ensemble des services publics et privés du Pays Foyen".

La bastide ne regroupe plus l'ensemble des services publics et privés du pays foyen. Mais cette affirmation sert la démonstration de l'auteur : "Que serait aujourd'hui le Pays Foyen si les Conseils Municipaux de Sainte-Foy successifs de la Libération à aujourd'hui solidaires les uns des autres n'avaient pas pris en charge SEULS l'ensemble des investissements publics ?"

Une liste de réalisations qui conclut cette démonstration et lui donne se force.

Pourtant... Que vient faire ici les conseils municipaux de Sainte-Foy de la Libération jusqu'à l'élection de Pierre Lart, en 1959 ? Marc Chambon, le maire des années 1950 et son conseil municipal avaient prévu d'installer une piscine route du Pont de la Beauze, sur les terrains qui s'étendaient à droite de la route jusqu'à la rivière, juste avant de passer sous le pont du chemin de fer. En plus de la piscine, le plan figure plusieurs terrains de sports, une plage pour la baignade et le canoë-kayack sur la Dordogne. 

Les mêmes avaient projeté d'édifier un nouveau collège-lycée sur la route du Pont de la Beauze, sur les terrains qui s'étendent à sa gauche, à peu près au niveau de l'actuel pont et rond-point.

Pierre Lart réalisa ces projets sur d'autres sites. La solidarité municipale affirmée dans ce document ne s'étend pas jusqu'à la Libération mais commence en 1959.

Il est exact que Sainte-Foy a pris en charge seule une longue suite d'investissements publics. Je dis bien Sainte-Foy et plus exactement ses contribuables, alors que Robert Provain écrit que ce sont les conseils municipaux qui ont pris en charge ces investissements. Confondre décideurs et payeurs n'est pas anodin.

Ce document passe sous silence un point essentiel : la commune de Sainte-Foy avait-elle la possibilité de partager les investissements cités avec d'autres communes ? La loi offrait-elle une structure intercommunale le permettant ?

La réponse est oui, avec le Syndicat Intercommunal à Vocation Unique que le législateur a créé par une loi du 22 mars 1890. Vous avez bien lu 1890 !

En pays foyen, on a connu l'existence des SIVU avec par exemple, les campagnes d'électrification qui ont suivi l'édification du barrage de Tuilières mis en service en 1909. A Sainte-Foy même, un SIVU n'a-t-il pas été envisagé pour créer la salle de cinéma de la Brèche ?

La vérité est que Sainte-Foy a voulu créer et financer seule de multiples investissements utilisés par les habitants de tout le pays foyen.

Pourquoi ? Quelles étaient les conditions optimales pour créer un SIVU efficace ? Ces conditions se sont-elles présentées, les a-t-on recherchées, et sinon, pourquoi ? Répondre à ces questions, c'est faire l'histoire de notre bastide, de 1959 à aujourd'hui. D'autres que moi, sociologues ou historiens, entreprendront ce travail un jour.

Revendiquer cette "politique ambitieuse et nécessaire d'investissements", c'est en assumer la responsabilité en ne laissant pas croire qu'elle fut la seule possible, ce qui permet de justifier le recours incessant à l'emprunt qui caractérise les 50 dernières années de notre vie municipale et a fait du Sainte-Foy d'aujourd'hui, une commune surendettée.

Jean Vircoulon