1 – Origine.

A la fin du 11e siècle, la réforme grégorienne atteint la moyenne vallée de la Dordogne. L’Eglise affirme son indépendance par rapport au monde féodal : c’est un résumé bien succinct de la remise en ordre qui s’opère alors dans le monde chrétien, mais c’est cet aspect qui paraît ici en premier plan. De nombreux seigneurs restituent à divers ordres monastiques les biens d’églises dont ils s’étaient emparés : lieux de cultes, terres et droits divers.

De nombreux documents attestent de l’importance de ce mouvement, de Montcaret à La Monzie, de Saint-Méard de Gurçon aux Lèves. Je n’ai pas trouvé de texte mentionnant alors l’église de Riocaud. Mais il est certain que cette église, ainsi que la paroisse qu’elle desservait étaient incluses dans la maillage de paroisses existant dans la moyenne vallée de la Dordogne et aux alentours.

La plus ancienne mention de l’église de Riocaud figure dans le pouillé de Valéri, établi vers 1520.

2 – 1562, destructions d’églises en pays foyen, le cas de Riocaud.

En 1542, la réforme fut prêchée à Sainte-Foy par Aymon de la Voye et s’implanta rapidement en pays foyen. En 1562, les protestants démolirent beaucoup d’églises du pays foyen, obligèrent les prêtres à abjurer leur foi catholique pour adopter la Réforme, chassèrent ceux qui s’y refusèrent et tuèrent quelques récalcitrants.

L’église de Riocaud fut en partie démolie. En 1603, Nicollas de Villars, lors de la visite de son diocèse, trouva un vieux prêtre âgé de 105 ans à Sainte-Foy, Jean Reignemore, mais n'a pas indiqué d'autres personnes ; « il en restait quatre à Pineuilh outre quelques serviteurs et chambrières, aucun à Appelles, Sainct-André de Capbeauze, Saint-Philippe. Aux Lèves quatre maisons catholiques, à Ligueux quinze personnes. A Thoumeyragues, 27, à Riocaud c'était la seule paroisse où un service catholique était célébré tous les quinze jours »[1].

21 – Le renouveau catholique des années 1630.

En 1598, avec l’Edit de Nantes, Henri IV met fin à plusieurs décennies de guerres civiles, les fameuses guerres de religion, qui avaient déchiré le Royaume de France. C’est seulement à partir de 1630 que les paroisses catholiques du pays foyen reprennent leurs activités religieuses et économiques. Par exemple, à Ligueux, le curé Deschamps sert la messe régulièrement, fait remettre en valeur les terres qui dépendent de la cure et perçoit la dîme.

Cette rénovation concerne tout le pays foyen, Riocaud inclus, et au-delà, mais je n’ai pas trouvé de documents indiquant ce qui s’est passé à Riocaud.

22 – Jean Tauriac, curé de Rocaud à la charnière des 17 ème et 18 ème siècles

J’ai retrouvé quelques actes passés devant notaire par Jean Tauriac qui fut curé de Riocaud à la charnière des 17ème et 18ème siècles. Il concerne les biens personnels du curé et on constate qu’il gère son patrimoine avec soin. Ces documents illustrent un caractère commun à bien des desservants de l’époque : leur patrimoine local contribuait à les intégrer dans leur paroisse.

Voici l’analyse de ces actes :

- 1696, le 5 février. Jean Bartal dit la Pléne, hoste, fils de feu Pierre Bartal et de feue Henrie Loubafin natif du bourg d'Allemants de Tombeuf audit Agenois et de présent habitant du pont Neuf en la paroisse et juridiction de Tailhecavats, vend à M. Jean Tauriat prêtre docteur en théologie, curé de la paroisse de Riocaud et y habitant, un appentis de maison couverte de tuile crus avec ses ayzines et un jardin y joignant six et situés au bourg d'Allemants de Tombebeuf.

- 1700, le 13 juillet. Mr Me Jean Tauriac, prêtre, docteur en théologie, curé de la paroisse de Riocaud et y habitant, subroge à Anthoine Bartal, maître cuisinier, fils de feu Pierre Bartal habitant de la paroisse d'Allemans juridiction de Tombebeuf, en la propriété des bâtiments et biens fonds que le sieur Tauriac a acquis par contrat du 5 février 1686, de Jean Bartal, frère dudit Anthoine.

- 1713, le 15 janvier. Christine Charleton habitante du bourg de Riocaud (Riouquaud), vend à Jean Tauriac prêtre et curé de cette paroisse et y habitant, une pièce de terre labourable sise dans cette paroisse au lieu appelé au champ de Bartoumet qui confronte du levant à sieur Izaac Rivoire du midi aux hoirs de Ellie Mounies dit la Treille, du couchant à Pierre Brian du nord à un grand chemin qui va de Riouquaud au Rafiaud contenant 48 escas.

- 1718, le 9 mars. Arpentement pour sieur Jean Tauriac prêtre et curé de la paroisse de Riocaud, et Pierre Brian habitant de cette même paroisse, des biens qu'ils se sont donnés mutuellement.

J’ignore quand Jean Tauriac décéda. En 1728, il est toujours prêtre à Riocaud[2].

23 – Le renouveau au milieu du 18ème siècle.

En pays foyen, deux mouvements marquent le 18ème siècle : la reconstruction des églises démolies par les protestants en 1562 ou la réparation des dégâts qu’ils y avaient faits, et les assemblées au désert où les protestants se retrouvent à partir des années 1740.

Le 16 décembre 1684 puis entre 1756 et 1760, le Conseil d’Etat du Roi inscrit l’église de Riocaud dans une liste d’églises à réparer[3]. Je n’ai pas consulté ce document. En décembre 1684, tous les temples du pays foyen ont été démolis. En octobre 1685, Louis XIV révoque l’Edit de Nantes et, de fait comme de droit, la Religion Prétendue Réformée, pour reprendre le vocabulaire de l’époque, est interdite dans le royaume de France. En même temps, Louis XIV se préoccupe de faire relever les églises qui furent abattues en 1562.

En pays foyen, ce ne fut ni facile ni immédiat comme le montre l’exemple de Riocaud : entre 1756 et 1760, il est encore question de faire réparer l’église paroissiale. Dans les notes d’archéologie sur l’église de Riocaud, données ci-dessous, nous verrons que l’église n’était pas entièrement réparée quand survint la Révolution française.

Un acte capitulaire du 28 février 1740 apporte des précisions sur les travaux concernant l’église. Un acte capitulaire donne le compte-rendu d’une réunion tenue par les principaux habitants de la paroisse, devant la porte de l’église et à la sortie de la messe dominicale, en présence de tous les habitants, pour décider des affaires communes. Cette structure préfigure les conseils municipaux instaurés par la Révolution française.

Donc, le 28 février 1740, « au bourg de Riocaud,… au devant de la porte de l’église paroissiale…, tous habitants de la présent paroisse, assemblés au présent lieu a la manière accoutumée, en présence et du consentement de Monsieur Maître Pierre Sabourot, prêtre, docteur en théologie et curé de la présent paroisse…, sont d’accord pour que Michel Compain habitant de la paroisse de Barjac juridiction de Beaumon en Périgord fasse une cloche de 240 livres[4]. J’ignore si cette cloche est toujours en place dans le clocher de l’église.

Les archives municipales de Sainte-Foy conservent le terrier de 1762-1767 pour le curé de Ste-Foy, qui reconnaît une pièce de pré à Riocaud, dans le tènement de Boucheries et Jolivet. Plan des tènements des Boucheries et Jolivet, Marais, des Martinaux et Bardon, paroisse de Riocaud[5].

En 1685, la Révocation de l’Edit de Nantes eut trois conséquences principales en pays foyen : des protestants abjurèrent leur foi pour se faire catholique, certains s’exilèrent et d’autres firent le dos rond et continuèrent à lire la bible et à pratiquer un culte en famille. Dans les années 1740, ces protestants tinrent des assemblées publiques qui réunissaient des centaines voire des milliers de personnes. C’était les « assemblées au désert », appelées ainsi en souvenir de la fuite des Juifs d’Egypte et de leur très longue traversée du désert avant d’atteindre la terre promise, et non parce ces assemblées furent tenues dans des endroits cachés, comme on le croit trop souvent. Je fais cet aparté parce qu’une de ces assemblée eut lieu à Riocaud en avril 1754[6].

Terminons avec cette brève description de la paroisse de Riocaud au 18ème siècle : en 1778, la paroisse de Riocaud contient 1553 journaux deux tiers 11 escats 1 sixième, et 54 feux[7]. Ce qui signifie que Riocaud s’étend sur 668 hectares environ et comprend à l’époque 54 familles.  

3 – Apport de l’archéologie.

En 1928, dom Réginald Biron publia une brève notice sur cette église : « Eglise à 2 nefs de la période gothique (XVe ou XVIe siècle) se terminant à l’est par un mur plat. Voûtes en blocages supportés, par des piliers octogones. Restaurée (1903). A l’ouest de la nef du sud, porte (XIIIe s.), sans doute seule partie ancienne »[8].

Dom Réginald Biron s’est contenté d’abréger la notice donnée par Raymond Guinodie dans son « Histoire de Libourne et des autres villes et bourgs de son arrondissement », publiée en 1845 : « L’église de Riocaud, beaucoup mieux conservée que les précédentes (Margueron, La Roquille et Ligueux), offre aussi plus d’intérêt ; elle a une nef et un bas-côté voûtés l’un et l’autre dans un style conforme à celui de la voûte de la nef de l’église de Thoumeyragues ; le monument est aussi du douzième siècle. Ses voûtes construites en blocage, excepté les nervures, sont d’une grande solidité ; exposées pendant plus d’un demi-siècle à toutes les intempéries des saisons, elles nourrissent un cerisier qui portait des fruits. Deux piliers octogones les supportent et servent à distinguer la nef du bas côté. Grossièrement bâtis en pierre de moyen appareil, sur leurs faces devaient se profiler les nervures des voutes.

L’église de Riocaud se termine à l’orient par un mur droit percé de deux croisées à ogive du treizième siècle. D’autres croisées du même temps, tenant la place de plus anciennes, éclairent le temple du côté du midi ; il n’y a point d’ouverture du côté nord »[9].   

Guinodie nous donne la seule description archéologique jamais faite de l’église de Riocaud. Il la présente comme il l’a vue, au début des années 1840. Les voutes avaient souffert puisqu’elles avaient été « exposées pendant plus d’un demi siècle à toutes les intempéries des saisons ». Guinodie ne précise pas les dommages qu’elles ont subis.

A la fin du 19ème siècle, quand l’abbé Durengues visita l’église, les dommages s’étaient aggravés : « l’église était autrefois toute voûtée. On a laissé tomber par incurie une grande partie de la voûte »[10].

L’église fut restaurée en 1903. Les travaux portèrent essentiellement sur les voutes. Le clocher fut remanié.

En 1905, la fameuse loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat mit le pays Foyen (et la France entière) en ébullition, surtout quand les commissaires de polices, accompagnés par des gendarmes et des secrétaires vinrent procéder aux inventaires. Ici et là, des fidèles se barricadèrent dans leur église pour empêcher l’inventaire. Il y eut des heurts avec les forces de l’ordre. Des portails furent enfoncés. Des familles conservèrent longtemps des esquilles de bois provenant des portes enfoncés, des photos, parfois une poésie racontant de façon épique l’affrontement entre les fidèles et les gendarmes. J’ignore si on a conservé le souvenir de ces événements à Riocaud.

4 – Quelques desservants de la paroisse.

…1696-1728…, Jean Tauriac.

…1740…, Pierre Sabourot.

 ? – 1789, Jean-Baptiste Bousquet.

1789 – 1791, Jean Teyssandier.

1837-1838, Rimons. Arch. dép. Gironde, 2 V 139.

1885-1888, Etienne Berbineaud. Id., 1 V 9.

Entre 1885 et 1902, Pierre-Alexandre Lacueil, qui desservit aussi Saint-Julien-Beychevelle, Saint-Quentin de Caplong et Noaillan. Id. 1 V 34.

Entre 1893 et 1904, Arnaud-Henri Claveau qui desservit aussi les paroisses de Saint-Augustin et du Sacré-Cœur à Bordeaux, et Riocaud, Salaunes et Cambes. Id.

1888-1899, Delphin Delord (Delphin) qui desservit aussi Landerrouat. Id., 1 V 20.

Entre 1894 et 1905, François-Edmond Sutré, qui desservit aussi Grignols, Saint-Philippe du Seignal et Gardegan. Id., 1 V 51.

1899, Jean-Claude Rellier (Jean-Claude). Id., 1 V 48.

Plusieurs de ces desservants furent peut-être enterrés dans le cimetière qui entourait jadis l’église.


[1] Dubois, l’exécution de l’Edit de Nantes, Revue de l’Agenais, 1910, p. 370.

[2] Archives municipales de Sainte-Foy, CC 108.

[3] Archives départementales de la Gironde, C 4717.

[4] Archives municipales de la Dordogne, 3 E 9651.

[5] Archives municipales de Sainte-Foy GG 71.

[6] Arch. dép. Gironde, 5 B 646, et Jean Cavignac, Les assemblées au désert dans la région de Sainte-Foy au milieu du XVIIIe siècle, dans Sainte-Foy la Grande et ses alentours, Bière, 1968, p. 70.

[7] Idem, CC 64.

[8] Biron (dom Réginald), Guide archéologique illustré du touriste en Gironde, Bordeaux, Féret, 1928, p. 136.

[9] Guinodie (Raymond), Histoire de Libourne et des autres villes et bourgs de son arrondissement, Bordeaux, Henry Faye, 1845, p. 99.

[10] Abbé Durengues, Pouillé historique du diocèse d’Agen, Agen, 1894, p. 143.